EDITORIAL

PostHeaderIcon LE CYPRES DE LA DISCORDE

Les Tambours de la guerre se font entendre à nouveau à la frontière entre Israel et le Liban. Cette brusque montée de tensions n’est guère surprenante dans une région hautement inflammable dans laquelle aucune perspective de règlement négocié des divers conflits n’est en vue.

LE CYPRES DE  LA DISCORDE

Au cours de ces trois derniers jours, on a ainsi assisté à trois incidents mortels. Lundi déjà, des roquettes tirées à partir du Sinaï égyptien, semble-t-il par un groupe armé islamiste, sont tombées dans les régions contigües d’Eilat, dans le sud-est d’Israël, et d’Aqaba en Jordanie, faisant un mort côté jordanien. Le lendemain l’incident israélo-libanais, provoqué par une opération israélienne destinée à abattre un cyprès, s’est terminée avec quatre morts, deux soldats et un journaliste côté libanais, et un officier israélien. Mercredi, un Palestinien a été tué par un tir d’artillerie israélien près du camp de réfugiés de Khan Younes, dans la bande de Gaza. La semaine dernière, Israël avait déclenché un raid aérien, tuant un cadre du Hamas, en représailles à un lancer de roquettes à partir de Gaza. D’aucuns diront qu’il ne saurait avoir de lien direct entre ces incidents ? Certes, mais ils viennent assombrir un peu plus un climat d’instabilité majeure, dans lequel des incendies mal éteints, sont prompts à se répandre à la première occasion. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres est l’élagage par Tsahal d’arbres qui gênaient la surveillance à distance de la ligne de démarcation provisoire définie par l’Onu à la suite du retrait des forces israéliennes du Sud-Liban, en 2000. Un responsable libanais a reconnu que l’armée avait été prévenue des projets israéliens et y avait donné son feu vert pourvu que tout se déroule sous la surveillance de la Finul, alors qu’Israël aurait agi « hors de cette supervision ». La Finul assure de son côté avoir informé le Liban des projets de l’Etat hébreu et qu’elle avait demandé à Israël de laisser la Force superviser l’élagage des arbres. Mais cette requête a été rejetée. L’armée libanaise a évoqué un « franchissement de la ligne technique de la frontière par l’ennemi israélien » tandis que le commandement israélien a justifié le déclenchement des hostilités à cause d’une « embuscade planifiée » de « tireurs embusqués » contre des officiers « à l’intérieur de leur territoire ». Vrai ou faux. C’est à la guerre comme à la guerre. Dans un communiqué censé trancher le débat, le porte-parole de la Finul, le lieutenant-colonel Naresh Bhatt, a déclaré que celle-ci avait « établi que les arbres qui étaient abattus par l’armée israélienne se trouvaient au sud de la ligne bleue, du côté israélien ». Faux retorquent le Hamas et son chef Hassan Nasralla précisant que des renforts israéliens ont été déployés à la frontière nord du pays, même si le ministre de la Défense, Ehud Barak, affirme ne pas vouloir l’escalade. Même attitude côté libanais : le porte-parole de l’armée libanaise se dit prêt à « riposter » à toute « agression », tandis que le Hezbollah, très présent militairement dans le sud Liban, se dit prêt à couper « la main israélienne qui prend pour cible l’armée libanaise ». Malgré les appels au calme de la communauté internationale, tout le monde se prépare maintenant à une guerre possible, mais pas inévitable, après cet incident qui est le plus grave entre les deux pays depuis le conflit de l’été 2006. Les Nations unies, les Etats-Unis et la France pourront toujours appeler les parties à la « retenue ». Mais que vaudra cette injonction lorsque la politique de deux poids deux mesures sera toujours de mise lorsqu’il s’agit de crever l’abcès. Les populations lesées de cette partie du monde garderont toujours une profonde amertume envers un monde où elles estiment avoir été « lâchées » au profit de lobbys plus puissants que la cohorte des démunis.