EDITORIAL

PostHeaderIcon Bloc-notes : RETOUR A LA LUCIDITE ?

L’échec du raid franco-mauritanien et l’assassinat dans la foulée de l’otage français rappellent l’urgence pour les pays de l’espace sahélo-saharien de coopérer dans la lutte contre le terrorisme

Bloc-notes : RETOUR A LA LUCIDITE ?

Colère, consternation, indignation, les réactions suscitées par l’assassinat du ressortissant français Michel Germaneau, après l’échec d’une opération militaire franco-mauritanienne pour le libérer, ont été à la hauteur du caractère inadmissible de la barbarie. Que Michel Germaneau ait été exécuté ou qu’il soit mort bien avant l’annonce de son assassinat (il ne disposait plus des médicaments dont il avait besoin pour soigner sa maladie du cœur) ne change pas grand chose à la réprobation soulevée. Dans les deux cas, les terroristes de Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), auront donné une nouvelle fois la preuve de leur cruauté. Comme ils l’avaient déjà fait avec le Britannique Edwin Dyer, exécuté en mai 2009 après plusieurs mois de détention. Michel Germaneau, lui, non plus n’a pas eu de chance. Un vieillard de 78 ans œuvrant dans l’humanitaire et de surcroit malade du cœur ! Mais au-delà de l’émotion suscitée par la mort de l’otage français, une question fondamentale revient : quelle stratégie adopter face aux prises d’otages ? En la matière, chaque pays à des principes. Faut-il privilégier la négociation et accepter les exigences des kidnappeurs ou choisir l’option de l’intervention armée au risque de mettre la vie des otages en danger ? Le dilemme est permanent. Mais quel que soit le choix effectué, il est toujours douloureux. D’une part, céder aux exigences des terroristes en acceptant de payer par exemple une rançon revient à leur donner plus de moyens pour d’autres prises d’otage et à encourager d’autres criminels à les imiter. C’est ce que refusent généralement les Anglo-saxons. Mais de l’autre côté, le succès n’est jamais assuré pour une opération de libération, quelle que soit son niveau de préparation. Dans le cas précis du Français, les débats se poursuivront sans doute encore dans les jours à venir sur l’opportunité de l’opération commando de l’armée mauritanienne avec l’appui de la France. Le pari était-il insensé ? Pierre Camatte, un ex-otage également français, libéré il y a quelques mois dans notre pays, n’est pas loin de le croire. Dès l’annonce du raid franco-mauritanien pour libérer Michel Germaneau, il avait été le premier à prédire que celui-ci ferait les frais du raid. S’appuyant sur son expérience personnelle, l’ex-otage faisait remarquer que pour la réussite d’une telle opération, il fallait disposer de renseignements très précis, avoir une bonne connaissance de la configuration géographique du terrain, repérer l’otage pour pouvoir le soustraire au moment précis de l’attaque. « Cela comporte tellement d’éléments que c’est pratiquement impossible », constatait Camatte. Et la mission était d’autant plus périlleuse que l’opération était menée en territoire étranger, en l’occurrence dans notre pays. Certes la Mauritanie agissait au nom du droit de poursuite que les trois pays se sont accordés (Mali, Mauritanie, Niger). Mais une concertation avec les autorités maliennes aurait été indiscutablement utile. Or, il nous revient que celles-ci n’ont été informées que deux jours (et seulement sur le principe) avant le raid manqué. Cette affaire met en exergue à nouveau la nécessité d’une coopération accrue des pays de la sous-région pour faire face à la menace Aqmi. Une approche prônée depuis des années par le chef de l’Etat, mais qui a toujours buté sur un mur d’incompréhension. Or, il est évident que les divergences entre les pays du Sahel profitent grandement à Aqmi. Ces divergences avaient atteint leur paroxysme en février dernier lors de la libération de Pierre Camatte. Les conditions de sa libération (en échange de la libération de quatre personnes capturées dans le nord) avaient fortement irrité la Mauritanie et l’Algérie qui avaient rappelé leurs ambassadeurs à Bamako « pour consultations ». Est-ce la raison pour laquelle Nouakchott a choisi de mener unilatéralement le raid peu concluant du 22 juillet ? Une action à laquelle s’est associé la France et dont le dénouement a peut-être été la mort tragique de l’otage français. Depuis l’assassinat revendiqué par Al Qaeda au Maghreb islamique, Paris a demandé à ses ressortissant de ne pas se rendre dans le Sahel. Une recommandation dont le manque de précision va encore créer de fâcheux amalgames du genre de ceux déjà enregistrés après le rapt de Camatte. Tout le Sahel ne peut, en effet, être proscrit au nom de la sécurité. Loin de là. Comme le faisait remarquer il y a quelques jours un responsable d’ONG, sur les antennes de nos confrères de France 24, on est plus en sécurité à Bamako, Niamey ou à Ouagadougou que dans plusieurs villes françaises. Signalons que depuis quelques temps, pour des raisons de sécurité, les ONG d’urgence médicale ne sont plus présentes dans le nord de la bande sahélienne. En revanche, une multinationale, elle, est bien là : il s’agit de la compagnie française Areva, qui exploite l’uranium dans le nord du Niger depuis plus de quarante ans, et qui n’est pas près d’y renoncer vue l’importance stratégique de ce minerai.