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PostHeaderIcon 26 MARS 2011 : SIGNES AVANT-COUREURS

Le parti unique, acculé au changement, avançait avec le frein à main tiré. Au terme de cinq journées insurrectionnelles dirigées par le Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, l’Armée dépose le président

26 MARS 2011 : SIGNES AVANT-COUREURS

Les évènements du 26 Mars 1991 réapparaissent chaque année dans notre histoire, scandant depuis vingt ans, avec une puissance variable, la marche du processus démocratique. Rite initiatique, référentiel collectif, célébration routinière : si l’anniversaire est diversement interprété, tous les analystes admettent que les racines du fait fondateur plongent profond dans le passé. Ainsi, rappelle Modibo Diallo historien et directeur général du Mémorial Modibo Kéita, le régime, qui avait renversé la première République par un coup d’état militaire en 1968, a connu une phase dure (1968-1978) et une autre plus « civilisée », marquée par la création d’un parti politique unique et l’adoption d’une Constitution. Mais dans les deux cas, rappelle l’historien, le résultat fut la confiscation des libertés individuelles et collectives, l’interdiction des partis politiques. Le combat politique se replia donc dans la clandestinité aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur avec notamment l’US-RDA, le parti de l’indépendance, et ses alliés, le Parti malien du travail (PMT) et le Parti africain de l’indépendance (PAI). La grande mobilisation de l’enterrement du président Modibo Kéita, le 17 mai 1977, permit à ce combat de l’ombre de se tester à la lumière.

LA REMISE EN CAUSE. La chute du mur de Berlin survenue en novembre 1989, l’éclatement de l’Union soviétique, la nouvelle vision française de la démocratie et du développement sur le continent noir créèrent un contexte favorable à la remise en cause des régimes autoritaires couverts jusqu’alors par les division engendrée par la guerre froide. Au Mali, les forces d’opposition de l’intérieur et de l’extérieur, déterrèrent une vieille loi de 1959 sur la liberté d’association. Le contexte international aidant, le 1er bimensuel privé du pays, « Les Echos », fut publié vite suivi par un autre bimensuel « Aurore ». Au plan syndical, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), après une période de collaboration étiquetée « participation responsable », se prononce le 28 mai 1990 à l’occasion d’un conseil national extraordinaire en faveur du multipartisme. L’UDPM, le parti unique, concède la discussion d’une éventuelle « démocratisation au sein du parti » (un comble pour une formation qui mentionnait la démocratie dans son intitulé) avant d’accepter de parler du multipartisme mais en faisant une fixation sur son congrès statutaire programmé pour la fin du mois de mars 1991. Elargissant la faille dans l’armure autoritaire, des associations virent le jour entre 1990 et 1991. Il s’agit d’abord de l’Association des jeunes pour la démocratie et le progrès (AJDP), le 15 octobre 1990, sous la houlette de Moussa Kéita. Le Congrès national d’initiative démocratique sera créé trois jours après par Me Mountaga Tall et ses amis. Une semaine après, le 25 octobre 1990, l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) voit le jour. L’ADEMA-association regroupe des militants de plusieurs partis clandestins (US-RDA, PMDR, PMT, FDPM) opposés au régime de Moussa Traoré. À partir de décembre 1990, les associations qui militaient dans un premier temps pour l’instauration du multipartisme intégral, mobilisent de plus en plus de personnes dans le pays. Une quinzaine de jeunes de l’AJDP donnent le ton de la contestation par une marche de protestation dans les rues de Bamako. Moussa Kéita et ses camarades expliquèrent à l’époque leur attitude par une « soif de démocratie ». Leur exemple est contagieux. Quelques jours plus tard, exactement le 10 décembre 1990, à l’occasion du quarante deuxième anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, le Congrès national d’initiative démocratique (CNID) bat le pavé, imité par l’ADEMA, le 20 décembre de la même année. Après ces trois marches historiques, les manifestations se poursuivent au début de l’année 1991. Entre janvier et mars 1991, en plus de Bamako, Ségou entre dans la danse. A ces manifestations, le régime oppose l’état d’urgence, les arrestations et la répression. L’AJDP, le CNID, l’ADEMA, la jeunesse libre et démocratique (JLD), l’UNTM, l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH), l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) et le Barreau, réunis au sein du Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, appelé Mouvement démocratique, vont jouer un rôle capital dans la suite des événements.

LE POUVOIR DANS LA RUE. Le 19 mars 1991 à Dioïla, les élèves qui manifestent sont violemment dispersés. À Sikasso, un élève est tué. En réaction, le bureau de coordination de l’AEEM décide alors d’organiser une marche avec érection de barricades, le vendredi 22 mars. Averti, le pouvoir se prépare à réprimer avec la dernière rigueur les perturbateurs. La répression est effectivement terrible et les corps commencent à affluer à l’hôpital Gabriel Touré. Le président Moussa Traoré qui s’adresse à la nation au soir du 22 mars, décrète le couvre feu et l’état d’urgence. Le 23 mars, une vingtaine de manifestants sont tués au cours des affrontements qui opposent dans la capitale les étudiants aux forces de l’ordre tandis qu’une marche impressionnante qui prend le chemin de Koulouba, bute sur un barrage de l’armée devant le ministère de la Défense. Dans la journée du 24 mars, lors d’un impressionnant meeting, le Comité de coordination du mouvement démocratique annonce le déclenchement d’une grève illimitée jusqu’à la chute du président. Il exige aussi la dissolution de l’Assemblée nationale et la mise en place d’une transition démocratique. Dans l’après-midi, une commission ad’hoc composée des membres du Bureau exécutif central de l’UDPM et du gouvernement rencontre à la Bourse du travail, le comité de coordination et arrête de commun accord des mesures susceptibles de ramener le calme. Parmi ces mesures figuraient la levée de l’état d’urgence et du couvre-feu, la libération de toutes les personnes arrêtés lors des émeutes depuis janvier. Moussa Traoré qui s’adresse une seconde fois à la Nation ne fait aucune concession. Une délégation du Comité de coordination se rend alors au palais de Koulouba pour communiquer ses exigences au président qui avait reçu la veille une délégation de chefs religieux. La rencontre est abrupte car si du côté présidentiel on s’attend à négocier, les émissaires se bornent, eux, à leur rôle de messagers. Le lundi 25 mai, un impressionnant meeting rassemble pour la troisième journée consécutive des milliers de Bamakois de toutes origines, pour réclamer le départ sans délai du président. Il semblait évident aux yeux de tous qu’un seuil irréversible était dépassé mais peu de gens se doutaient que le coup de grâce serait donné au pouvoir quelques heures plus tard par des officiers regroupés au sein d’un Comité de réconciliation nationale dirigé par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.