Plusieurs membres de la direction du parti, des élus municipaux, des responsables de section et militants ont démissionné
Ça bouge sur la scène politique nationale. Le Congrès national d’initiative démocratique (CNID-FYT) traverse une nouvelle épreuve : plusieurs membres de la direction du parti, des élus, des responsables de section et militants viennent de démissionner. La rumeur qui faisait état d’un profond malaise au sein de cette formation politique s’est donc avérée fondée. Les démissionnaires ont annoncé leur départ dans une déclaration rendue publique hier. Le ton utilisé dans le texte est très dur à l’endroit de la direction du parti. En effet, dans leur déclaration, les démissionnaires estiment que « les idéaux et actions démocratiques qui ont mobilisé (leur) engagement démocratique au sein du CNID-FYT, sont depuis plusieurs années bafoués et ignorés par une gouvernance antidémocratique, anachronique, inefficace et dénuée de toute pertinence eu égard aux enjeux et impératifs de l’heure ». Et le texte poursuit : « soucieux de rester en accord avec nos convictions politiques et toujours disposés à mettre tout notre potentiel d’action au service des seuls intérêts du Mali et de la démocratie, nous, responsables et militants signataires de la présente déclaration décidons : de démissionner de toutes les instances et structures du CNID-FYT, de poursuivre en toute sérénité la réalisation de nos idéaux et nos ambitions pour le Mali avec nos camarades qui le souhaitait et avec les hommes et femmes de bonne volonté de notre pays ». Les démissionnaires sont au nombre de 65. A la tête de la fronde, plusieurs membres du comité directeur : l’ancien 1er vice-président du parti, Abdoulaye Diop, le secrétaire général N’Diaye Bah, par ailleurs ministre de l’Artisanat et du Tourisme, le secrétaire politique, Oumar H. Soumaré, le secrétaire adjoint aux finances, Issa Raphan Sidibé, le secrétaire aux relations internationales, Jean Claude Sidibé, les secrétaires chargés des élus et des élections, et du développement rural, Fodé Keïta et Ousmane Belco Touré, celui chargé des affaires juridiques et des droits de l’homme, Mamadou Camara, la secrétaire chargée des femmes et présidente du Mouvement des femmes du parti, Mme Tall Haoua Touré, la vice-présidente du Mouvement des femmes Mme Sy Kotiary Bah, le secrétaire général de « la jeunesse active », Salif Keïta. La liste des signataires de la déclaration comprend également des responsables de plusieurs sections : communes I et III du district de Bamako, les présidents des sections de Kayes, Kolokani, Bafoulabé, Sikasso, Bougouni, Yanfolila, Koutiala, Bandiagara, Kidal. Même une circonscription comme Ségou, connue pour être un bastion du président parti n’échappe pas la saignée. Le maire CNID de cette ville, Ousmane Simaga, fait partie des démissionnaires. Au nombre des partants, l’on compte de nombreux autres élus municipaux dont des maires. Ainsi, des élus municipaux démissionnent à Kayes, Koniakary, Marintoumania, Soni, Fégui, Kéménitango, Kolonbiné, Diamou, Kéniéba, Ouéléssébougou, Markacoungo, Sakoïba, Salam (cercle de Tombouctou). L’on se rappelle qu’une première grave crise avait secoué le parti en fin 2007 et début 2008. Le 15 décembre 2007, le comité directeur avait suspendu le secrétaire général, N’Diaye Bah et Mme Tall Haoua Touré, la présidente des femmes du parti, ainsi que 17 militants en Commune VI. Le comité directeur avait pris cette décision se fondant sur une plainte de la section de la Commune VI du district de Bamako contre certains militants et responsables accusés de violation des textes du parti et le comportement du secrétaire général et de la présidente des femmes du parti. Mais N’Diaye Bah, estimant n’avoir commis aucune faute, jugea que la suspension a été décidée en violation flagrante des textes du parti. Il avait contrattaqué en convoquant une réunion du comité directeur, le 1er janvier, à l’issue de laquelle seront suspendus du parti... le président, Me Mountaga Tall, et la 1ère vice-présidente et députée à l’Assemblée nationale, Mme Sissoko Fanta Mantchni Diarra, accusés d’avoir violé les textes du FYT. Dans la foulée, les suspensions prononcées par la réunion du Comité directeur du 15 décembre furent levées. Un bicéphalisme de fait s’installa au sommet du parti. Alors que tout laissait penser que le Rubicon avait été franchi par les camps opposés, plusieurs médiations étaient entrées en scène. C’est celle initiée par la section CNID de Kayes d’où est originaire N’Diaye Bah qui paiera. Une délégation de cette section se rendit à Bamako. Au terme d’une quinzaine de jours de médiation, elle obtint des deux parties d’enterrer la hache de guerre. La réconciliation devait être scellée le 13 février, mais la cérémonie fut reportée pour cause de déplacement de N’Diaye Bah dans le cadre de ses activités ministérielles. C’est finalement dans la semaine qui suivit que le secrétaire général du parti et certains des ses compagnons se rendirent au siège du parti. La réunion de conciliation se déroula en présence des membres du comité des sages. Une réunion du Comité directeur fut ensuite convoquée au cours de laquelle la page devait être définitivement tournée. Cette crise remontait aux élections législatives de juillet 2007 avec la désignation du candidat du CNID en Commune VI. La course à l’investiture opposait le jeune député sortant d’alors, Me Demba Traoré, à Mme Raïs Aïcha Wafi, une responsable locale du parti. C’est cette dernière que le parti avait finalement choisie pour être son candidat dans la circonscription. La réaction du député sortant ne se fit pas attendre. Il démissionna avec fracas avant de se présenter sous les couleurs de l’URD. La suite est connue. Aucun des deux protagonistes ne fut élu. Le CNID FYT n’en est donc pas à sa première grave crise. Au milieu des années 90, le parti avait même connu une première scission avec le départ de plusieurs membres fondateurs qui iront créer le PARENA.