Le Mali et le Sénégal ont décidé de renouveler leur confiance à la société qui conserve l’exclusivité du trafic voyageur sur la ligne Bamako-Dakar à côté du trafic marchandise
La relance du trafic voyageur, la réouverture de certaines gares, la confiance retrouvée entre la société et les Etats du Mali et du Sénégal, la baisse de la tension sociale marquée par le retour au dialogue entre la direction et les syndicats au Mali et au Sénégal, ce sont là les perspectives ouvertes à Transrail à un moment où les deux pays dans lesquelles l’entreprise opère, célèbrent le cinquantenaire de leur indépendance. C’est pour confirmer cette reprise que le directeur général de Transrail, Eric Peiffer, accompagné de proches collaborateurs, a effectué la semaine dernière une visite le long de la ligne de Thiès à Bamako. Une visite qui lui a permis d’avoir des échanges avec le personnel sur la vie de la société. Le Mali a déjà marqué son intérêt pour la relance du trafic voyageur. Notre pays a acquis du matériel pour 15 milliards Fcfa. Il fut un temps où existait l’éventualité de confier le trafic voyageur à une société spécifique. Cette option est aujourd’hui abandonnée. Le trafic voyageur reste entre les mains du concessionnaire sur toute la ligne. Transrail se prépare aussi à cette perspective. La société a déjà formé son personnel à l’utilisation des nouvelles machines et ses chefs de sécurité à la réouverture des nouvelles gares. Elle a aussi entrepris les modifications techniques nécessaires pour adapter le matériel indien à notre environnement. Une convention d’exploitation du trafic voyageur vient d’ailleurs d’être signée avec notre pays. Dans le cadre de cette convention, Transrail est même prête à satisfaire quelques demandes d’ouverture de nouveaux arrêts. Sur un autre plan les relations entre la direction de Transrail et les deux Etats se sont nettement améliorées. « Transrail n’est plus l’oublié du débat », indiquait le DG aux travailleurs. La société est aujourd’hui intégrée dans l’environnement. Après un moment difficile, le Mali et le Sénégal ont décidé de renouveler leur confiance à Transrail. Ainsi, les deux Etats ont décidé de loger le domaine ferroviaire dans une société de patrimoine unique. Transrail conserve l’exclusivité du trafic voyageur sur la ligne Bamako-Dakar à côté du trafic marchandise. Dans le même temps, la paix sociale est de retour à Transrail. Après des années de brouille la plupart des syndicats ont décidé de rejoindre la table de négociations. Sur les six syndicats (trois au Mali et trois au Sénégal), seuls deux ont choisi de rester en marge des négociations. Ce retour au calme a permis à la direction de rouvrir les chantiers qui avaient été suspendus à la suite de la crispation. Il s’agit de celui de relèvement des niveaux et d’augmentation des salaires. Les travailleurs peuvent attester de cette nouvelle situation puisque la plupart d’entre eux ont pu bénéficier d’augmentations salariales. La direction a aussi pu trouver un accord pour harmoniser les salaires dans les deux pays. Ainsi, pour le directeur général, il s’agit pour Transrail d’être, au delà d’une société internationale binationale, une société transnationale. Lors de sa rencontre avec les travailleurs, notamment à Kayes, Mahina, Toukoto et Kita, Eric Peiffer a appelé les travailleurs à la mobilisation. « Une société comme Transrail ne peut se contenter tout juste de payer seulement les salaires ». L’entreprise a le droit d’assurer un service de transport de qualité au profit des populations des deux Etats. Pour cela, les agents doivent rester mobilisés, ne pas hésiter à prendre des initiatives.
UN INVESTISSEMENT DE 100 MILLIARDS FCFA. Pour pouvoir faire face à de nombreux défis, Transrail a besoin de l’effort de tous ses travailleurs, du soutien des Etats et de la confiance des partenaires. Il ne faut pas oublier que l’entreprise est en règlement préventif auprès du tribunal de commerce. Le juge l’a à l’œil et pour ne pas aller à la faillite, il faut aller au delà du fait de continuer à consacrer la moitié du chiffre d’affaires au paiement des salaires. Il faut donc que la situation s’améliore. L’entreprise attend de pouvoir accéder au crédit des institutions bancaires, de voir se réaliser les engagements des Etats auprès de la société et la mobilisation des travailleurs. Pour hisser la société aux normes techniques souhaitées, un investissement de 100 milliards Fcfa est nécessaire sur la voie et 40 milliards sur le matériel roulant. Aujourd’hui, Transrail apparaît pour tous comme la seule option viable pour l’avenir du chemin de fer au Mali et au Sénégal. C’est aussi le résultat auquel ont abouti des études commandées par les Etats. Ce qu’il faut donc, c’est de donner plus de moyens à l’entreprise et améliorer l’outil existant et les conditions de travail. Et il semble qu’on s’achemine dans cette direction. Le 15 mars prochain une réunion est prévue à Dakar sur ce sujet. Transrail a aussi souffert de l’action de syndicalistes qui ont combattu la direction en entretenant dans les médias une campagne contre la société. En assurant que la faillite était proche, que les salaires risquaient de ne pas être payés, ils ont véhiculé l’image d’une société insolvable. Conséquence : les banques et d’autres fournisseurs ne font plus confiance à la société, lui refusent tout crédit et l’oblige à tout payer au comptant. Ce climat suspicieux pourrait se dissiper si la rencontre de Dakar se conclut bien. Pour Eric Peiffer, Transrail a déjà perdu beaucoup de temps. L’année du cinquantenaire pourrait donc être celle de la reprise et d’un nouveau départ.