La période coïncide avec le remboursement de la redevance eau et des crédits ayant servi à acheter les engrais et les équipements . La semaine dernière nous évoquions la mévente du riz et des produits maraîchers qui sévit dans la zone de production rizicole de Kolongo à l’Office du Niger.
En réalité, aucune zone de production rizicole de l’Office du Niger n’échappe à cette réalité. La même difficulté frappe la zone de production de Niono. Ces temps sont très critiques pour les paysans rizicoles. En effet, durant ce mois de mars, il est exigé le remboursement de toutes les créances diverses et les crédits agricoles ayant servi à acquérir l’engrais, la redevance eau. On imagine aisément la pression pécuniaire et sociale qui s’exerce sur les propriétaires de parcelles. Ils doivent impérativement acquitter ces créances sous peine de retrait des parcelles. Les paysans des zones redoutent cette sanction qui fait rejaillir la honte sur leur famille. Vous comprenez alors l’inquiétude et l’empressement avec lesquels, ils veulent vendre leurs productions pour s’affranchir des dettes contractées (engrais, équipements et redevance eau). Le contexte n’est pas rose. Les producteurs sont en train de déchanter en raison de la mévente qui sévit dans les marchés et les villages. Cette situation est aggravée par le fait que les responsables de l’Office du Niger avaient annoncé dans un premier temps que la contre-saison rizicole et le maraîchage ne seraient pas à l’ordre du jour pour cause de travaux d’entretien des canaux d’irrigation. Quand la direction générale du géant rizicole s’est ravisée, des producteurs avaient déserté les zones pour aller à la recherche d’autres sources d’occupation et de revenus monétaires. Le directeur de la zone de l’Office du Niger de Niono, Elhadj Boubacar S. Touré a précisé que 2000 hectares sont prévus pour abriter le riz de contre-saison. Cette réduction de superficies est due au fait que les travaux de réhabilitation du distributeur Retail 4 sur 815 hectares sont en cours. Par ailleurs, le Millénium Challenge Account (MCA-Mali) a reporté les travaux de réhabilitation de la canalisation principale de l’Office du Niger. Ils concernent le réseau primaire qui prend son point de départ au Point A, le canal adducteur, le canal du Sahel, le Fala de Molodo, le Point B, le 2è bief du fala de Molodo, dans le cadre de la réalisation du projet de Alatona.
L’éCHALOTE RAPPORTE 35 MILLIARDS FCFA PAR AN. Seuls quelques paysans restés sur place, s’activent actuellement, comme ils peuvent pour rattraper ce qui peut l’être. Ainsi, dans les zones de Niono, les jeunes garçons et filles s’activent dans les parcelles pour repiquer les champs de riz , désherber, récolter les légumes arrivés à maturité comme l’oignon, le gombo, la tomate. A la date du 28 février dernier, seuls 660 hectares de parcelles rizicoles étaient repiquées et mises en valeur dans la zone de l’Office du Niger de Niono. Il est attendu une production rizicole de 87.712 tonnes de paddy pour la campagne agricole 2009/2010. La prévision de production était de 82.134 tonnes contre 83.649 tonnes de paddy en 2008. La production rizicole a augmenté de 104% pour cette campagne. Les activités maraîchères génèrent entre 30 et 35 milliards Fcfa par campagne selon le directeur de Zone Boubacar S. Touré. L’échalote occupe une place prépondérante dans le créneau des produits maraîchers. Mais, ce légume est en train de perdre du prix au grand dam des femmes et des paysans qui vivent de cette activité. En effet, l’échalote représente la production avec la tomate, sur lesquelles les femmes et les producteurs comptent pour solder leurs crédits. Le riz se vend dans les marchés et dans les villages dans une fourchette comprise entre 220 et 240 ou 245 fcfa le kilogramme. A ce prix, l’argent généré ne suffirait pas à éponger les dettes, jugent unanimement les paysans rencontrés. La redevance eau par exemple est de 67.000 Fcfa par hectare et par an. Les producteurs estiment qu’ils sont piégés par les autorités et les commerçants de Bamako. Ces derniers, selon eux, mettent la pression sur eux en achetant leur production à ce prix dérisoire. Ce même riz est revendu à 300 ou 350 Fcfa le kilogramme dans la capitale à leur plus grand désappointement. Le marché de Siengo est révélateur de cette situation. Le jeudi est jour de foire. Très tôt le matin, les acheteurs primaires se positionnent sur toutes les entrées du village. Ils investissent les alentours du marché pour intercepter et marchander tous les produits agricoles destinés au marché. Ils négocient au rabais et achètent les produits proposés. Ils les revendent sur place avec une marge bénéficiaire ou les embarquent pour le marché de Niono. Certains expédient leurs marchandises directement sur la capitale à bord des camions qui pullulent dans la zone. L’effervescence est à son comble dès 08 heures du matin. Les producteurs sont assaillis par ces marchands qui négocient dur leurs prix. Ainsi, le kilogramme d’échalote était négocié à 140 voire 145 Fcfa pour être revendu sur place à 160 voire 165 Fcfa. Il ne faudrait pas compter sur les stocks. Ils sont destinés à la capitale pour les avoir à moins de 200, 250 Fcfa le kilogramme.
LE RIZ VENDU SOUS LABEL. Le riz était proposé à 235, 240 Fcfa le kilogramme au marché de Siengo la semaine dernière. Ce riz n’est pas du gambiaka qui vous coûtera 250-255 Fcfa le kilogramme. Comme dans tout marché primaire le riz proposé contient une part de brisures et des impuretés. Dans ce lot, se détache aisément Modibo Kimbiri de Dogofry (zone rizicole de Kouroumari). Il dispose d’un bail emphythéotique de 542 hectares. Sur cette superficie, il n’exploite que 103 hectares pour lui-même, les parcelles non-aménagées sont exploitées par d’autres paysans. Ces derniers remboursent les frais d’aménagement en nature au détenteur du bail. Sur les 103 hectares exploités par Modibo Sidibé, 7 hectares sont destinés au maraîchage. Sur les parcelles rizicoles, le promoteur cultive uniquement du riz gambiaka. Cette année, il a expérimenté du riz nerica 2 sur 12 hectares. Il a récolté environ 5,7 tonnes en moyenne. Les parcelles de gambiaka ont un rendement moyen de 7 tonnes, selon Modibo Kimbiri. Il dispose d’une unité de battage et de décorticage de riz. Il vend son riz avec 3 labels déclinés en riz long blanchi (LB), autrement appelé riz Super, en riz brisure blanchie (BB) et en riz mélangé à 40% (RM 40). Il vend sur place sa production. Modibo Kimbiri assure décortiquer la production d’un champ à part pour éviter les mélanges de récoltes. Le son de riz est vendu à 2500 Fcfa le sac. Les ouvriers agricoles sont payés à 10.000 Fcfa le mois. Mais ils sont soignés gratuitement. Mais pour les besoins de décorticage et de battage de riz, les ouvriers qui le désirent peuvent travailler dans l’unité avec un salaire de 15 Fcfa par sac battu et 10 Fcfa par sac décortiqué. Modibo Kimbiri a expliqué avoir bénéficié des sessions de formation assurées par l’Office du Niger et la Coopérative artisanale des forgerons de l’Office du Niger (CAFON). Grâce à ces multiples formations, il a investi avec bonheur le créneau des activités post-récoltes et de vente de riz sous label. Son entreprise se distingue dans le paysage rural et le ronronnement des moteurs de son unité de décorticage continuera longtemps.