Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction à l’occasion de la Journée internationale de la femme, le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille fait le point des acquis en matière de promotion de la femme et des défis actuels
L’Essor : La prise de conscience des Maliennes de la précarité de la condition féminine date t-elle de 1960 ?
Mme Maïga Sina Damba : Avant 1960, on ne parlait pas de Maliennes mais de Soudanaises. À cette époque déjà il y a eu des regroupements de femmes à l’instar de l’Union des femmes du Soudan français. C’est depuis cette époque que la prise de conscience des femmes de la précarité de la condition féminine s’est opérée. Elle s’est poursuivie après l’Indépendance avec la Commission sociale des femmes travailleuses, les mouvements panafricanistes comme l’Organisation panafricaine des femmes (OPF) où les Maliennes ont été très actives.`
L’Essor : Nous savons que les femmes ont servi d’avant-garde pour conquérir l’Indépendance. Ensuite, toutes les grandes mobilisations politiques pour opérer des changements de comportement ou de texte juridique dans notre pays ont été possibles grâce à la détermination de leader féminin. Pouvez-vous nous rappeler quelques-unes de ces périodes cruciales ?
Mme Maïga Sina Damba : Sans trop m’avancer sur le territoire des historiennes et des historiens, je peux affirmer effectivement que les femmes sont bien à la base de beaucoup de changements. Les années 1960 sont celles qui ont vu naître au plan interne le code du mariage et de la tutelle, le rôle actif des femmes sur le plan panafricain au sein des mouvements de décolonisation, après le coup d’État de 1968, avec l’avènement du parti unique les femmes regroupées au sein de l’Union nationale des femmes du Mali ont poursuivi la lutte pour l’émancipation de la femme. C’est à cette période que remonte le combat pour l’abandon de l’excision, le maintien des filles-mères à l’école entre autres. Avant l’entrée du Mali en démocratie, les femmes ont pris une part très active au sein des mouvements de contestations qui ont fini par avoir raison du régime en 1991 où elles ont perdu la vie en masse. Après cette date, elles se sont regroupées par profession, par confession, par sensibilité pour mieux revendiquer leurs droits et aussi entreprendre. Le mouvement n’a pas faibli, il a seulement changé de forme avec le projet de code des personnes et de la famille.
L’essor : Notre pays doit beaucoup aux femmes, Sont-elles véritablement égales aux hommes dans tous les secteurs ?
Mme Maïga Sina Damba : Au Mali aujourd’hui, les textes en vigueur ne discriminent pas les femmes. Toutefois, du fait des mentalités et de la stratification sociale, il y a une propension à exclure d’office les femmes de certains secteurs. C’est pourquoi le gouvernement avec le concours des associations et ONG féminines et la société civile, a lancé le processus d’élaboration de la Politique nationale d’égalité femmes-hommes (PNEFH) en 2008. Cette politique vise à donner les mêmes opportunités aux filles et aux garçons, aux hommes et aux femmes dans tous les domaines afin que chacun puisse jouer son rôle au sein de la société. Cette politique sera effective après son approbation par le Conseil des ministres.
L’essor : Il y eut l’Initiative riz l’année dernière. Aujourd’hui l’accent a été mis sur le maïs, le rendement des femmes rurales a-t-il été à hauteur de souhait à l’issue de ces deux campagnes ?
Mme Maïga Sina Damba : L’Initiative riz a été quelque chose de très originale et de très salutaire. Comme tous les autres paysans, les femmes ont bénéficié de l’engrais subventionné. Ce qui leur a permis effectivement d’atteindre des résultats satisfaisants. À l’Office du Niger, des rizicultrices ont pu obtenir 80 sacs à l’hectare et même parfois plus, ceci est un indicateur important. Avec la Loi d’orientation agricole, désormais 10 pour cent des terres sont affectées aux femmes lors des aménagements. La Journée internationale des femmes rurales que nous célébrons le 15 octobre de chaque année est une occasion pour mieux constater les réalisations des femmes rurales, elles sont moins présentes dans la culture du maïs, nous comptons les y encourager car c’est aussi un secteur porteur.
L’essor : Le combat pour la promotion de la femme se heurte à la tradition et aux sensibilités (le code, le mariage forcé, l’excision entre autres). Quelles sont les dispositions prises pour inverser la tendance actuelle ?
Mme Maïga Sina Damba : Le combat des femmes pour leur liberté s’est toujours heurté à des difficultés mêmes dans les pays développés. Je me réjouis aujourd’hui comme la plupart des Maliennes de constater presque la disparition du mariage forcé. Le code du mariage et de la tutelle de 1962 très soutenu par les autorités de l’époque y a circonscrit grâce à d’intenses campagnes d’information et de sensibilisation. Cette même stratégie et la création d’un Programme national de lutte contre l’excision nous a permis d’enregistrer une baisse très significative de la pratique de l’excision en dépit de l’absence de loi, plusieurs conventions locales d’abandon ont été signées librement par les villages. Quarante-trois villages nous ont remis seulement le 23 février dernier leur déclaration. Pour ce qui concerne le projet du code des personnes et de la famille, je demeure convaincue que les points de vue se concilieront à l’issue des efforts basés sur l’information, l’éducation pour le changement de comportement consentis à différents niveaux. Nnous sommes dans un pays de dialogue ouvert sur le monde.
L’essor : L’on a beaucoup parlé de l’éducation de la jeune fille. Qu’en est-il concrètement ?
Mme Maïga Sina Damba : Pour des considérations culturelles, la fille a longtemps fait l’objet de discrimination au sein des familles et de la société en ce qui concerne son accès à l’éducation. Pour y remédier la SCOFI (la scolarisation des filles) a vu le jour au niveau de l’Éducation nationale, elle a permis non seulement de scolariser comme son nom l’indique beaucoup de filles, mais aussi de favoriser son maintien dans le système éducatif. La politique ne faiblit pas et dans certaines localités comme Gao et Kidal, le nombre de filles scolarisées dépasse de loin celui des garçons. Selon le bulletin statistique publiée par le Centre national de documentation sur la femme et l’enfant (CNDIFE) pendant l’année scolaire 2008-2009, le taux brut de scolarisation des filles était de 70,7 pour cent contre 89,5 pour cent pour les garçons. Le taux net de scolarisation au primaire était de 53,3 pour cent pour les filles et 68,1 pour cent pour les garçons. L’effectif des élèves dans l’enseignement primaire était de 817.364 pour les filles et 1.005.673 pour les garçons.
L’essor : Selon vous, la situation de la femme a-t-elle évolué de 1960 à nos jours ? Qu’est qui reste à faire en matière de la promotion de la femme ?
Mme Maïga Sina Damba : L’histoire n’est pas figée, la société change et avec elle les personnes qui la composent. La situation de la femme a évolué et elle est encore appelée à connaître d’autres évolutions. La promotion de la femme n’est pas le seul fait des femmes. Les hommes ont un rôle particulier à jouer, la part de la famille est aussi importante que celle de la société, en s’adaptant davantage aux réalités de notre époque. Il reste surtout à accepter que les femmes aient des droits spécifiques, que le Mali sans faire fi de ses réalités est tenu par des engagements qu’il a signés à l’échelle continentale et internationale
L’essor : Pouvons nous connaître le nombre de femmes députées, maires, conseillères municipales ?
Mme Maïga Sina Damba : Les femmes ont compris qu’en plus d’être des électrices, elles pouvaient aussi se présenter à des élections de tout genre et donc être élus. L’Assemblée nationale compte aujourd’hui 15 députées. Cela est important quand on sait qu’en 1960 il n’y avait qu’une seule femme députée au Mali. Les élections municipales de 2009 ont enregistré 13537 candidatures féminines, 934 élues. Parmi elles, des maires et des conseillères municipales. Il y a aujourd’hui 9 maires et 927 conseillères municipales. Le nombre est en hausse par rapport à 2005.
L’essor : Quelles sont les avancées significatives engrangées en terme d’égalité de chance entre les hommes et les femmes ? Peut-on parler de discrimination positive en faveur des femmes ?
Mme Maïga Sina Damba : Le code de 1962 malgré les déséquilibres en certains de ses passages a été une véritable révolution, comme c’est aussi le cas dans le code du travail, le code domanial etc... L’interdiction du renvoi de l’école de la jeune fille pour motif de grossesse, les congés de maternité, les heures de tétée constituent des mesures discriminatoires positives. À cela s’ajoutent, le droit pour la femme mariée d’exercer librement le métier de commerce, la gratuité de la césarienne et du traitement antipaludéens pour les femmes enceintes ainsi que l’accès de la femme à la terre, aux crédits et aux intrants. L’égalité de chance est consacrée par la Constitution, mais elle deviendra effective avec l’application réelle de la Politique nationale d’égalité entre les femmes et les hommes.
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Programme des festivités
-Dimanche 7 mars : Inauguration des deux maisons de la Femme et de l’Enfant.
8h- 8h 30 : Accueil et installation
8h30 - 9h : Mise en place terminée
9h-9h 30 : Arrivée des officiels
9h30 : Inauguration de la maison de la Femme et de l’Enfant
Lundi 8 mars au Boulevard de l’indépendance
8h : Mise en place terminée
8h30 : Arrivé du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.
9h : Accueil de Mme Touré Lobbo Traoré, épouse du chef de l’état.
9h30 : Discours du ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.
9H30 10h : Défilé des femmes sur le boulevard de l’indépendance
16 h : La première Dame Mme Touré Lobbo Traoré reçoit les femmes à Koulouba.
Du 9 jusqu’au 31 mars : Organisation de conférences, de débats et de soirées culturelles à Bamako et dans les régions.