CULTURE

PostHeaderIcon La troisième Rentrée littéraire 2012, « PATISSAKANA »...

L’Essor s’associe à la Rentrée littéraire qui débute le 7 février pour s’achever le 10 février.

La troisième Rentrée littéraire 2012, « PATISSAKANA »...

Cet événement qui réunit à Bamako plus de 80 auteurs du Mali et d’ailleurs, va distribuer de nombreux prix, promouvoir les auteurs et diffuser leurs œuvres, aider à la structuration de la filière du livre. L’Essor contribue à la promotion de l’événement en publiant des contributions d’auteurs qui campent, à leur manière, la Rentrée et ses enjeux.

La troisième Rentrée littéraire 2012, « PATISSAKANA »... Lorsque j’étais élève, jamais je n’avais imaginé, un seul instant, que je pourrais un jour rencontrer les célèbres : Djibril Tamsir Niane de la Guinée Conakry, auteur de « Soundiata ou l’épopée du Mandingue » ou Olympe Belly Quenum du Benin. Ces auteurs dont les œuvres m’ont tant passionné et pleinement participé à ma formation scolaire au Mali. Depuis 2005, l’année de la publication de mon premier livre, c’est chose faite ! En effet, je fus invité en qualité d’intervenant, comme eux, pour animer le débat littéraire avec eux en Italie et en France. Et croyez-moi, j’étais particulièrement ému de me retrouver, côte à côte, avec ces illustres écrivains. Alors dans mon esprit revenait, en boucle, cette vérité générale : « vouloir c’est pouvoir ». Cette année, en ce mois de février, c’est avec une joie indéfinissable que je prendrai part à la troisième rentrée littéraire du Mali à laquelle j’ai eu l’honneur d’être invité par les organisateurs. Pour cette grande rencontre avec les hommes de plume, je me réjouis de pouvoir contribuer à l’enrichissement et à la qualité du débat en tant qu’ancien sortant de l’INA, diplômé de la section arts plastiques. Cette manifestation se tiendra, en plus, à un moment crucial, c’est-à-dire à la veille de l’élection présidentielle de 2012. Un moment historique qui comporte d’importants et de nombreux défis pour le pays. Car depuis un certain nombre d’années, élèves et parents d’élèves continuent inlassablement de se questionner sur la couleur que prendrait l’année scolaire en cours. Avec la prolifération anarchique des écoles privées très coûteuses, je me demande si un enfant issu d’une famille pauvre peut étudier ? Comment un pays qui se préoccuperait de donner un avenir radieux à ses filles et fils peut-il passer plus d’un trimestre cloitré dans l’incertitude totale ? Sachant que les élèves et étudiants du Mali d’aujourd’hui sont ceux qui prendront les rênes du pays demain ? Comment une génération, en panne sèche de savoir, parviendra-t-elle à redorer le blason du développement national ? Cette zizanie n’est-elle pas liée à un défaut manifeste de volonté politique émanant des pouvoirs publics ? Est-ce une façon détournée de maintenir le peuple dans l’ignorance ? Parfois je me demande si l’état de la dégradation du système éducatif malien inquiète mes compatriotes ! Je ne sais pas si un grand nombre d’élèves et d’étudiants du Mali savent que lorsque deux verbes se suivent le second se met à l’infinitif. Aucun pays ne peut se bâtir sans acquisition de savoir. Voilà quelques questions brûlantes que je ne cesse de me poser tous les jours que Dieu fait. Nul n’est besoin de rappeler que d’année en année, le niveau scolaire baisse lamentablement. Rares sont les quartiers au cœur desquels existe une seule bibliothèque ou librairie. Je n’ai pas connaissance d’élus qui se préoccupent de l’échec scolaire qui sévit contre les descendants de leurs électeurs et dans sa commune. Quant aux élèves, ceux-ci manifestent tout le mal du siècle : le manque d’envie d’avoir et de lire des ouvrages et le moindre élan à aller à la rencontre ou d’approcher des hommes de lettres capables de déclencher en eux l’amour pour les études et d’éveiller leur curiosité. On sait pourtant très bien que le savoir ne tombe pas du ciel. Une seule journée ne suffirait pas pour aborder les terribles maux dont souffre, hélas, l’école malienne. En évoquant le problème scolaire, je ne peux qu’utiliser le mot « PATISSAKANA »… Tant cette interjection est évocatrice à plus d’un titre de l’hécatombe du savoir. Seulement faut-il savoir l’étymologie de ce mot qui nous renvoie aux horreurs des boucheries humaines de la Première guerre mondiale. D’aucuns diront qu’il signifie incroyable, d’autres révéleront un truc de fou… A chacun sa traduction. Cependant, cette expression n’est autre que la réalité du traumatisme subi par nos ancêtres « les tirailleurs sénégalais » dans les tranchées où les parties (combats) n’étaient que sanglantes. En effet, sans formations, mal équipés et déconsidérés, les Noirs, évidemment, ne pouvaient que servir de chair à canon. D’où le fait que les parties de combat où on les engageait ne pouvaient être que « SANGLANTES », oui une boucherie humaine horriblement sanglante ! « PATISSAKANA » doit donc, pour chaque Africain et fils d’Africain, être un témoignage historique fort et vivant des horreurs, des souffrances, des crimes commis contre nos parents morts pour une patrie qui ne les a jamais reconnus. Au lieu de reconnaissance, la République ingrate spolie et pille l’Afrique sans remord. Et elle renvoie, humiliés tels des chiens empestés, les fils des combattants pour sa libération à leurs arides terres. « PATISSAKANA » est la traduction de ce que les Toubabs qualifiaient « partout du sang ou partie sanglante ». Nos ancêtres de retour en Afrique nous ont apporté ce mot : « PATISSAKANA » comme un reportage de cette maudite guerre. Une guerre qui n’était pas la leur. C’est une richesse dans la mine du savoir ! De nos jours, la dégradation du système éducatif et de ses acteurs dépasse l’entendement à tel point que je me suis autorisé à employer l’expression « PATISSAKANA » pour la qualifier. Et si cela ne suffisait pas, j’irais jusqu’à conseiller fermement à mes compatriotes d’ignorer tout candidat aux élections présidentielles de 2012 pour qui l’éducation des enfants et l’emploi des jeunes ne représentent pas des mesures phares de son programme. Le développement du Mali passera inévitablement par la révolution culturelle. Et cela ne saurait se faire sans la littérature dont les langues sont les roues motrices. Le savoir vient du livre. J’invite vivement la jeunesse malienne en l’occurrence les élèves et étudiants de mon pays gravement touchés par l’échec scolaire à être au rendez-vous de la troisième rentrée littéraire pour raviver leurs connaissances et mettre leurs méninges en ébullition. Aboubacar Eros Sissoko Auteur et éditeur