Les électrices et électeurs guinéens sont appelés aux urnes ce dimanche pour élire leur président. Ce scrutin revêt un caractère particulier. Car, la Guinée n’a jamais connu de scrutin libre, transparent et ouvert, depuis son indépendance en 1958.
Dans cette ancienne colonie française, le "père de l’indépendance", Ahmed Sékou Touré, avait opté pour le socialisme, tout en instaurant le monopartisme. La vie politique du pays était animée par le PDG (Parti Démocratique de Guinée). Après la mort du responsable suprême de la révolution en mars 1984, la Guinée a subitement basculé dans le régime militaire, avec l’arrivée au pouvoir du général Lansana Conté à la faveur d’un coup d’État mené par le Comité Militaire de Redressement National (CMRN). En 1990, le général Lansana Conté a fait adopter une nouvelle Constitution prévoyant le multipartisme. L’opposition a boycotté le référendum de novembre 2001 sur la réforme constitutionnelle qui autorisait une sorte de "présidence à vie". La dernière présidentielle, en 2003, a été un plébiscite forcé pour le général Conté, réélu avec 95% des voix face à un unique adversaire, Alpha Condé. Les leaders de l’opposition boycottaient le scrutin, faute de garanties de transparence. Après la mort de Lansana Conté en décembre 2008, de jeunes officiers, regroupés au sein du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), ont pris les commandes du pays, suscitant d’abord l’espoir puis un malaise croissant. Le capitaine Moussa Dadis Camara, président du CNDD, a assuré a promis des élections transparentes pour remettre le pouvoir à un civil. Mais au fil du temps, il est revenu sur sa décision en menaçant de se présenter à la présidentielle à cause du comportement de la classe politique. Le 28 septembre 2009, la répression d’un meeting d’opposants par les forces de sécurité à Conakry a marqué une rupture terrible. La désillusion avait fini par gagner l’opposition qui a tenu ce meeting pour réclamer la démission du CNDD. Quelques mois plus tard, le capitaine Moussa Dadis Camara a été victime d’une tentative d’assassinat. C’est ainsi que le général Sékouba Konaté a été chargé de présider "la transition" devant conduire le pays à la présidentielle. Bénéficiant d’un soutien international, Sékouba Konaté s’est maintes fois "engagé" à ne pas être candidat, pas plus que les membres de la junte et du gouvernement. Et puis, il a gardé une neutralité durant la campagne électorale, en ne soutenant aucun des 24 candidats. Ce scrutin est attendu avec impatience par la la population guinéenne qui veut en finir avec les dictatures. Le professeur Komagara Abdoulaye de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Bamako a expliqué que "Le principe de légitimité a primé sur la légalité. Le peuple a obtenu ce qu’il voulait. Les gens ont décidé de façon consensuelle d’aller aux élections". L’avis de cet internationaliste et constitutionaliste est également partagé par Sékéné Moussa Sissoko, professeur de Lettres à la FSJP, qui a salué cet éveil de conscience du peuple guinéen.