SPECIAL SERVAL AN I : Analyse : NOS AMIS (SUITE MAIS PAS FIN)

Opération SERVALUn an après le déclenchement de l’opération, l’exaltation et l’euphorie qui ont accueilli Serval sont naturellement retombées mais la reconnaissance est là, au cœur. Le problème de Kidal justifie un bémol à la louange mais certainement pas les procès en agendas cachés et calculs fourbes intentés ces jours-ci à la France dans notre pays. Paris ne pouvait pas ne pas penser à « ses otages », ne pas redouter de dérapages à Kidal dont il aurait été comptable par sa seule présence. Son erreur est de s’être persuadé, pendant trop longtemps, que le MNLA, le HCUA et consorts faisaient partie de la solution dans cette partie de notre pays. Une erreur excusable car ces mouvements à fidélités et à sigles mouvants en ont leurré beaucoup d’autres et le font encore, mais de moins en moins.

Il suffit de revenir un an en arrière pour mesurer la somme de courage politique et de risques assumés contenue dans la décision de François Hollande d’intervenir au Mali. Les richesses potentielles enfouies dans le sous-sol malien, les marchés hypothétiques à passer pour les entreprises françaises, les bases militaires convoitées : personne n’y pensait alors, n’en parlait. Quelqu’un l’aurait-il fait qu’il aurait suffi de lui rappeler qu’en ce début 2013, le Mali était le 87è client et le 165è fournisseur de la France. Ce statut économique modeste, pour ne pas dire insignifiant, ne peut donc servir d’explication à une décision qui relevait simplement de la responsabilité politique : la France était la seule à pouvoir intervenir au débotté, elle n’a pas reculé.

Paris n’en caresse pas moins des projets stratégiques propres pour le Sahel. C’est ce qui l’incite à désengager des hommes du Mali pour une réorganisation régionale qui prend en compte le risque situé sur un arc comprenant notre pays mais aussi la Mauritanie, le nord du Niger et du Tchad et le sud de la Lybie. C’est dans le cadre de ce plan régional de lutte contre le terrorisme que s’inscrit le projet d’accord de défense avec notre pays qui hérisse certains cercles bamakois. Pourtant nul ne peut nier que la défense d’un territoire aussi vaste que le nôtre ou tout simplement la sécurisation du seul Adrar des Ifoghas aujourd’hui nettoyé grâce à la France et au Tchad, nécessitent des troupes, des équipements et des moyens de projection que nous sommes loin de posséder. Pour longtemps encore, nous aurons besoin de coopération, de partenariat, d’alliés et d’amis, y compris sur les théâtres d’opérations.

Un accord de défense avec la France n’a donc rien de honteux, ni de déshonorant dans son principe. Il peut, bien entendu, l’être dans son contenu s’il porte atteinte à notre souveraineté. Mais ce contenu, quel qu’il soit, est de notre responsabilité. Arrêtons donc d’ergoter et veillons à assumer cette responsabilité avec réalisme, intelligence et patriotisme.

S. DRABO

 

CE QUE NOUS ECRIVIONS IL Y A UN AN

Quelques jours après le déclenchement de Serval, l’Essor publiait un éditorial dont de larges pans restent d’actualité un an plus tard. Extraits. 

Ce sont de vrais amis puisqu’ils sont prêts à verser leur sang pour notre liberté. Et leur amitié nous impose d’être, nous mêmes, à la hauteur du soutien qui nous parvient de partout désormais

Les événements ont explosé tous les scénarios imaginés, même les plus improbables. Personne ne pensait sérieusement que les islamistes quitteraient leurs sanctuaires pour se lancer à la conquête du sud de notre pays, comme nul n’avait envisagé une intervention française directe sur le terrain, pour ne même pas évoquer la vigueur et l’ampleur de l’un et l’autre de ces développements surprises.

Que s’est-il passé dans la tête des décideurs d’Ansardine, d’Aqmi et de leurs satellites pour les persuader que le moment était venu d’aller à la conquête du sud ? Ils ont certainement jugé que l’état de convalescence de l’armée malienne et d’impréparation de la force ouest-africaine, le flottement dans une communauté internationale ébranlée par les tenants de la négociation à tout prix et un terrain désormais praticable après l’hivernage, offraient une fenêtre imparable d’action. Ces considérations tactiques ne suffisent cependant pas à expliquer l’attaque de Konna si elles ne sont pas replacées dans le cadre d’une stratégie qui peut surprendre mais qui saute désormais à l’œil : le projet des mouvements djihadistes, terroristes et narcos est bien de conquérir tout le Mali et d’y installer leur pouvoir. Cette ambition explique leur décision d’attaquer et la puissance des moyens engagés en véhicules, hommes et armement pour déborder l’armée aussi bien à l’est (Sévaré) qu’à l’ouest (Léré).

ACTES FORTS. Il faut saluer à ce propos le triple mérite de la France d’avoir pris (mieux que nous et beaucoup d’autres) la mesure du grand dessein des jihadistes, d’avoir apprécié précisément (de nouveau mieux que nous) l’urgence posée et d’avoir engagé une puissance de frappe (que nous ne possédons pas) à la hauteur du péril. Si les crises font office de révélateur, éclairant, soulignant, dévoilant, celle que nous vivons a, dans sa phase actuelle, magistralement établi l’exceptionnelle qualité de notre relation avec la France. La démonstration par les actes forts de ces jours derniers, fait plus que conforter l’activité déployée et les arguments ressassés depuis des mois par l’ambassadeur français dans notre pays. Christian Rouyer n’a, en effet, cessé de ferrailler et d’exercer un franc-parler parfois dérangeant pour convaincre de l’intérêt fort et sincère porté par son pays au dossier malien. Le forcing diplomatique de Paris dans les instances internationales pour l’adoption des résolutions sur notre pays et, aujourd’hui, son engagement militaire plein et déterminé aux côtés de l’armée malienne donnent totalement raison au diplomate.

L’opinion publique malienne, la quasi-totalité des forces organisées ne s’y sont pas trompé, alimentant un concert de louanges jamais égalé et inimaginable, il y a encore une dizaine de jours, vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. Ces compliments, en l’occurrence amplement justifiés, sont à la mesure des risques pris par Paris. Des risques militaires d’abord avec la décision d’engager la France dans une guerre difficile avec de surcroit des troupes au sol donc appelées à aller directement au contact des combattants islamistes. Des risques politiques ensuite avec les dangers encourus par les otages français au Sahel, la mort inévitable de soldats français, la possibilité d’attentats sur le sol français et d’un enlisement dans les sables sahariens, l’accusation de retomber dans les travers de la Françafrique et du néocolonialisme.

COURAGE ET LUCIDITE. Le président François Hollande a évidemment soupesé ces arguments avant de décider d’assumer toutes les responsabilités que la situation lui inspirait. Deux éléments principaux ont probablement forgé sa conviction que la France devait s’engager sans attendre au Mali. Le premier est une juste perception de la dimension globale de la menace créée par l’offensive des colonnes islamistes sur Léré et Konna. Le danger pesait directement sur toute la sous-région et ses nuisances allaient s’étendre bien plus loin comme l’épisode algérien en fera très vite la démonstration.

Le second facteur pris en compte par le chef de l’Etat français est que l’affaire était « faisable » et que son pays était le seul à pouvoir intervenir immédiatement et d’une manière décisive. La France possède, en effet en diverses parties du continent, des forces pré-positionnées et des appareils de combat rapidement opérationnels. Elle détient aussi des avions de reconnaissance, des satellites et une masse d’informations, accumulée au fil des mois sur les bandes qui occupent le nord de notre pays. Le reste relève de la décision politique qui a nécessité du courage pour sauter le pas et de la lucidité pour ne pas faire dans la demi-mesure en matière d’engagement avec 2500 hommes affectés à l’opération « Serval ». Outre d’aider grandement à stopper l’invasion du sud malien, la détermination française a provoqué une accélération salutaire des initiatives prévues aux plans africain et international, contraignant la CEDEAO et les grandes puissances à apposer la mention « urgence absolue » sur le dossier malien et à redimensionner les plans d’intervention ultérieurs désormais dépassés. L’armée française a apporté l’étincelle nécessaire à la mise à feu expresse de tous les étages d’un dispositif multilatéral qui lambinait jusque là (…)

La constitution de cette coalition souligne justement la première leçon de la crise : le Mali a beaucoup d’amis, géographiquement proches ou éloignés, de vrais amis puisqu’ils sont prêts à verser leur sang pour notre liberté. La seconde leçon qui a de tout temps valu, est que nous devons, nous mêmes, être à la hauteur du soutien qui nous parvient de partout désormais. Etre à la hauteur militairement et aussi politiquement et diplomatiquement. Car la tâche est énorme pour entretenir l’effort de guerre à l’interne, réconcilier enfin l’armée, éviter les amalgames et protéger la vie des innocents au fil de la reconquête, démarcher les financements nécessaires à l’assistance humanitaire et à la reconstruction dans les zones libérées, redéployer l’Etat et l’administration au fur et à mesure des avancées militaires, etc. L’exécution de cet immense programme a besoin d’une union sacrée et d’un leadership fort et avisé (…)

S. DRABO

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