CULTURE

PostHeaderIcon Rentrée littéraire, jeunesse et écriture

L’Essor s’associe à la Rentrée littéraire qui débute le 7 février pour s’achever le 10 février. Cet événement qui réunit à Bamako plus de 80 auteurs du Mali et d’ailleurs, va distribuer de nombreux prix, promouvoir les auteurs et diffuser leurs œuvres, aider à la structuration de la filière du livre. L’Essor contribue à la promotion de l’événement en publiant des contributions d’auteurs qui campent, à leur manière, la Rentrée et ses enjeux.

Rentrée littéraire, jeunesse et écriture

Au Mali, les jeunes ont de tout temps écrit. D’abord à l’école (qui jette les bases d’initiation et suscite de l’amour pour l’écriture) à travers les matières littéraires comme la rédaction, la lecture, la récitation et l’étude des auteurs, entre autres. Plus tard dans la vie, à travers l’organisation des activités culturelles et littéraires. Mais, ils sont rares, très rares, les jeunes maliens qui ont la chance d’être publié. Cet état de fait constitue un véritable frein à l’épanouissement intellectuel de la jeunesse. Certaines associations comme l’Union des Jeunes Ecrivains du Mali (UJEM) se sont fixées la mission de faire connaître les jeunes écrivains à travers des émissions radiophoniques, des revues littéraires, les journaux de la presse écrite, des soirées de montage poétique, entre autres. Mais les difficultés liées à l’édition freinent cet élan et créent un sentiment de découragement, voire de renoncement et même de désespoir chez les jeunes qui ne croient plus à leurs talents. Aussi, aujourd’hui, l’école qui constitue le principal lieu de formation de base, n’incite ni à la lecture, ni à l’écriture encore moins à l’esprit et l’effort de création. En dehors de célèbres auteurs comme Amadou Hampâté Ba et Seydou Badian Kouyaté, aucun autre auteur malien ne figure dans le programme officiel de l’école malienne. Cet état de fait est décourageant. La famille et les parents ont aussi une grande responsabilité dans le désintéressement des jeunes pour la lecture. La famille demeure encore et toujours la première entité sociale de tout apprentissage. Cela est aussi bien vrai pour l’éducation que pour la lecture. Or les parents ne lisent pas et n’incitent pas les enfants à la lecture. Les nouvelles technologies de l’information et de communication comme internet, offrent d’une part de réelles opportunités d’apprentissage, mais poussent certains à la paresse intellectuelle en leur offrant presque tout sur un plateau, d’autre part. Le manque de structures et d’espaces d’encadrement, de création et de promotion, de créneaux d’expression juvénile, de supports pour les écrits des jeunes talents sont aussi des facteurs de découragement. Au niveau des radios, il n’existe pas de véritables émissions destinées à promouvoir l’écriture. L’émission le « Coin des poètes » puis « Plume d’or » de la Chaine 2 de l’ORTM était, à l’époque, une véritable école où les jeunes venaient lire et expliquer leurs poèmes qui étaient soumis aux critiques littéraires en direct sur les antennes. Cette émission avait créée en son temps un réel engouement pour l’écriture chez les jeunes qui venaient très nombreux et participaient assidûment à l’émission avant qu’elle ne soit purement et simplement supprimée des programmes de la Chaine 2 en 2003. D’autres émissions sur d’autres radios privées tentent tant bien que mal à poser, « même si c’est de façon très limitée », les jalons qui incitent à l’écriture. Ce sont tout de même des initiatives à encourager. Par contre l’absence presque totale d’émissions littéraires à la télévision nationale est à déplorer. La seule émission « En toutes lettres » qui jouait ce rôle était consacrée uniquement aux auteurs qui ont déjà publié. Aucune chance n’est donnée aux jeunes en herbe d’être connu et aidé. Au delà, c’est juste un reportage qui est consacré au lancement d’un livre à la radio et à la télé. Et c’est fini. Les jeunes en grande majorité commencent par la poésie qui « semble » être le style le plus rapide ou du moins le plus facile. Puis, certains s’essaient aux nouvelles, un autre style « semblant » être beaucoup moins difficile. Enfin, ils s’essaient très rarement au roman qui paraît être un genre plus laborieux, plus épuisant et complexe à écrire. En réalité, qu’il s’agisse de la poésie, de la nouvelle ou du roman, rien n’est aussi simple et facile qu’il n’y parait. Et chacun de ces genres répond à des règles particulièrement difficiles et très complexes. Cela dit, une fois les difficultés liées à l’écriture surmontées, commencent les problèmes d’édition. De façon générale, se faire éditer au Mali n’est pas chose facile, mais ce constat est encore plus ardu pour les jeunes qui s’essayent à l’écriture. Combien de jeunes talents qui nourrissaient de véritables ambitions de vivre la passion d’écrire et d’en faire même un métier, ont vu leurs rêves brisés à cause des difficultés liées à l’édition au Mali ? Force est de reconnaître que l’environnement éditorial malien n’offre pas de belles perspectives du fait que les maisons d’édition sont confrontées également à d’énormes problèmes financiers et de ressources humaines professionnelles. Ces problèmes de ressources financières sont répercutés sur le prix du livre qui semble trop élevé pour le Malien moyen. Ce secteur clé que constitue l’édition doit bénéficier d’un accompagnement de l’Etat, par l’octroi de subventions mais aussi l’application de certaines conventions internationales comme celle de Florence, qui permettra de détaxer certains intrants qui rentrent dans la fabrication du livre. Cela permettra aux maisons d’édition d’assurer la production nationale et de mettre des livres à la bourse des Maliens, dont la majorité n’a pas encore une culture de la lecture. En plus des difficultés inhérentes à l’édition et à la distribution, les jeunes écrivains en herbe se trouvent confrontés au manque de formation, une condition indispensable pour encadrer et peaufiner leurs talents à travers des ateliers et des résidences d’écriture. Autant de facteurs qui pèsent sur l’éclosion des talents juvéniles Il s’est avéré que les Maliens lisent trop peu ou presque pas. Combien d’étudiants ou de cadres de l’Etat lisent un roman par an ? Souffrez avec moi qu’ils se comptent sur le bout des doigts. Dans ce contexte, il ne suffit pas simplement d’écrire mais de se faire lire. Alors apparaissent les questions que tout le monde connait et qui ont du mal à trouver leurs réponses.

- Pourquoi écrire si c’est pour garder les manuscrits dans les tiroirs ?

- Qui doit faire quoi pour que l’on puisse écrire, éditer, vendre au Mali et vivre de ses écrits ?

- Qui doit faire quoi pour inciter à l’écriture et à la lecture ?

- Qui doit faire quoi pour l’éclosion, l’encadrement, la formation et la promotion des jeunes talents au Mali ?

Le Fonds des prix littéraires du Mali apporte une solution, à travers la Rentrée littéraire du Mali, en donnant la chance aux jeunes d’être publiés à travers l’organisation de concours avec à la clé des prix et une garantie d’édition du meilleur manuscrit, des plus beaux poèmes de l’année, et un forum international autour du livre. Ainsi, une chance est donnée à tous les jeunes du Mali où qu’ils se trouvent sur le territoire national, de participer aux concours et d’être primé et publié. C’est le cas de votre serviteur qui a concouru au prix du meilleur manuscrit à partir d’Ansongo (Région de Gao) à plus 1300 km de Bamako. Aujourd’hui, les maisons d’édition, les organisations faitières d’artistes et le Fonds des prix littéraires du Mali déploient de gros efforts pour inverser la tendance, susciter le goût de la lecture et de l’écriture chez les jeunes en vue de préparer la relève. Aussi, il importe de faire du lobbying auprès des plus hautes autorités pour redynamiser le secteur du livre. Aujourd’hui, tous les acteurs de la filière du livre, saluent cette belle initiative du Fonds Littéraire du Mali, de placer, au cours des rentrées littéraires, le livre au cœur des préoccupations majeures de notre pays. Cela constitue indéniablement un ouf de soulagement pour les jeunes talents qui ont ainsi la chance de se faire éditer et d’être mis en lumière.

Mahamane Cissé

Prix du meilleur manuscrit 2010