La manifestation participe de la célébration du cinquantenaire de notre pays et de l’inscription de cette manifestation au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco
La ville de San vibre depuis lundi au rythme de la 610è édition de la pêche collective dénommée "Festival Sanké Mô" qui a pris, depuis trois ans, l’allure d’une manifestation internationale. En prélude à l’événement, les initiateurs ont animé un point de presse samedi au Centre Aoua Keita, en présence d’un parterre de journalistes. Le président de la commission d’organisation, Seydou Traoré, et ses collaborateurs ont confirmé que le festival "Sanké Mô" demeurait un événement culturel majeur dans notre pays. Cette importance est confirmée par l’inscription du festival au patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en 2009 et par la décision des pouvoirs publics de consacrer cette année la Semaine nationale du patrimoine culturel à ce patrimoine oral et immatériel, particulièrement au Sanké Mô. Cette inscription du festival au patrimoine immatériel de l’Unesco constitue, selon le conférencier, un défi majeur et pour notre pays et pour la ville de San. "Nous sommes désormais condamnés à continuer. Le festival n’est plus pour San seulement, ni pour le Mali. Il appartient désormais au monde entier. Nous devons tous serrer la ceinture pour mériter cette confiance universelle", a recommandé Seydou Traoré. Quelle est l’origine de Sanké Mô ? Seydou Traoré et le professeur Bakari Kamian ont quasiment la même version de l’origine mythique de la pêche collective. Selon les deux conférenciers, l’histoire de la pêche collective se confond avec celle de la ville de San. Au 14è siècle, un chasseur du nom de Bakôrè Traoré découvrit le site de l’actuel San. Un jour, accompagné de son chien de chasse, il s’égara en brousse. Bâkôrè erra pendant un bon moment en pleine brousse, avant de déboucher sur les berges d’une mare. L’endroit était reposant et l’eau de la mare grouillait de poissons. Le chasseur décida de s’installer là ne serait-ce que momentanément. "Môgô bè sé ka san kè yan" (on peut passer un an ici sans se soucier de la nourriture, en bambara), se serait-il dit, satisfait de sa découverte. Le "chef de la brousse" finira par s’installer définitivement au bord de la mare. La ville de San venait d’être fondée. Non loin de la mare, Bakôrè Traoré a découvert également une forêt de figuiers (toro en bambara) et le puits sacré qu’il nomma "Karantéla" ou "Karatèna" (pas de souci à se faire, en bambara) qui lui servit de source pour étancher sa soif. Santoro (figuiers de San, en bambara), le puits sacré de Karantéla et Sanké sont les trois symboles de San. C’est pourquoi les griots magnifient la ville en évoquant Sanké Mô, Santoro et Karantéla. Aujourd’hui, le mystère entoure toujours Sanké. Si la propriété de la mare revient à la famille Traoré, la garde des lieux est confiée aux Dao suite à un pacte signé entre les deux familles. C’est ce qui explique que c’est aux Dao qu’il revient de donner l’ordre de pêcher dans la mare. La 3è édition de Sanké Mô est tout fait particulière. La célébration du cinquantenaire de notre pays et l’inscription du festival au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, deux grands événements font de la 610ème édition de Sanké Mô, un symbole, a indiqué Seydou Traoré. Le président de la commission d’organisation a, par ailleurs, souhaité une implication de l’État pour pallier les effets pervers de la sécheresse qui pèsent sur l’avenir du festival. Le surcreusement du site pour permettre de maintenir de l’eau dans la mare constitue une alternative pour sauver ce qui s’inscrit aujourd’hui comme un pan de notre patrimoine culturel, a estimé le conférencier. Conférences-débats, incursions sur les sites historiques, manifestations culturelles et sportives sont entre autres activités qui figurent sur l’agenda de l’événement à San.