Les produits maraîchers et le riz s’écoulent difficilement. Les paysans de la zone sont acculés. Le paiement de la redevance eau et le remboursement des différents crédits sont obligatoires durant ce mois.
Les activités agricoles, maraîchage, contre-saison et la commercialisation des céréales, notamment du riz battent leur plein dans les zones de l’Office du Niger. Dans le village de Gurusi zone de production de Kolongo de l’Office du Niger, Mariam Bellem, une dame frêle, exploite 0,25 hectare. Elle cultive des légumes comme l’oignon, le concombre, le chou et le gombo. Elle a quatre garçons dont les deux premiers fréquentent la 5è et la 3è année de l’école fondamentale. Cette paysanne subvient tant bien que mal aux besoins socio-éducatifs et sanitaires de ses enfants grâce aux revenus qu’elle tire de l’exploitation de sa parcelle maraîchère. Elle partage également la charge familiale avec son mari, lui aussi agriculteur. En ce dimanche matin nous l’avons trouvée en plein marchandage de sa production d’échalote. Elle était en compagnie de l’acheteuse Hawa Traoré venue de Bamako. Après plusieurs tours de passe-passes, la vendeuse s’est dite contrainte d’accepter le prix de 125 Fcfa le kilogramme d’oignon proposé par l’acheteuse bamakoise. Cette dernière est venue faire ses achats d’oignons sur la place du village. Elle est connue des exploitants de la localité. Elle fait partie des clientes qui marchandent dur leurs prix d’achat. Hawa Traoré est fière de faire de bonnes affaires lorsqu’elle contemple les sacs d’oignons frais empilés. Ces achats n’attendent plus que le camion pour être transportés dans la capitale. Mme Dembélé Assan Koné est animatrice dans le village de Gurusi. Elle explique que les femmes sont regroupées en association pour exploiter les périmètres maraîchers. Ces productrices bénéficient de l’appui-conseil des animatrices de l’Office du Niger et du Programme compétitivité et diversification agricoles (PCDA) grâce aux nombreuses séances de formation. L’animatrice Assan Koné estime que malgré les nombreuses formations reçues en pratique agricole, en gestion de l’eau et des déprédateurs, les femmes restent toujours confrontées aux difficultés de transformation et de conservation des produits maraîchers comme l’oignon et de la tomate. Mais les paysannes sont particulièrement frappées par la mévente de leurs productions. Les femmes du village de Koutiala Coura toujours dans la zone de Kolongo sont butées aux mêmes handicaps. Elles sont regroupées en association et exploitent un périmètre maraîcher villageois de 7,5 hectares. Elles cultivent, depuis une vingtaine d’années, les produits maraîchers comme l’oignon, le chou, le gombo, l’aubergine, la papaye, la tomate, la goyave, les courges, le haricot vert, le piment rouge . Les femmes de la coopérative se plaignent de la mévente de l’oignon acheté à 135 Fcfa le kilogramme au marché de Macina. Elles assurent avoir acheté la semence d’oignon à 1500 Fcfa le kilogramme contre 1000 Fcfa l’an dernier. Elles déplorent la perte importante qu’elles enregistrent et qui les empêche de couvrir les dépenses engagées pour la production des condiments. Elles souhaitent établir des partenariats commerciaux solides afin d’écouler leurs productions à des prix rémunérateurs.
2000 SACS DE RIZ PADDY. Au village de Nayo, c’est aussi le temps de la mévente. Elle hante les membres de la coopérative des exploitants rizicoles de la localité. Bakary Sienta, président de cette coopérative de 40 membres, cherche désespérément un acheteur potentiel pour le stock de riz paddy prêt à être décortiqué. Ce stock important de riz paddy représente le remboursement en nature des crédits agricole et des engrais que la coopérative a accordés à ses membres. La coopérative a la charge d’écouler ce stock pour rembourser les avances financières accordées par les banques et les caisses. Mais les marchands qui fréquentent leur village proposent entre 225 à 240 Fcfa pour le kilogramme de riz. Ce prix ne permet pas à l’association de recouvrer ses frais et de rembourser les crédits contractés, assure le président Bakary Sienta. Par ailleurs, à Dioron Coura, nous n’avons pas pu rencontrer le vieux Souleymane Coulibaly, ni aucun de ses enfants. Ils étaient en déplacement dans une autre localité. Ce patriarche serait le plus grand producteur du village et même de la zone de Kolongo. Selon des témoignages, le vieux Coulibaly dispose de greniers qui contiennent au moins 2000 sacs de riz paddy. En son absence nous avons rencontré des paysans en colère. Ils se sont empressés de nous raconter leurs déboires. Ils s’indignent de disposer de stocks importants de riz décortiqué qu’ils n’arrivent pas à écouler à cause de la mévente. Leurs greniers familiaux et magasins de stocks de leurs associations qu’ils nous ont fait visiter débordent de grains. Ces agriculteurs cherchent désespérément acheteurs. Mohamed Tangara et Larabi Cissé, comme plusieurs de leurs collègues ne comprennent pas que leurs riz puissent être frappés par la mévente en cette période. Ils doivent rembourser impérativement les redevances eau et les crédits agricoles à la fin de ce mois de mars. Larabi Cissé a expliqué qu’il a été obligé de céder son riz la semaine dernière à 200 Fcfa le kilogramme contre 215 Fcfa qu’il proposait pour désintéresser un créancier particulièrement inamical. "Depuis plus d’un mois, j’ai décortiqué plus de 30 sacs de paddy pour les vendre pour rembourser mes crédits" a-t-il expliqué en fulminant. Les paysans de Dioron Coura pensent à un complot monté contre eux par les autorités et les commerçants de Bamako. Ils assurent que leur village, depuis plus d’une décennie rembourse presque à 100% les redevances eau. Cette année, ils ne savent plus comment faire pour éviter les représailles administratives de l’Office du Niger (retrait de parcelles) en cette période de mévente du riz et des produits maraîchers. En raison des travaux d’aménagement hydro-agricoles des 100.000 hectares de Malibya et d’entretien des canaux d’irrigation, la contre-saison n’est pas en cours dans la zone de Kolongo.