Malgré la politique d’austérité instaurée par les nouvelles autorités gabonaises, nos compatriotes s’en tirent plutôt bien
Le Gabon, longtemps considéré comme un eldorado en Afrique, est en pleine mutation économique depuis l’arrivée aux affaires du président Aly Bongo. Le chef de l’Etat a instruit de nouvelles mesures dans la conduite économique du pays. Ces nouvelles dispositions ont été accueillies avec beaucoup de réserves dans le milieu des affaires. Avant d’être comprises, elles ont même suscité l’émoi chez les opérateurs économiques de la filière-bois et des emballages en plastique où évoluent nombre de nos compatriotes installés dans ce petit pays d’Afrique centrale peuple d’à peine 2 millions d’habitants, à en croire Tidiane Niang, un homme d’affaires évoluant dans les services. Selon lui, l’interdiction des exportations de grumes a eu des effets d’entraînement sur plusieurs autres secteurs, notamment celui de l’importation et la production d’emballages en plastique, deux créneaux où excellaient nos compatriotes. Mais, pour des raisons écologiques, le gouvernement gabonais a proscrit l’importation et la production domestique d’emballages non biodégradables. De nombreux opérateurs n’étaient pas préparés à une brusque reconversion. Il aura fallu l’accompagnement diligent de l’État gabonais qui a accordé des facilités aux entrepreneurs afin qu’ils s’équipent en matériels adéquats pour assurer leur reconversion. Ali Daou, un de ces commerçants estime que le Gabon, n’est pas comme nos pays ouest africains, où les relations commerciales sont très étroites entre les pays eux-mêmes d’abord et avec les autres continents, notamment asiatique ensuite. En Afrique centrale, le commerce extérieur est largement dominé par des monopoles français libano-syriens, à côté desquels exercent timidement nos compatriotes notamment dans le secteur de la vente au détail dans les souks. Nos compatriotes versés dans le commerce de gros importent principalement d’Europe, maintenant un peu d’Asie (Chine, Inde et Dubaï). Mais les contrôles drastiques aux frontières ont notoirement réduit les échanges entre le Gabon et ses voisins, constate notre interlocuteur. C’est pourquoi précise-t-il, le marché gabonais tourne actuellement au ralenti. "Il y a des jours, où l’on ne vend pas un Kopeck." a-t-il expliqué. Brahim Barry est photographe. Il a traîné ses guêtres de par le monde avant de déposer armes et bagages au Gabon. Depuis près d’une décennie, il exerce son métier essentiellement à Libreville. Mais, il peut arriver quelques fois, qu’il effectue des voyages dans les provinces sur des invitations de partenaires. "Je gagne un peu, en tout cas de quoi nourrir ma famille" a-t-il dit. Tout comme les autres, il exerce librement son activité. Mais, de plus en plus le marché de la photographie lui aussi se rétrécit non pas par des mesures administratives, mais avec l’évolution de la technonologie. Avec le chômage, beaucoup de jeunes gabonais se sont improvisés photographes. Ils ont investi le secteur avec de nouveaux matériels de laboratoires légers et faciles à transporter. Devant les monuments, les passants sont harcelés par des jeunes qui leur proposent des photos rapides. Ils ont une imprimante en couleur à l’aide de laquelle, ils vous tirent votre photo à la minute, c’est rapide et bon marché 1000 Fcfa l’unité au maximum. Selon notre compatriote Brahim Barry, à cause de la surexposition du secteur, les affaires ont chuté. Actuellement, Barry ne réalise que 5 à 10 photos par jour, contre 30 à 40, il n’y a pas encore longtemps. Mais, depuis peu le secteur commence à bénéficier d’une certaine assistance des autorités, qui ont encouragé la mise en place d’une association : "Gabon image" pour défendre les intérêts des sociétaires. C’est vrai, nos compatriotes bénéficient de la sollicitude des autorités gabonaises. Selon Tidiane Niang, malgré la politique d’austérité le président Ali Bongo, s’investit personnellement pour permettre à nos compatriotes d’exercer librement leurs activités. Mais ces derniers demeurent confrontés au récurrent problème de transfert des avoirs au pays. Selon Tidiane Niang, le coût de transfert d’un million de Fcfa revient à plus de 50 000 Fcfa. Notre interlocuteur préconise la réouverture des succursales de banques maliennes à Libreville. Cette démarche serait d’autant bien accueillie que certains de nos compatriotes ont élu domicile au Gabon depuis plus de deux générations. Ils exercent fondamentalement dans les services, le commerce et les bâtiments et travaux publics. Certains y ont réellement fait fortune.