samedi 24 juin 2017

Au rebond: LA FIFA DOIT BALAYER DEVANT SA PORTE

Les habitudes ont la vie dure et la FIFA (Fédération internationale de football association) ne fait pas exception à cette règle. Il y a exactement un an, la police suisse avait interpellé sept responsables de la FIFA pour soupçon «de blanchiment d’argent et gestion déloyale» entourant les attributions des Coupes du monde 2018 et 2022. L’opération s’est déroulée en plein congrès annuel de la FIFA qui devait aboutir à l’élection de son président, poste pour lequel le sortant Sepp Blatter était seul candidat. Epargné, au départ, par l’acte d’accusation, Blatter qui briguait un cinquième mandat, sera, ensuite, rattrapé par la justice, avant d’être suspendu par la commission d’éthique de la FIFA et contraint à quitter l’instance dirigeante du football mondial. C’est suite à un mandat d’arrêt international lancé par la justice américaine que la police a effectué une descente contre la FIFA et interpellé plusieurs responsables de l’association. Le coup de filet a fait trembler toute la planète foot du monde car personne n’imaginait une justice aussi puissante soit-elle, faire peur à la FIFA, à fortiori, interpeller des responsables de l’association pour quelle que raison que ce soit. C’est donc la justice américaine qui a prouvé à la face du monde que la FIFA n’est pas intouchable et plus grave, que la corruption est une pratique institutionnalisée au sein de l’association. Au total, 14 personnes étaient ciblées par l’acte d’accusation des Américains qui ont découvert qu’un montant de 150 millions de dollars (environ 90 milliards de F cfa) avait transité en échange d’accords médiatiques et des droits de marketing de compétitions organisées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, donc de pots- de-vin. Sepp Blatter n’a pas survécu à cette FIFAgate. Le Suisse est parti et Gianni Infantino s’est installé aux commandes. Jusque-là, l’Italo-Suisse était l’homme des tirages aux sorts de l’UEFA. Son passé plaidait donc pour lui, parce qu’il ne traînait aucune casserole derrière lui. Presque tout le monde a salué l’élection d’Infantino et voyait en lui l’homme du changement. La seule voix discordante a été celle de l’ancien capitaine de l’Argentine, Diégo Maradona qui qualifiera le nouveau président de la FIFA de produit du système Blatter qui ne peut apporter le changement dont le football a besoin. Il est, peut-être, tôt de dire que Diégo Maradona avait raison et que l’Italo-Suisse n’est pas l’homme du changement. Mais quand on passe au peigne fin le comportement de la FIFA de janvier 2015, date du début de la crise au sein de notre football, à la suspension de notre pays le 16 mars dernier, on voit clairement que ce sont les hommes qui ont changé à la tête de l’instance dirigeante du football mondial, mais pas la gouvernance. Un rappel des faits s’impose pour comprendre les tergiversations et la fuite en avant de la FIFA dans la crise qui déchire le football malien depuis l’élection de Boubacar Baba Diarra à la tête de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) en 2013. Tout a commencé lors de l’Assemblée générale élective de Mopti en 2013, mais c’est deux ans plus tard (2015) que la crise a pris de l’ampleur et poussé la FIFA à réagir. Nous sommes en décembre 2014 : lors d’une rencontre avec les clubs de première division, le président de la FEMAFOOT déclare que la fédération est endettée à hauteur de 300 millions de F cfa. Le président du CSD, Gaoussou M’Pa Sylla, répond que c’est impossible et accuse la FEMAFOOT de mauvaise gestion et de détournements. Quelques jours plus tard, la sanction tombe : le patron du CSD écope d’une suspension de trois ans et se retrouve du coup hors-jeu pour l’Assemblée générale ordinaire prévue le 10 janvier 2015. Gaoussou M’Pa Sylla saisit la FIFA qui ordonne à la FEMAFOOT de laisser le président du CSD participer à l’assemblée «pour apporter la preuve de ses accusations». «Pour nous, l’assemblée générale est le lieu le mieux indiqué pour débattre de toutes les questions», ajoutera la FIFA. Gaoussou M’Pa Sylla pensait avoir gagné la bataille, mais le jour de l’assemblée, il est déclaré persona non grata et n’accédera pas à la salle. Des incidents éclatent et plus de la moitié des délégués décident de boycotter les travaux de l’assemblée. Le représentant de la FIFA, l’Argentin Primo Carvaro assiste à toute la scène mais ne bronche. Quelques heures plus tard, Carvoro déclare que les travaux se sont bien déroulés et passe sous silence les incidents qui ont émaillé la rencontre. De cette date (janvier 2015) jusqu’à cette année, l’Argentin (il occupait le poste de chargé des associations africaines, ndlr) sera à la manœuvre. Les échanges de courrier entre la FEMAFOOT et la FIFA, d’une part, le Collectif des ligues et clubs majoritaires et la FIFA, d’autre part, ou encore entre le ministère des Sports et l’instance dirigeante du football mondial : tout était piloté par l’Argentin avec souvent la complicité de la nouvelle secrétaire générale de la FIFA, Mme Fatma Samoura. Après la sentence du Tribunal arbitral du sport (TAS) qui a annulé l’Assemblée générale du 10 janvier 2015 et les décisions adoptées lors de la rencontre, le ministre des Sports, Housseïni Amion Guindo, s’est personnellement rendu en Suisse pour demander l’intervention de la FIFA, mais en vain. Au lieu d’exiger l’application de la sentence du TAS par la FEMAFOOT, ou à défaut, envoyer une mission de médiation au Mali, la secrétaire générale se contentera de dire qu’avec une bonne lecture de la sentence du TAS, la fédération peut organiser une assemblée extraordinaire, en lieu et place de l’assemblée générale ordinaire ordonnée par la juridiction de Lausanne. Auparavant, cette même FIFA avait dit au ministère des Sports et à la FEMAFOOT de trouver un compromis avec le Collectif des ligues et clubs majoritaires pour la tenue de l’assemblée. La rencontre s’est finalement tenue sans les membres du collectif et sans les représentants de l’Etat, mais sera cautionnée par la FIFA. -UNE DECISION GOUVERNEMENTALE-C’est après cet épisode et le manque de respect de la secrétaire générale de la FIFA pour notre pays que les autorités ont décidé de taper du poing sur la table et de dissoudre le comité directeur de la FEMAFOOT pour le remplacer par un comité provisoire de normalisation (CONOR). «La décision a été prise au plus haut niveau de l’Etat, c’est une décision gouvernementale et le Mali ne s’agenouillera pas devant la FIFA», a martelé le ministre des Sports lors de la cérémonie de remise de la lettre de mission au CONOR. Il convient de rappeler qu’avant la dissolution du comité directeur de la FEMAFOOT, le Premier ministre Modibo Keïta avait instruit au département des Sports de prendre les mesures qui s’imposent pour sauvegarder les intérêts du football national. La décision du ministre Guindo vise à anticiper sur la nouvelle crise qui se profilait à l’horizon, à savoir la tenue de l’assemblée générale élective de la fédération, alors que la moitié des acteurs est suspendue des activités. «Si on avait laissé la fédération organiser l’assemblée élective, la crise allait encore durer au moins quatre ans», a expliqué un proche collaborateur du ministre des Sports. Il y avait donc urgence à agir avant le début de la campagne, mais du côté de la FIFA, on avait manifestement un autre plan qui consistait à jouer la montre le plus longtemps pour permettre au comité directeur dissout de terminer son mandat. Pour la secrétaire générale et l’ancien chargé des associations africaines de la FIFA, peu importent les conséquences de la crise sur la pratique du football au Mali et les tensions sociales suscitées par la situation. Le seul souci des deux responsables de la FIFA, c’était de sauvegarder, coûte que coûte, les intérêts de certaines personnes. C’est raté, mais ce qui vient d’arriver au Mali, à savoir la suspension de notre pays par la FIFA interpelle toute l’Afrique. Il est temps pour le continent qui a le plus grand nombre d’associations de la planète foot du monde, de se valoriser et de valoriser son football. Les pays africains ne doivent plus accepter ce diktat de la FIFA qui encourage la corruption et la mauvaise gouvernance au sein des fédérations africaines. C’est cette pratique qui fait que le football africain est à la croisée des chemins depuis plus d’un demi-siècle et n’arrive pas à percer sur l’échiquier international. Le manque de transparence dans la gouvernance de la FIFA a toujours eu des répercussions néfastes sur le football africain, tout en permettant à certains dirigeants de s’enrichir avec l’argent du football. En Afrique, l’argent de la FIFA ne va jamais là il doit aller mais l’instance dirigeante du football mondial ne s’en est jamais souciée. C’est pour masque ce manque de transparence que l’institution de Zurich met sa machine en branle à chaque fois qu’un Etat ou une autorité s’intéresse à la gestion des fonds générés par le football. En Afrique, le football est financé par l’Etat dans presque tous les pays, mais personne n’a le droit de demander des comptes à sa fédération. Pourquoi ? Parce qu’en le faisant, on saura où va l’argent de la FIFA. Des dizaines de millions de F cfa qui tombent dans les caisses des fédérations, chaque année, voire après chaque grande compétition et qui se volatilisent en faisant probablement le chemin inverse. Il est temps que tous les pays membres de la FIFA s’inspirent de l’exemple des Américains. S. B. TOUNKARA

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