ECONOMIE

PostHeaderIcon Zone de Niono : à l’heure du repiquage

Cette activité rapporte aux jeunes filles de quoi subvenir à leurs besoins financiers. Le jeune Larabi Coulibaly, petit-fils de Sory le propriétaire du champ et sa petite soeur Maïmouna Coulibaly, élève en 5è année de medersa étaient occupés à écraser les mottes de terre.

Zone de Niono : à l’heure du repiquage

Les deux jeunes préparent la contre-saison de riz. Ils sont du village de Sériwala Km30. La parcelle rizicole a une superficie de 3,1 hectares dont 1,90 hectare est dédié à la contre-saison. La petite Maïmouna a 13 ans. Elle tenait la laisse des bœufs de labour. Elle se trimbale d’un bout à l’autre du champ pour écraser les mottes de terre afin de rendre le relief de la parcelle homogène. Ce nivellement par la herse permet d’irriguer de façon conforme toute la parcelle en même temps. Il donne la chance aux plants repiqués de bénéficier de l’eau et des mises en engrais sans excès ou insuffisance. Un peu plus loin Sada Coulibaly et sa sœur Bintou arrachaient les plants de pépinière. Ils les transportaient sur un char confectionné pour la circonstance tiré par une paire de bœufs . Le char transporte un grand nombre de plants de pépinière. Cet attelage fait gagner du temps à la main d’œuvre qui se fatigue moins . Les jeunes filles regroupées (souvent en classe d’âge) forment des associations. Elles négocient les frais de repiquage qui oscillent entre 20 et 30.000 Fcfa par hectare. La contre-saison étant la principale activité du moment, les jeunes filles ne chôment pas. Elles ont de quoi subvenir à leurs besoins financiers grâce aux revenus engrangés par le repiquage. Le maraîchage n’est pas non plus négligeable. Mais cette activité est confrontée actuellement à la mévente. Sidi Ibrahim Coulibaly, du village Sériwala Km 30 nous fait visiter son champ de tomate qu’il a cultivé sur 0,25 hectare. Il est confronté à la mévente de sa tomate arrivée à maturité. Il cultive ce légume depuis plus de 10 ans. Il alterne la culture de tomate dans son champ de riz de 1 hectare. Il a récolté plus de 70 sacs de riz gambiaka paddy lors de la dernière campagne. Mais le riz connaît actuellement la mévente. Le paysan compte sur sa parcelle de tomate pour rembourser ses crédits. Sidi Ibrahim Coulibaly a organisé quelques paysans rizicoles en association de maraîchers. Elle regroupe une soixantaine de personnes dont 20 femmes venant de 4 villages dont le sien. Il déplore que la baignoire de tomate soit cédée à seulement 1000 Fcfa. Ce prix n’est pas de nature à encourager ses adhérents. L’Association accorde des crédits de campagne à ses adhérents qu’elle n’arrive pas à éponger, assure le président Sidi Ibrahim Coulibaly.

PRESSION FONCIèRE. Plus loin dans le village de Foabougou, les femmes regroupées au sein de la coopérative Djantoyèrèla participent à la production expérimentale de semences de pommes de terre. Leurs sœurs du village de Kolodougoucoura (située dans la périphérie de Niono) participent également à ce programme initié par l’Institut polytechnique rural/Institut de formation et de recherches appliquées de Katibougou (IPR/IFRA). Ce projet expérimental en est à sa troisième année. Il a pour objet de produire dans le cadre d’une collaboration avec les productrices de la semence G1 de pomme de terre. Le Laboratoire de biologie moléculaire de l’IPR/IFRA envoie chaque fin de campagne, ses experts pour apprécier la production. Ils achètent chaque semence de tubercule produite entre 50 et 60 Fcfa la pièce. Des élèves du Centre d’apprentissage agricole de Samé (Kayes), du Centre agro-pastoral de Ségou et de l’Ecole de formation professionnelle agro-sylvo-patorale de Ségou étaient en stage pratique dans les champs de production de semences de pomme de terre. Ils étaient mis à contribution par les agents encadreurs de l’Office du Niger pour non seulement compter le nombre de pieds de tubercules et faire le point sur l’état végétatif des plantes (stress, attaques par les maladies, insectes ou bactéries, s’il y a lieu). Pendant notre séjour, nous avons été les témoins d’un genre singulier de plaidoyer qui révèle la profondeur de la pression foncière à l’Office du Niger. En effet, nombreuses sont les familles qui sont confrontées à la dislocation de la parcelle familiale. Les héritiers réclament de plus en plus leur part d’une parcelle dont la superficie ne dépasse pas pour certaines familles, 3 hectares. La parcelle est inscrite au nom du chef de famille qui en est l’exploitant exclusif au nom de la communauté familiale. A son décès ou de son vivant suivant des raisons sociales profondes, les fils et les filles réclament leur part de parcelle. Ce partage effrite davantage la parcelle qui ne suffit plus à nourrir la nombreuse chambrée. Les agents de l’Office du Niger, notamment, ceux du Service du Conseil rural se trouvent régulièrement impliqués dans des actions de médiation pour réconcilier les héritiers qui veulent quitter le "navire familial". Quand les conciliations n’aboutissent pas, les héritiers s’en réfèrent au tribunal pour trancher leur litige. On peut imaginer le drame familial et social que cela occasionne pour des familles naguère unies et maintenant acculées par les impératifs de revenus. La solution de ces problèmes est l’extension des terres. ll faut aménager une plus grande superficie cultivable et intensifier la production. Ainsi chaque bras valide de la famille à la charge du chef d’exploitation pourra accéder à la richesse. Ce souhait est partagé par les responsables de l’Office du Niger.