CULTURE

PostHeaderIcon Maison des jeunes de Djenné : UNE REHABILITATION BIENVENUE

Elle a donné à la maison des jeunes son aspect initial

Maison des jeunes de Djenné : UNE REHABILITATION BIENVENUE

La réhabilitation et la revitalisation de la Maison des jeunes de Djenné figurent au programme du Patrimoine mondial pour l’architecture de terre (WHEAP). Ce volet a été lancé en 2007 après avoir été approuvé par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 31ème session. Ce programme de l’UNESCO vise une amélioration des approches de conservation du patrimoine architectural en terre. Il travaille à une meilleure intégration dans les problématiques et enjeux actuels, en vue de réussir une meilleure protection et conservation. Dans ce cadre, les aspects de développement durable et de lutte contre la pauvreté sont largement pris en compte, avec un objectif prépondérant d’amélioration des conditions de vie des populations locales. Grâce à une donation du Gouvernement italien, à travers son fonds en dépôt à l’UNESCO et du Bureau multi-pays UNESCO de Bamako. Une première série d’activités est mise en place au Mali dans le bien « Villes anciennes » de Djenné. Le bien « Villes anciennes » de Djenné est un des plus représentatifs du patrimoine mondial bâti en terre. En tant que bâtiment public, largement utilisé par la population locale, mais bénéficiant aussi d’un fort potentiel d’utilisation pour le tourisme, la Maison des jeunes représente un cas particulièrement intéressant, rassemblant en un seul lieu des problématiques d’ordre techniques, sociales, et environnementales. D’où, le choix de sa réhabilitation et de sa revitalisation, offrant ainsi un cadre agréable de loisirs pour la jeunesse de Djenné. La Maison des jeunes est située dans l’ancien quartier administratif colonial qui aujourd’hui garde cette caractéristique. Ce vieux quartier reste le siège de la Mairie, de la perception, de la prison, et de la maison du peuple. La Maison des jeunes fut reconstruite en 1962, à l’époque du premier président du Mali indépendant, Modibo Keïta. L’idée tirée du modèle socialiste russe était de créer un lieu d’éducation des jeunes. Les locaux connaîtront d’autres utilisations avant de devenir à nouveau la maison des jeunes. L’édifice a été transformé à plusieurs reprises. L’infrastructure est composée de plusieurs bâtiments. Le bâtiment principal comporte à l’étage la résidence de l’administrateur qui est en même temps l’animateur. Le rez-de-chaussée héberge des bureaux et des espaces de stockage. Derrière le bâtiment principal une case de passage est construite. Elle comporte des chambres et une longue véranda qui date de 1983. Devant le bâtiment principal s’étend une grande cour servant de terrain de sport, et d’arène pour les spectacles divers. Côté Nord-Ouest, existe une autre cour dans laquelle est située une grande paillotte pour accueillir les réceptions, les mariages, et les soirées dansantes. C’est dans cette cour que se trouve l’unique toilette publique de l’ensemble bâti. Une troisième cour sépare les deux bâtiments principaux. La maison des jeunes est un bâtiment qui, tout en gardant sa morphologie générale de base, a largement évolué dans le temps. Cette transformation est bien mise en évidence par la comparaison de la photo prise au milieu des années 1980 avec celle prise en décembre 2009. Ce bâtiment fut construit en 1962. Il a fait l’objet de grands travaux en 1983, en 1997, et récemment en 2009. Ces modifications ont dénaturé le bâtiment. Elles lui ont fait perdre beaucoup de ses qualités climatiques (ventilation) et plus généralement de vie (cloisonnement et décalage entre véranda et terrasse), note Yamoussa Fané, le directeur de la Mission culturelle de Djenné. De 1962 à 1968, la Maison des jeunes était très liée à la volonté du président d’offrir à la jeunesse une bonne éducation, sur le modèle socialiste soviétique, en prenant en compte les aspects culturels, sportifs et surtout politiques. La maison a d’ailleurs été construite en « investissement humain » par la population de Djenné et des villages voisins. Pendant quelques années, le bâtiment sera utilisé comme siège du parti unique puis comme tribunal. A partir de 1968, le lieu prendra effectivement le nom de maison des jeunes. Il sera désormais dévolu uniquement à ses vocations culturelles et sportives. L’étage héberge l’animateur, qui est aussi chargé de la gestion des lieux et de leur entretien. Il dépend de son ministère de tutelle (en général Jeunesse et Sports) et au plan local répond de ses activités auprès du Préfet de Cercle de Djenné. La maison des jeunes a connu des hauts et des bas. Mais aujourd’hui le lieu est très bien animé. Tout au long de l’année la maison est fréquentée par des groupes scolaires. Elle est aussi utilisée comme garderie d’enfants. Les femmes de Djenné sont libérées pendant quelques heures de la garde de leurs enfants. Plusieurs fois par semaine le rendez-vous des jeunes abrite les cours de Karaté. Le dimanche, les nouveaux couples y organisent des buffets pour les parents et les amis. De temps en temps, des troupes culturelles s’y produisent, soit à l’initiative de l’animateur, soit à la demande de personnes institutionnelles ou privées. Enfin , pendant les vacances, le lieu sert de dancing. Il est ouvert plusieurs fois par semaine et il est très fréquenté. C’est en fait le seul lieu où les jeunes de Djenné peuvent se rencontrer. Pendant les vacances les répétitions de préparation au grand concours annuel d’expression culturelle national se tiennent dans le cadre de la maison des jeunes. Ce grand concours met en compétition de troupes venant de tous les cercles du Mali. Le choix de la maison des jeunes dans le cadre du programme WHEAP avait été fait au regard du potentiel important qu’il représentait. Ce lieu est vivant, et il est le symbole de la jeunesse de Djenné et de sa vitalité. Mais au-delà de cet aspect, lors de la mission préparatoire, d’autres valeurs ont pu être décelées. Les chercheurs ont conclu que la Maison des jeunes revêt une valeur historique supérieure à celle que l’opinion lui accordait auparavant. Le programme de réhabilitation et de revitalisation de la Maison des jeunes de Djenné, s’est bien déroulé, malgré les difficultés ayant conduit au retard dans la livraison du chantier. Djenné possède aujourd’hui une Maison des jeunes parfaitement fonctionnelle et bien équipée. La réhabilitation lui a redonné son aspect initial. La Mission culturelle recommande la mise en place d’un comité de gestion, afin de pérenniser la Maison des jeunes, en affectant les revenus générés à l’entretien du bâtiment.