L’existence du journal reflète les soubresauts de l’histoire du pays et la quête de liberté de la société
L’évolution historique des médias au Mali se mesure à l’aune du combat pour l’émancipation puis la démocratisation. La presse s’introduit en Afrique dans le sillage de la colonisation. A ses débuts, elle fut une création de l’administration coloniale. La colonie du Sénégal a été le point de départ de son développement. L’administration y créa le Journal Officiel pour tenir les archives au fil de l’implantation et des conquêtes coloniales. Les débuts du Journal Officiel de la colonie du Soudan français remontent à 1922, l’année même où le territoire abandonna son nom de Haut Sénégal-Niger pour celui de Soudan français. 1946 sera une époque charnière dans l’évolution des territoires africains sous domination coloniale. L’élite africaine formée en France et dans les écoles coloniales ainsi que les anciens combattants démobilisés de la Seconde guerre mondiale vont s’engager dans la lutte pour la revendication des droits de tous les peuples aux libertés publiques. C’est à la faveur de ces mutations sociologiques que naîtra l’Observateur du Soudan la même année. Ce périodique d’une simple feuille imprimée au recto et au verso se voulait un organe de défense des intérêts des populations de l’Afrique occidentale française. Un an après la création de l’Union soudanaise RDA en 1946, les nouveaux responsables de ce nouveau parti politique font leur entrée dans la direction du journal. Mamadou Konaté en prend la direction politique et Modibo Keïta en sera le directeur de publication. L’Union soudanaise RDA attendra trois ans avant de lancer son propre organe de presse. Ainsi naissait en 1949, le journal "L’Essor", un quotidien ronéotypé sur une simple feuille de format A4 tirée à 500 exemplaires et vendue à 10 F le numéro. Il faudra attendre la huitième année pour voir le titre non plus écrit à la main mais dessiné à la règle. La création en février 1959 d’un hebdomadaire dénommé "L’Essor hebdomadaire" marque un tournant majeur dans la vie du journal. Quotidien ou hebdomadaire, le journal sera avant tout un acteur du débat politique. La ligne éditoriale demeure la propagande politique en vue de rallier la majorité des masses soudanaises au combat pour l’indépendance. Avec l’indépendance, la nouvelle orientation politique du pays va contribuer à ralentir, voire annihiler toute évolution de la presse autre que celle favorable ou appartenant au pouvoir en place. L’Essor, organe de l’USRDA, tombe sous la coupe du Comité militaire de libération nationale avec le coup d’État de 1968. L’avènement du régime militaire n’a pas apporté de modification sensible à une situation figée. L’Essor devenant simplement l’organe gouvernemental. Hormis la création en 1972 du mensuel en langue bamanan, Kibaru, rien de nouveau ne sera enregistré jusqu’à la seconde moitié des années 1970. A l’initiative des journalistes eux-mêmes deux nouveaux titres verront le jour en l’espace d’un an (1977-1978) l’hebdomadaire sportif et culturel Podium et le mensuel d’information générale Sunjata. Dans les années 80, cet élan se brisera net. Obnubilé par la télévision naissante (1983), l’État ne développera plus de grands efforts en direction de la presse écrite dont le seul secteur florissant reste la presse rurale. A la même époque l’on assiste à une accélération spectaculaire des changements socio-politiques en Afrique. Le système participatif qui a accompagné cette mutation n’a pas épargné les médias qui ne pouvaient plus se borner à servir de caisse de résonnance aux tenants du pouvoir. La relance du dynamisme de la presse va partir du privé avec la création de la coopérative Jamana, et de son trimestriel du même nom (1984), suivi d’un autre trimestriel pour les jeunes Grin Grin et du bimensuel Les Échos (1989). Dans la foulée de Jamana et avec l’allégement du climat politique, des jeunes journalistes lancèrent le bimensuel d’informations générales Aurore tandis que Boubacar Keïta ressuscitait La Roue, périodique ronéotypé à la ligne très polémique, fondé en 1956 puis sabordé à l’indépendance. Le regain d’intérêt du public pour la politique, l’arrivée de jeunes journalistes sur le marché du travail et l’instauration d’un climat politique favorable aux revendications pluralistes ont permis de multiplier les titres. La Révolution de Mars 1991 balaiera les derniers obstacles à un raz-de-marée de journaux et de radios. L’arrivée du Pari mutuel urbain au Mali contribuera à enrichir le paysage des publications de plus d’une centaine de titres liés au turf. Il faudra attendre le passage de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap) à laquelle est rattaché l’Essor, à un statut d’établissement public à caractère administratif (EPA) en 1992 pour que le quotidien national dispose de marge de manoeuvre financière propre et suffisante pour soutenir son développement. Le journal se dote d’une première imprimerie en 1994 puis d’une autre plus imposante pour préparer son passage à la quadrichromie en mars 2007. La nouvelle formule du quotidien se caractérise par des pages couleurs, une pagination plus abondante, des rubriques diversifiées, des suppléments. Pour marquer le cinquantenaire du pays, le site internet du journal (www.essor.ml) qui existe depuis 2002, est révisé de fond en comble et mis en ligne le 1er janvier 2010. Avec une conscience aigue des enjeux du futur, l’Essor s’apprête à faire faire un nouveau bond qualitatif à sa formule papier, à développer les abonnements et achats électroniques, à proposer des services particuliers à ses abonnés, à mettre à disposition ses archives dont la numérisation est très avancée. Rendez-vous en 2060 pour le point des 50 prochaines années.