En dépit du contexte défavorable, de nombreux touristes ont tenu à être présents au festival qui s’est imposé dans l’agenda des manifestations culturelles du pays
Malgré la psychose ambiante de l’insécurité, le tourisme résiste. Frappée en plein cœur avec l’enlèvement de touristes et l’assassinat d’un autre, la ville de Tombouctou donne le bon exemple. Les groupes de touristes (certes en petit nombre) arrivent les uns après les autres. Après les Grecs, les Japonais et les Britanniques qui avaient passé la dernière semaine de l’année dans « la Cité mystérieuse » (voir l’Essor du 5 janvier), les visiteurs continuent d’arriver. Un nouveau groupe de touristes japonais est arrivé hier à Bamako pour aussitôt prendre la route du Nord. Comme pour le groupe précédent, leur voyage est organisé par l’agence Elkunti de Harber Kounta. Un autre bel exemple de l’attrait de Tombouctou sur le monde extérieur a été donné par le Festival au désert d’Essakane à Tombouctou. La manifestation qui a débuté jeudi a pris fin le week-end. La cérémonie de clôture était présidée par le Premier ministre, Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé. En clôturant le festival, le chef du gouvernement a rendu hommage aux amis de Tombouctou qui, malgré les aléas, ont tenu à être présents au Festival au désert. Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé a invité les amis de notre pays à revenir, en rappelant que toutes les dispositions sont prises pour la sécurité en général et la protection des sites et circuits touristiques en particulier. Signalons que de nombreuses personnalités étaient présentes à la cérémonie de clôture, notamment le chanteur Bono, leader du mythique groupe de rock U2. Le chanteur engagé pour un monde plus juste avait déjà participé à la cérémonie de pose de la première pierre du nouveau lycée de Dioro dont la réalisation est financée par l’entreprise Diesel basée aux Etats-Unis, dans le cadre du Projet villages du millénaire (voir article en page 3). L’ouverture de cette 12è édition du Festival d’Essakane était présidée par le ministre de la Culture, Hamane Niang. C’était en présence du ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, Sadio Gassama et de son collègue, de l’Artisanat et du Tourisme, Mohamed El Moctar. Cette manifestation qui a maintenant 12 ans s’est désormais imposée dans l’agenda des activités culturelles dans notre pays. Surtout au Nord-Mali. A titre de rappel, les deux premières éditions se sont tenues à Kidal, puis à Essakane (chef-lieu d’une commune rurale du cercle de Goundam). Mais depuis 2010, le festival a été délocalisé à Tombouctou. Selon ses initiateurs, le choix d’un lieu fixe pouvait être bénéfique pour le développement local. Car le rendez-vous est un moyen très efficace de booster les affaires à travers diverses activités. Le choix de Tombouctou se justifie par sa proximité avec l’aéroport. Et les festivaliers profitent de cette rencontre annuelle pour visiter les sites touristiques de Tombouctou. Les raisons de sécurité justifient aussi cette délocalisation.
UN IMPOSANT DISPOSITIF DE SECURITE. A la cérémonie d’ouverture, le ministre Hamane Niang, avait rappelé que la renommée de Tombouctou a traversé les âges et les frontières. Cela grâce à son riche passé historique et à son patrimoine culturel. C’est la combinaison de la culture et la musique du terroir de « la Cité des 333 saints » qui suscite chez tout visiteur une curiosité diffuse se transformant aussitôt en un attachement viscéral. D’où « cet engouement indescriptible chez les milliers de festivaliers venus des quatre coins du globe pour prendre part à ce grand rassemblement intercommunautaire et culturel ». Le ministre Niang précisera que ce festival est conçu dans la pure tradition de nos ancêtres. Il symbolise la fin de la saison de nomadisme qui était alors mise à profit pour se divertir au son du tambour local, mais aussi pour échanger sur les grandes questions du moment et surtout pour résoudre les conflits entre communautés ou entre les individus. Un imposant dispositif sécuritaire était en place lors de cette 12è édition du festival au désert. Le ministre de la Sécurité Intérieure et de la Protection civile, Sadio Gassama, en compagnie du colonel/major Mamadou Mangara, le gouverneur de la Région de Tombouctou avaient réuni 48 heures plus tôt, tous les acteurs du tourisme de la région, les organisateurs du Festival au désert et toutes les forces de sécurité de la ville. Le ministre entendait ainsi mesurer d’une part l’application du plan de sécurisation des sites touristiques, et d’autre part s’assurer qu’aucun détail n’a été négligé pour la sécurisation des festivaliers annoncés pour ce rendez vous communautaire. De Sévaré jusqu’à Tombouctou, le grand déploiement sécuritaire était perceptible. Quant à répartition des missions, la 6è légion de gendarmerie s’est vue confier la sécurisation des axes routiers, de l’aéroport, les excursions à Techak et Tinhatère, l’Azalai et la sécurisation des festivals Ali Farka Touré, Essakane etc. La police a en charge de sécuriser les mosquées de Djingareyber, Sankoré, Sidi Yéhia, les sites touristiques dans les villes de Tombouctou et Diré. Elle a également dans ses missions la protection des axes routiers à l’intérieur et aux entrées des villes de Tombouctou et de Diré. La garde nationale est chargée de la sécurisation des hôtels (Azalai, Bouctou, Colombe, Auberge du Désert, Adrénakane), et d’appuyer les autres forces à sécuriser les excursions à Techak et Tinhatère, le port de Koriomé et le village d’Arouane. La Protection civile doit naturellement gérer les secours, l’assistance et prendre en charge tous les cas de sinistres. UN SIGNAL FORT. Le général Sadio Gassama promet d’envoyer à Tombouctou dans les tous prochains jours des unités d’élite des forces de sécurité (police et gendarmerie nationale). Pour les besoins du festival, des dispositions particulières avaient été prises. Sur le site, il y avait trois ceintures de sécurité. La première assurée par la garde, la 2è par la gendarmerie et l’armée se trouvait positionnée dans un rayon de cinquante kilomètres du site. On notait aussi une observation aérienne permanente des aéronefs de l’armée de l’air. Le commandant le 51è régiment, le lieutenant-colonel Seydou Koné, avait expliqué au ministre que des unités d’interventions rapides sont en place au camp pour faire face à tout cas de surprise. « Je me sens totalement en sécurité à Tombouctou », nous a confié Charlotte Boissonnas, une ressortissante française, bénévole du festival. Elle reconnait que le pays a déployé les grands moyens pour faire la sécurité autour du festival. « En venant au Mali, j’étais dans un état d’esprit positif de résistance contre tout ce qui se dit, je n’avais même plus en tête ce problème de sécurité », a ajouté Boissonnas, relevant que c’est la population locale qui paie le prix fort à la situation actuelle. Tiémoko Dembélé, un opérateur touristique, estime que la présence de la star mondiale de la musique Bono du groupe U2 est un signal fort du retour de la sécurité. Pour lui, l’organisation de ce festival a démontré que notre pays est une destination sure du tourisme mondial. Pendant trois jours, les festivaliers ont savouré de beaux moments en compagnie des artistes nationaux comme Abdoulaye Diabaté, Bassékou Kouyaté, Afel Bocum, Tchalé Arby, Bintou Garba, Kia Maouloun, Tinariwen, Habib Koité etc. Rendez-vous est pris pour l’année prochaine.
Envoyé spécial
S. KONATE