La parole féminine dans la littérature africaine, les élections présidentielles sur le continent en 2012, le Printemps arabe et l’Afrique, la crise mondiale et la sécurité sont entres sujets qui seront abordés au cours de cette édition
Elections présidentielles 2012 ; Littérature et politique, la parole féminine dans la littérature africaine ; la crise mondiale vue de l’Afrique ; le Printemps arabe et l’Afrique et enfin la sécurité : nouveau talon d’Achille d’une Afrique terre d’hospitalité, Ibn Batouta aurait-il pu arriver jusqu’au Mali … ? : l’éventail est large des thèmes qui sont débattus depuis mercredi par les écrivains à l’occasion de la 3è édition de la Rentrée littéraire. Organisée par le Fonds des prix littéraires, cette Rentrée littéraire s’affirme en tant qu’élément actif dans l’effort de restituer au pays un peu de sa place d’antan sur les plans artistique et culturel. Le pari est osé et la voie ardue vers la victoire, néanmoins l’espoir du succès est désormais permis, conforté par les résultats obtenus depuis le coup d’essai de 2008. Dès sa première édition, la Rentrée littéraire a tenu à instaurer des bons d’achat de livres dont les bénéficiaires sont des élèves et étudiants. Ces livres sont directement offerts aux jeunes gens par l’auteur lui-même au cours de séances de signature dans les librairies. Ainsi, lors des deux précédentes éditions, plus de 800 livres ont pu être distribués gratuitement. Le Mali se réjouit d’être le point de convergence des professionnels du livre et des amoureux de l’écrit : écrivains, critiques littéraires, journalistes, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, sans oublier évidemment les élèves et les étudiants qui attendent chaque année avec impatience l’arrivée de leurs auteurs préférés, a noté le Premier ministre, Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, qui a présidé mardi la cérémonie officielle d’ouverture. L’événement s’est déroulé dans la salle polyvalente du Musée national en présence de membres du gouvernement dont Hamane Niang, le ministre de la Culture, et son homologue de la Communication, Sidiki N’Fa Konaté, et de l’ambassadeur de France dans notre pays, Christian Rouyer Auteurs maliens et étrangers, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, élèves et étudiants ont également effectué le déplacement en grand nombre faisant ainsi de cette cérémonie d’ouverture une belle opportunité de promotion du livre. « Les innombrables manuscrits que nous ont légués nos ancêtres et qui restent visibles à présent dans les bibliothèques de Djenné, de Tombouctou, de Ségou, de Gao, de Nara ou de Nioro ou même dans celles des pays de l’Occident ou de l’Orient et du Maghreb, ces écrits, disais-je, sont l’œuvre de nos philosophes, écrivains, explorateurs, astrologues, savants, etc… Donc, l’écriture ne nous est ni étrangère ni ésotérique, encore moins hostile ; bien au contraire, elle fait partie de notre héritage. La plus grande et la plus célèbre université de l’Afrique subsaharienne, dispensant une multitude de matières et de spécialités, se trouvait à Tombouctou », a rappelé Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé qui se référait évidemment à l’université de Sankoré. La littérature africaine dont le long et difficile parcours est, en certains points, assimilable à l’histoire même de l’Afrique, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. C’est pourquoi, on peut affirmer que la présente rencontre fait partie des moyens d’expression qui permettent à l’Afrique de se rendre visible en « se racontant », a-t-elle jugé. Il importe pour le monde du livre africain, en effet, dans le contexte de la mondialisation de s’atteler à la diversification des instances et des podiums de consécration, de reconnaissance des talents et de célébration des œuvres littéraires.
NOUVEAUX GENRES LITTERAIRES. Quant à la question de l’écriture, il ne faut pas l’occulter. Contrairement aux apparences, l’écrivain ne bouscule pas les usages pour le simple plaisir. En se démarquant de la norme grammaticale ou de la langue quotidienne, il rehausse l’éclat du français par des tournures et des formules qui frappent l’imagination et s’incrustent durablement dans l’esprit. Plus qu’un artifice littéraire, c’est une exigence de l’écriture, celle de mettre en adéquation la conscience linguistique et la conscience culturelle, a analysé Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé. Les remarques de Massa Makan Diabaté sont pertinentes, de ce point de vue, je le cite : « Pour ce qui est de la syntaxe, je crois qu’un Africain ne doit pas se soucier d’écrire une langue parfaite. Il doit apporter l’expérience africaine de la langue française aux Français. Sur ce point-là, je voudrais que nous soyons très clairs. Il ne s’agit pas d’écrire une langue parfaite du point de vue de la syntaxe, mais d’apporter une expérience nouvelle : il faut casser le français, pour y introduire notre propre sensibilité, notre culture, la façon dont nous vivons. » « Cependant, chers écrivains africains, il ne suffit pas d’avoir l’habitude et la facilité de la plume, il s’agit aussi de mettre à chaque instant, sous cette plume la pureté, la noblesse et l’élégance de la langue, car, aujourd’hui plus que jamais, la jeune génération en a besoin », a recommandé le Premier ministre. « Cette nouvelle génération si friande des gadgets sophistiqués et si douée dans la manipulation des nouvelles technologies de la communication et de l’information et qui marche inexorablement dans le sillon de la mondialisation, ne s’encombre point des règles les plus élémentaires de l’écriture. Le SMS, le MMS, le Facebook et, que sais-je encore, sont à leurs yeux, de nouveaux genres littéraires », a constaté le chef du gouvernement. Pour rester dans le sens du vent et assurer à nos enfants la formation littéraire à toute épreuve, il s’agira pour nous, d’élaborer des règles applicables non à la pensée, mais à l’écriture, car celle-ci garantit l’avenir de celle-là. La voie pour y arriver pourrait être parsemée d’essais infructueux et même d’efforts sans récompense mais, elle est la pente la plus douce pour atteindre les sommets les plus escarpés, a prévenu Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé. Elle a rendu hommage à l’écrivain malien Yambo Ouologuem, premier Africain à remporter en 1968 le Prix Renaudot en France. C’est à juste titre que les organisateurs de cette Rentrée littéraire ont donné son nom au Grand prix qui sera décerné demain lors de la cérémonie de clôture. Ibrahim Aya, écrivain lui-même et secrétaire général du Fonds des prix littéraires, a promis que la littérature continuera à mettre des mots sur la souffrance de tous ceux qui sont réduits au silence du fait de l’intolérance et de la persécution. Plus de 80 auteurs venant du Mali et d’ailleurs sont attendus à cette 3è édition de la Rentrée littéraire. Les prix qui vont être décernés cette année sont : le prix du 1er roman (1 million de Fcfa), le prix Massa Makan Diabaté (2 millions de Fcfa), le prix Yambo Ouologuem (5 millions de Fcfa). D’autres récompenses sont également prévues.