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PostHeaderIcon Techniques culturales : LE SEMIS DIRECT REVOLUTIONNE L’AGRICULTURE

Cette technique ne requiert pas d’équipements lourds et permet aux paysans d’utiliser moins de fertilisants

Techniques culturales : LE SEMIS DIRECT REVOLUTIONNE L’AGRICULTURE

Le champ d’expérimentation d’Abdoulaye Traoré à Sanankoroba a reçu la visite du Premier ministre, Chef du gouvernement, Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, la semaine dernière. Elle était accompagnée par le ministre de l’Agriculture, Agatham Ag Alhassane. Les hôtes de marque ont passé en revue les parcelles d’expérimentation en milieu paysan d’une technique culturale de l’Institut d’économie rurale (IER). Les spécialistes de l’IER cherchent des solutions à adapter pour préserver la continuité de la production agricole. Cette innovation s’impose dans un contexte de modification de la pluviométrie en raison des changements climatiques et de la cherté des intrants agricoles notamment les engrais minéraux. Face aux enjeux environnementaux, les agriculteurs doivent faire face à des problèmes de dégradation graves des sols par érosion hydrique et éolienne. Leurs conséquences se font sentir bien au-delà des zones de production. Cette dégradation et la perte des ressources naturelles qu’elle engendre ont des conséquences sociales et économiques : pauvreté, famine, migrations. Le travail abusif des sols, la pratique excessive de la monoculture et la mise en place des systèmes de rotation inadaptés en sont les principales causes. Il est urgent que les agriculteurs changent ces comportements et ces pratiques agressives nuisibles à l’environnement, particulièrement en agriculture La recherche de systèmes de culture alternatifs à l’agriculture conventionnelle est désormais devenue une nécessité, afin de conserver et de restaurer la fertilité des sols agricoles. Dans les années soixante aux États-Unis, de nouvelles pratiques agricoles ont été testées. Ce sont les systèmes de semis direct sur couverture végétale (SCV). Parti des États-Unis, puis perfectionné au Brésil, ce mouvement s’est ensuite étendu à toute l’Amérique latine, à l’Australie, à l’Asie puis à l’Europe et depuis quelques années à l’Afrique. L’Entreprise brésilienne de recherche en agriculture et élevage (Embrapa) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) ont réussi à adapter les principes du semis direct sur couverture végétale permanente aux conditions de l’agriculture tropicale. De 2006 à 2008, l’Agence française de développement (AFD), le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et le Ministère des Affaires étrangères (MAE) ont apporté leur appui à l’adaptation et à la diffusion de cette agriculture durable dans le cadre du Programme d’amélioration des systèmes d’exploitation en zone cotonnière (PASE). A partir de 2009, la coopération brésilienne qui a pris le relais travaille avec 4 pays de l’Afrique de l’ouest dont le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad pour la mise au point et la diffusion de cette nouvelle technologie. Ce projet avec la coopération brésilienne a pour objectif de faire connaître cette véritable révolution agronomique au-delà du cercle des chercheurs impliqués. Au Mali, notamment à l’IER, c’est le Dr Fagaye Sissoko, agronome au Programme coton à Sikasso qui a travaillé sur la technologie. La dégradation des sols n’est pas une fatalité. Nous pouvons donner aux générations actuelles et futures les moyens de s’en préserver. Les SCV constituent une nouvelle approche de l’agriculture. Elle permet de s’affranchir du labour avec des effets à court et moyen terme sur l’arrêt de l’érosion. Elle améliore la fertilité des sols et la stabilise. Les SCV aident à augmenter les rendements sur des terres réputées incultes et réduisent la consommation des carburants. Cette innovation met en oeuvre trois grands principes au niveau de la parcelle. D’abord, elle supprime le travail du sol et la mise en place des cultures par semis direct : la semence est placée directement dans le sol. Seul un petit sillon ou un trou est ouvert, de profondeur et largeur suffisante, avec des outils spécialement conçus à cet effet, pour garantir une bonne couverture et un bon contact de la semence avec le sol. Ensuite une couverture végétale morte ou vivante est maintenue en permanence sur le sol. Celle-ci protège le sol de l’agression des pluies et nourrit les micro-organismes qui font vivre le sol et sa fertilité. Enfin des successions ou rotations culturales en association avec des plantes de couverture interviennent. L’utilisation de plantes à enracinement fort et efficace (chevelu restructurant des graminées, pivot puissant des légumineuses fixatrices de l’azote de l’air) dans la succession de cultures permet un travail biologique remarquable du sol en coopération, avec les vers de terre protégés par l’absence de labour.

Atouts des SCV. Les SCV présentent des avantages importants dans les domaines agronomiques, environnementaux et socio-économiques. Au plan agro-environnemental, ils arrêtent l’érosion des sols qui provoque des pertes en éléments nutritifs. En restaurant le couvert végétal, ils contrôlent le ruissellement, améliorent l’infiltration des eaux de pluie, relancent l’activité biologique des sols, limitent les besoins en eau et séquestrent du carbone dans les sols, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Les SCV diminuent également la pression des maladies et des ravageurs sur la plupart des cultures dans toutes les conditions pédoclimatiques. Au plan socio-économique, les SCV diminuent fortement les travaux de désherbage et de travail du sol ainsi que les coûts de main d’oeuvre et d’équipement qui y sont liés. Les rendements se stabilisent, voire augmentent, dans des conditions climatiques et des systèmes d’exploitation très divers. De plus, les SCV ne requièrent pas d’équipements lourds (tracteurs par exemple), ni d’utilisation massive de fertilisants inabordables pour les paysans les plus pauvres. Les SCV concernent autant un petit agriculteur qui a un quart d’hectare qu’un gros propriétaire terrien. Avant d’envoyer la technologie en milieu paysan, l’IER a obtenu quelques résultats saillants (voir encadré ci-dessous) qu’il veut expérimenter sur le terrain. Tel était l’objet de la visite du chef du gouvernement sur la parcelle d’Abdoulaye Traoré à Sanankoroba.

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Un gain de temps

Les travaux réalisés par l’Institut d’économie rurale (IER) sur les SCV ont commencé en 2006. L’objectif de ces travaux vise à mettre au point, de manière participative, de nouveaux modes de gestion des sols. Ils permettent une mise en culture (rotations et successions culturales) durable attractive, car productive et compatible avec les contraintes des paysans. Il s’agissait de créer de concert avec les agriculteurs plusieurs options en termes de systèmes de culture, offrant des réponses concrètes à court terme aux principales contraintes techniques et socio-économiques. Le système contribuera à l’évolution des pratiques traditionnelles vers une agriculture stable et plus rémunératrice. Cela est possible en adaptant les techniques de semis direct sur couvertures végétales en zones de production cotonnière. L’agriculture stable mettra en évidence les bases agronomiques de fonctionnement des systèmes de culture sur couverture végétale (SCV), en les comparant avec les systèmes de culture actuellement pratiqués. Enfin, le système permettra de définir les stratégies d’utilisation de la biomasse produite pour une meilleure intégration élevage-agriculture. Les résultats obtenus au cours de ces études montrent un déficit important en carbone organique dans l’horizon de surface 0-10 cm : jusqu’à + de 70% de pertes en carbone entre les parcelles cultivées et les parcelles protégées. La conservation des résidus en couverture sur le sol a permis de réduire le ruissellement des eaux des premières pluies. En 2007, les ruissellements mesurés avant le labour étaient de 22,64 % dans les parcelles du système conventionnel contre 9,05 % dans les parcelles SCV. Dans les parcelles SCV, la levée est plus rapide que dans celles du système conventionnel. On observe une différence de 2 jours. La densité à la levée dans les parcelles de coton SCV est plus élevée que celle des parcelles du système conventionnel (au moins 13 % de différence) due à l’utilisation des semences délintées et à la meilleure conservation de l’humidité. Sur les autres cultures (maïs, sorgho et mil) les densités sont sensiblement les mêmes et sont relativement bonnes par rapport aux densités reconnues optimales pour la sous-région. Au niveau du bilan des acquis techniques, le semoir-épandeur brésilien (Fitarelli) a été globalement satisfaisant sur coton et maïs, avec un comportement comparable à celui du semoir local. On observe un gain en temps de travaux en SCV par rapport aux systèmes conventionnels lié à l’utilisation des herbicides et à la réduction du nombre d’opérations culturales. En 2006 et 2007 à Farako (Sikasso), les rendements obtenus en SCV sur les cultures de coton sont statistiquement équivalents aux rendements obtenus en système conventionnel en moyenne 1650 kg/ha. En 2010 à Sotuba, les rendements obtenus avec les nouvelles variétés brésiliennes de coton sont statistiquement équivalents en système conventionnel et en SCV avec une moyenne 2680 kg/ha. Semées à bonne date, les plantes de couverture ne font pas de compétition à la culture principale. Le rendement moyen obtenu avec le maïs est de 4840 kg/ha. La production de biomasse peut atteindre 9800 kg de résidus par hectare. La quantité de biomasse produite permet d’alimenter six unités de bétail tropical (UBT) pendant 9 mois. La mise en place des systèmes de culture peut prendre du temps. Mais les résultats sont garantis au bout de quelques années, assure le Dr Fagaye Sissoko.