La plus jeune région est sa cinquième participation à la Biennale
Le public du stade Babemba Traoré a passé une belle soirée en compagnie de la troupe régionale de Kidal. Galvanisés par les nombreux supporteurs, les poulains d’Abou Tomota, le directeur de la troupe régionale, ont sorti tout ce qu’ils ont de talent pour séduire le public et convaincre le jury. Du coup, la Région de Kidal s’est invitée dans les débats et causeries qui animent la ville de Sikasso par rapport à la Biennale. Comme toujours, c’est l’orchestre moderne qui donna le ton de la soirée en gratifiant le public de deux morceaux que le public a bien appréciés. Le premier « Agna » (la culture) glorifie la culture touarègue. La chanson invite la jeune génération à prendre soin de cette culture et des valeurs traditionnelles qui sont les fondements de la communauté. La seconde interprétation de l’orchestre est titrée « Tébédé » (l’éveil). Ce chant vente les acquis des 50 ans du Mali indépendant. Les musiciens invitent tout le monde à s’engager pour la préservation de ces acquis, de la paix et du développement durable du pays. Les deux morceaux inédits de l’orchestre ont émerveillé le public qui ne cessait d’applaudir. La pièce de théâtre « A nous la citoyenneté » traite des thèmes comme la citoyenneté, la bonne gouvernance, l’entrée des femmes dans le jeu démocratique, l’équité du genre, le recouvrement des impôts, la paix. Par cette pièce les comédiens démontrent le rôle et la place de la femme dans le développement local en particulier et du pays en général. La pièce expose tous les problèmes que peut rencontrer une femme maire qui nourrit des bonnes ambitions pour sa commune. L’élue est confrontée à plusieurs difficultés pour la mise en œuvre de son programme de développement. En effet, la plupart des hommes de la commune refusent d’être dirigés par une femme. Ils soutiennent que cet état de fait est contraire à la culture et à la tradition de la contrée. Ce qui ressort aussi de cette pièce, c’est qu’aucun pays ne peut prétendre au développement en excluant une couche de sa société. Le numéro propose la solidarité, le changement de comportement et de mentalité ainsi que la participation de tous à la construction nationale. Et cela ne peut se faire sans les femmes qui doivent jouer un rôle de catalyseur et de leadership dans tous les projets et programmes de développement. A la fin de la pièce, la femme maire arrive à convaincre les hommes grâce à des campagnes de sensibilisation et d’information. Les hommes, les femmes et les jeunes de sa commune décident alors de prendre leur destin en main en luttant contre le fatalisme. Après la pièce de théâtre, c’est l’ensemble instrumental qui entra en jeu avec un morceau intitulé « La politique politicienne ». Cette chanson met en garde contre la mauvaise compréhension et l’instrumentalisation de la politique. Les musiciens à travers ce morceau recommandent une compétition politique faite sur des bases saines, non religieuses, non ethniques pour la préservation de la cohésion sociale. L’ensemble instrumental de la troupe de Kidal a innové en ajoutant le balafon, le tam-tam et le « n’tamani » aux instruments musicaux de la zone. La fusion musicale est impeccable. Pour aborder le Cinquantenaire, la troupe dirigée Abou Tomota a chanté « le Mali indépendant » en chœur. Le chœur invite les autorités et les parents à mettre l’accent sur l’éducation de la petite fille. Le numéro évoque également les différentes pages du Mali indépendant : le socialisme, le parti unique, l’avènement de la démocratie, la décentralisation. La chanson invite la nouvelle génération au respect des acquis réalisés pendant les 50 dernières années pour faire de notre pays une terre de paix, de joie, de bonheur. Bref une terre où il fait bon vivre. La danse traditionnelle est consacrée à différentes cérémonies dans le milieu Kel-tamasheq, explique Abdou Tomota. « Cehem » est une danse maure exécutée par les jeunes à l’occasion de fêtes religieuses (Maouloud, Ramadan, Tabaski) et de mariages. Le chant est interprété par une soliste qui joue le tendé (un instrument de musique propre aux femmes du Nord) accompagnée par le refrain et les claquements des mains en cadence repris par des femmes. Les hommes dansent à tour de rôle, seuls ou avec des femmes en se succédant sur la scène. La soliste pose une autre problématique qui sévit dans les régions du Nord : la prolifération des stupéfiants. Avec une voix à couper le souffle, la soliste lance un cri de cœur à la jeunesse afin que celle-ci, ne vende, ne passe, ni ne consomme la drogue. Il faut dire que toutes les troupes du Nord ont traité ce thème. C’est aussi un S.O.S à l’endroit des jeunes qui s’adonnent au trafic et à la consommation de produits prohibés. Le ballet à thème s’appelle « Amane Imane » (eau, source de vie ». Il dénonce la déforestation qui provoque la sécheresse, la faim, le manque d’eau et la mort des animaux. Le ballet, avec grande créativité tente de donner une solution à cette problématique. Pour le ballet à thème, la troupe de Kidal a fait une mise en scène originale. Soulignons que la région en est à sa cinquième participation à Biennale artistique et culturelle. En 2008 à Kayes, sa troupe avait pris la première place en pièce de théâtre et la deuxième en exposition d’objet d’arts.