EDITORIAL

PostHeaderIcon L’avenir politique au Mali : UN RÉFÉRENTIEL À HAUTEUR D’HOMME

C’est un premier flambeau présidentiel que transmettra demain à Dakar Alpha Oumar Konaré avant celui qu’il passera le 8 juin prochain à son successeur de Koulouba.

L’avenir politique au Mali : UN RÉFÉRENTIEL À HAUTEUR D’HOMME

La cérémonie n’aura certainement pas la même intensité émotionnelle que celle qui se tiendra à Bamako dans sept mois, mais elle comporte la même obligation de bilan et le même devoir de prospective. On le sait, le chef de l’Etat avait été en décembre de l’an passé reconduit à l’unanimité par ses pairs pour un second mandat à la tête de l’UEMOA et de la CEDEAO. Tous avaient apprécié sa démarche volontariste aussi bien dans la résolution des conflits de la sous-région qu’en faveur du renforcement des institutions communautaires. Tous avaient reconnu qu’à l’heure de la résurrection des égoïsmes nationaux, le Mali démontrait une belle abnégation dans la défense des intérêts sous-régionaux. Pour nos compatriotes, deux questions peuvent se poser à l’heure des comptes. Ce second mandat était-il celui de trop ? Et la politique intérieure n’a-t-elle pas souffert d’une très vive implication présidentielle dans les problèmes de la sous-région ? La première interrogation vient de ce que l’empreinte "konaréenne" a été moins nette en 2001 sur la marche de l’espace ouest-africain qu’elle ne l’avait été pendant l’année précédente. Certains observateurs y avaient alors vu un épuisement de la méthode malienne faite d’inlassables relances diplomatiques, cumulant contacts personnels et addition de concessions mutuelles. Une imprégnation particulière - Il serait, à notre avis, plus approprié de parler non pas de perte de souffle, mais de changement de conjoncture et d’adaptation de la méthode. En ce qui concerne la conjoncture, si l’on excepte le (relativement) bref, mais violent embrasement dans le triangle de la Mano river, l’heure était à l’apaisement en Sierra Leone et à la recherche de la réconciliation nationale en Côte d’ivoire. C’est-à-dire aux dossiers sur lesquels il fallait développer une circonspecte obstination. Cette donnée a fait revenir le chef de l’Etat à une méthode qu’il avait exposée avant d’entamer son premier mandat. Beaucoup l’ont peut-être oublié, mais juste avant d’entrer en fonction en décembre 1999, le président Konaré était allé rencontrer un à un ses homologues de la sous-région, en commençant par ses aînés. Il leur avait expliqué qu’il espérait pouvoir bénéficier de l’imprégnation particulière de chacun d’eux sur des problèmes précis de la sous-région et aussi des relations privilégiées que l’un ou l’autre de ses homologues entretenait avec des protagonistes de situations conflictuelles. La démarche se voulait empreinte de réalisme : la force d’un négociateur ne se fonde pas sur la seule richesse de son carnet d’adresses, elle repose aussi sur les synergies qu’il aura su forger en utilisant les atouts de ses pairs. La méthode avait d’ailleurs efficacement fonctionné dans certaines situations de 2000 et elle avait notamment permis de récupérer les bons offices d’un acteur aussi complexe à approcher que le président Charles Taylor. 2001 a surtout fait fructifier les acquis du premier mandat. Il y eut moins de déplacements présidentiels, mais beaucoup plus d’approches coordonnées avec des intercesseurs plus libres de leurs initiatives que ne l’aurait été le Mali. Ainsi s’explique par exemple le rôle prépondérant du président Eyadema dans l’apaisement politique en Côte d’Ivoire. Cette moindre visibilité malienne n’a guère influé sur la côte diplomatique de notre pays ainsi que le prouvent les visites de Colin Powell et de Hubert Vedrine au Mali et les invitations faites au président Konaré de participer au G8 de Gênes, au TICAD de Tokyo et aux premiers contacts de Georges Bush avec des dirigeants africains. La disponibilité bamakoise - Les Maliens ont donc un peu plus souvent vu leur président "à la maison". Même s’ils auraient certainement souhaité une présence plus affirmée, dans certaines situations comme la crise scolaire. Mais cette dernière avait été tellement truffée d’erreurs de gestion et avait produit un noyau si compact de méfiance entre les protagonistes que finalement une intervention présidentielle ne pouvait prendre d’autre forme que celle d’un appel à la raison et à la concession mutuelle. Ce qui fut fait le 8 juin dernier. Son mandat UMEOA-CEDEAO bouclé, Alpha Oumar Konaré s’investira certainement à fond à la réussite d’un challenge "malienno-africain", l’organisation de la coupe d’Afrique des nations 2002. Sortie des limbes de l’incertitude avec le tirage au sort des poules au mois de septembre dernier, la CAN se rallie doucement les suffrages des Maliens moyens. Les Bamakois ont montré que malgré leurs attitudes blasées, ils n’étaient pas indifférents à l’événement. La ruée sur le stade du 26 mars lors de son inauguration, la cohue populaire au moment de l’ouverture de la place CAN montrent bien qu’il y a dans la capitale une disponibilité pour les grands événements qui peut au moment crucial faire taire bien des contradictions internes. En dehors de son objet sportif qu’il ne faut surtout pas sous-estimer, la XIIIè CAN constitue une belle occasion de confirmer le préjugé positif dont jouit le Mali hors de nos frontières. Insister sur la dimension humaine de l’événement et mettre en avant le "jatiguiya" ne relèvent pas de la démagogie facile. Plongés dans les affres d’un quotidien qui tarde à s’améliorer, nos compatriotes ne rendent pas toujours compte de l’opinion extrêmement favorable qui entoure notre pays, considéré comme une terre d’équilibre et de tolérance, facile à vivre et ouverte à ses hôtes. Une CAN à hauteur de notre tradition d’hospitalité rendrait justice à un certain esprit malien certes ronchonneur, sans aucun doute pagailleur, mais incontestablement chaleureux à l’égard des autres. Ce défi du bon accueil se joue moins au niveau des cercles officiels qu’au sein de notre population. Et celle-ci est sans aucun doute le meilleur atout à utiliser pour atténuer les inévitables désagréments que va entraîner une préparation limite. Un challenge s’achève. Un autre se rapproche. Tous deux ont pour objet la relation du Mali au continent. Il n’est pas ici question de la reconquête d’une flamboyance héroïque qui n’a guère plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Il n’est pas non plus question de prétention à un quelconque leadership politique qui n’a plus grande signification sur un continent dont les sphères d’influence de naguère ont implosé. Il s’agit tout simplement d’installer un référentiel de comportement en des circonstances symboliques. Un référentiel inspiré d’une évidence constamment évoquée, mais fort mal défendue : celle qui impose que dans un environnement mondial globalement indifférent à leur égard les Africains soient leur première et mutuelle sauvegarde.