La Guinée a inscrit une page historique de son histoire. Le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, le président intérimaire et ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté, ont signé vendredi à Ouagadougou un accord de sortie de crise sous l’égide du médiateur dans la crise guinéenne, le président burkinabè Blaise Compaoré.
Ce qui est frappant dans cet accord, c’est le fait que le chef du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, junte) ait passé le témoin au N°3 de son régime, le général Sékouba Konaté. Avec cet accord, la Guinée entre ainsi dans une délicate période de transition devant culminer dans six mois avec la première élection présidentielle libre du pays depuis son indépendance en 1958. Après plus d’un demi-siècle de régimes, civil d’abord avec Ahmed Sékou Touré, militaires ensuite, ce pays frère a une chance de faire un grand pas vers la démocratie mais l’importance des défis à relever ne peut qu’inciter à la plus grande prudence. Premier challenge, comment faire rentrer les militaires dans leurs casernes ? Après le long règne (1958-84) du "père de l’indépendance", leader progressiste, l’armée a pris les rênes du pouvoir avec Lansana Conté (1984-2008) puis le capitaine Camara avec le coup d’État du 23 décembre 2008. L’accord de Ouagadougou prévoit certes le maintien "en convalescence" à l’étranger du capitaine Camara, gravement blessé par balle à la tête lors d’une tentative d’assassinat le 3 décembre. Le texte stipule aussi que les autorités de la transition, les membres de la junte et des forces de défense et de sécurité "en activité" ne participeront pas à ce scrutin. Mais la mention "en activité" peut laisser entendre qu’un militaire ayant au préalable quitté l’armée peut se porter candidat. Comment faire appliquer cet accord au sein d’une armée qui, si elle demeure la colonne vertébrale des régimes successifs, n’en reste pas moins traversée par de profondes divisions, tant politiques, ethniques que générationnelles ? Le deuxième défi concerne le sort du capitaine Moussa Dadis Camara, actuellement au Burkina Faso qui est mis en cause avec d’autres par l’ONU après le massacre de 150 opposants le 28 septembre à Conakry. Pour calmer les esprits, surtout l’armée qui est solidaire de son chef, il serait bon pour l’ONU de renoncer à d’éventuelles poursuites judiciaires contre le président Moussa Dadis Camara. N’a-t-il pas fait preuve d’humilité en renonçant volontairement au pouvoir ? Ce qui est rare, voire inédit en Afrique. Autre challenge, l’organisation des scrutins "libres et transparents" en seulement six mois. L’accord de Ouagadougou prévoit une "révision des listes électorales", mais "six mois, c’est un peu court, tellement il y a de problèmes et de défis", relève Thierno Maadjou Sow, président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH). Le scrutin risque en outre de tomber en pleine saison des pluies, et accroître ainsi les difficultés logistiques. De plus, en province, l’administration (gouverneurs, préfets, sous-préfets) est "aux mains du pouvoir".