Le ministre de l’Intérieur de la Côte d’Ivoire, Désiré Tagro, est dans le collimateur de la justice de son pays. Le président ivoirien Laurent Gbagbo a ordonné dimanche l’ouverture d’une enquête portant notamment sur des soupçons de détournement d’argent visant l’un de ses proches.
Selon Gervais Coulibaly, porte-parole de Laurent Gbagbo, "Le président de la République vient de saisir ce jour Tchimou Raymond, procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, à l’effet d’ouvrir une enquête". Cette enquête, dont les résultats sont attendus dans un mois, devra faire la lumière sur des accusations portées début juin contre Désiré Tagro par le président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly. Ces deux personnalités sont toutes membres du Front Populaire Ivoirien (FPI, parti présidentiel). Ainsi, elle devra déterminer si le ministre a favorisé sa "tribu d’origine" pour l’entrée à l’École de Police et "vérifier" s’il a "directement ou indirectement marchandé les places mises au concours ou s’il a fait obstruction aux poursuites engagées contre une personne qui les aurait marchandées". Cette enquête devra aussi déterminer si le ministre Tagro a "détourné pour son compte ou pour le compte d’autrui les sommes d’argent mises à la disposition des éditions 2007, 2008 et 2009 du Hajj" et définir le montant de ces éventuels détournements. "Le ministre de l’Intérieur a-t-il détourné les sommes payées à l’État de Côte d’Ivoire par la société Trafigura pour l’indemnisation des victimes des déchets toxiques ?" déversés en 2006 à Abidjan, demande encore le porte-parole. Enfin, le ministre Tagro aurait-il perçu seul ou avec autrui (notamment le Premier ministre) la somme de dix milliards de francs CFA qui lui aurait été versée à titre de commission par la société Sagem Sécurité ?" Sagem est l’opérateur technique français impliqué dans le processus électoral ivoirien, devant conduire à une présidentielle sans cesse reportée depuis 2005. Cité hier dans le quotidien d’État Fraternité-Matin, le ministre a dit "prendre acte" de l’ouverture de l’enquête. "C’est une épreuve de vérité : j’attends que l’enquête livre ses secrets avant de me prononcer". Du côté de la Primature, on rejette les accusations à l’encontre du Premier ministre Guillaume Soro. Son porte-parole, Sindou Meïté, a été clair en ces termes : "Nous ne nous sentons concernés ni de près ni de loin par ces accusations". Sindou Meïté a cependant visé le président de l’Assemblée, jugeant que porter de telles accusations "manque de sérieux" de la part d’une "haute autorité de l’Etat". Comme l’a souligné Sindou Meïté, l’ouverture d’une enquête contre un ministre ivoirien traduit la volonté du président Gbagbo de mettre fin à la culture de l’impunité dans son pays. Cette affaire va susciter beaucoup d’interrogations. L’on se demande si le procureur ira jusqu’au bout dans son investigation ? Et puis, le ministre Désiré Tagro va-t-il se plier à la décision de la justice ? Cette affaire risque de porter un coup dur au président Gbago qui courtise l’électorat dans la perspective d’une présidentielle, dont la date n’est toujours pas connue.