AGRICULTURE

PostHeaderIcon Période de soudure : LES BANQUES DE CEREALES REPRENNENT DU SERVICE

Elles sont perçues comme un frein possible à la fluctuaction capricieuse des prix de céréales

Période de soudure : LES BANQUES DE CEREALES REPRENNENT DU SERVICE

Nous sommes en Août. Ce mois est craint de tous, surtout par les paysans, plongés dans les travaux champêtres. La cause de cette inquiétude est que la vie devient plus chère. Les banques de céréales doivent donc reprendre du service. Les boutiques de céréales, installées dans toutes les communes de notre pays, ont pour vocation de vendre la céréale à un coût raisonnable, inférieur à celui du marché. La banque de céréales de Moribabougou a commencé à vendre son stock avant-hier. Située à quelques pas de la route nationale (RN6) qui mène à Koulikoro, la boutique est gérée par la coordination des associations et regroupements des femmes de la commune de Moribabougou. Elleest constituée de 72 regroupements de femmes. Cinq ans après sa création sur la base de 20 tonnes de maïs, la boutique tient encore la route. Elle met sur le marché 15 tonnes de céréales dont 10 tonnes de riz et 5 tonnes de mais. A l’intérieur de la boutique, une femme est assise derrière un modeste bureau sur lequel sont déposés une balance pour la pesée, un crayon à bille et un registre des comptes. Ici, le Gambiaka peut être vendu à 330 Fcfa contre 400 Fcfa au marché local de Moribabougou. « On ne cherche pas à faire des bénéfices ici. On cherche juste de quoi payer le loyer du magasin (20 000 Fcfa) et le salaire de la gérante fixé à 15 000 Fcfa par mois » a déclaré la présidente de l’Association, Mme Maiga Yorobo Sitan Diarra. La banque de céréales villageoise est une réserve de céréales, constituée au moment des récoltes. Elle est gérée par une organisation paysanne villageoise. Le stock est conservé et stocké pour être revendu à un prix compétitif aux membres de l’organisation lorsque les céréales deviennent rares et chères sur le marché national. Au Mali, excepté le riz produit en zone irriguée ou inondée, la production céréalière est essentiellement une culture pluviale. La majeure partie des superficies cultivables en mil ou sorgho se trouve en zone sahélo soudanienne, c’est à dire dans une région à pluviométrie faible et aléatoire. La quantité de pluies tombée se situe entre 400 et 700mm3 par an). Les potentialités en superficies irrigables sont peu mises en valeur. La production céréalière dépend des aléas de la pluviométrie. Au Mali coexistent différentes zones climatiques : les régions du sud ont un climat soudanien (800 mm de pluie) et les récoltes y sont souvent excédentaires. Les régions septentrionales connaissent un climat sahélien sec, voire saharien, les récoltes y sont chroniquement déficitaires.

BOUTIQUE DE PROXIMITé. La saison des pluies, ou hivernage, dure 4 à 5 mois (juin à octobre). Les récoltes se font entre octobre et décembre. En général, le prix des céréales est peu élevé après les récoltes, puisque l’offre est abondante. Quelques mois après l’offre diminue et les prix augmentent. Au cours de certaines années, les stocks ont été épuisés avant la récolte suivante. Ce qu’on appelle période de soudure. Depuis les années 1970, le Mali et tous les autres pays sahéliens, sont victimes d’aléas pluviométriques. Ils occasionnent de mauvaises productions céréalières, engendrant elles-mêmes des déficits alimentaires relativement chroniques, parfois sévères. De 1970 à 1980, en réponse à ces crises, les gouvernements ont développé différentes stratégies visant à atténuer les disettes et à améliorer la sécurité alimentaire : libéralisation du marché céréalier et promotion des Banques de Céréales. Les banques de céréales sont perçues comme un frein possible à la fluctuation capricieuse des prix des céréales, régie en grande partie par les commerçants, surtout pendant les périodes de soudure. Elles pourraient être « la » solution permettant de réguler l’approvisionnement des zones déficitaires. Intensifiées au Mali à une période de grand stress, juste après l’invasion acridienne de 2008, les banques de céréales ont joué un rôle important dans la gestion de cette crise alimentaire inattendue en atténuant les disettes. En cette période, après le passage des criquets pèlerins, les populations craignaient la faim. L’État et ses partenaires s’évertuaient à éviter le chaos. C’est dans ce contexte particulier que le Commissariat à la sécurité alimentaire a élaboré un "Plan d’actions d’urgence". Il est assorti d’une distribution gratuite de 70 000 tonnes de céréales achetées au Ghana et au Nigeria, aux foyers les plus affectées par la calamité. Après les distributions gratuites, le reste des stocks a été utilisé pour implanter des boutiques de proximité. L’objectif est de permettre aux populations de gérer elles-mêmes leur stock de sécurité alimentaire. Pendant les périodes particulièrement difficiles les banques de céréales ont permis de rassurer psychologiquement les populations en détresse. Mais aujourd’hui, elles doivent être un facteur de croissance agricole. Le Commissaire à la sécurité alimentaire, Mme Lansry Nana Yaya Haidara expose sa nouvelle vision des banques de proximité en des termes encourageants. « On n’est plus en période de crise. Aujourd’hui, la situation alimentaire est maîtrisée. Nos structures techniques sont en alerte à chaque instant pour détecter les poches d’insécurité alimentaire afin d’y apporter les solutions appropriées>> constate-t-elle.Elle conclut que <