Les pays membres de l’organisation sont confrontés à trois questions essentielles que sont le changement climatique avec ses conséquences, l’insécurité alimentaire quasi permanente et la maîtrise de l’eau
Après plusieurs reports au cours de ces six dernières années, le 15è sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) s’est tenu le week-end dernier à N’Djamena au Tchad avec la participation de quatre chefs d’État, dont le président de la République, Amadou Toumani Touré. La Mauritanie qui assurait, jusque-là, la présidence en exercice de l’organisation a passé le témoin au Tchad. Le thème de cette quinzième session portait sur l’eau, une denrée qui se fait de plus en plus rare dans le Sahel et dont la maîtrise est au cœur des nouveaux enjeux dans les relations géopolitiques dans le monde. Aussi, pouvait-on lire sur les murs de la grande tente qui a abrité le sommet dans l’enceinte du palais présidentiel : "L’eau, source de vie, est un élément vital" ou encore "Maîtriser l’eau pour faire reculer la pauvreté". "Pour nous les sahéliens, le thème du 15è sommet est une interpellation. Il interpelle surtout les chefs d’État et de gouvernement des pays membres du CILSS. Le Sahel est confronté à trois défis majeurs : le changement climatique avec ses conséquences que nous subissons tous les jours, l’insécurité alimentaire quasi permanente et la maîtrise de l’eau pour un développement durable. Tous ces défis ne peuvent être relevés que les sahéliens,” avait déclaré le président tchadien qui assure désormais la présidence en exercice Idriss Déby Itno, à l’ouverture des travaux.
RETOUR A LA SOURCE : Évoquant l’insécurité alimentaire dans l’espace UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), le président de la Commission de cette organisation, notre compatriote, Soumaïla Cissé a rappelé que la sous-région enregistre un déficit de production estimé en 2009, selon le CILSS à environ 2 millions de tonnes de céréales, soit 15 % des besoins de consommation s’élevant à 14 millions de tonnes. La tenue de ce sommet à N’Djamena apparaît comme un retour à la source pour l’organisation, en référence au passé préhistorique du Tchad, jadis appelé pays de Toumaï, c’est-à-dire le berceau de l’humanité. C’est une forme de résurrection, dont l’objectif est de donner un souffle nouveau à une organisation communautaire, plombée les soubresauts politiques, de la sous-région pendant les six dernières années entraînant une perturbation dans le calendrier de la tenue des hautes instances de l’organisation. Celle-ci était obligée de limiter ses interventions dans les pays membres, a expliqué le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, le président en exercice sortant de l’organisation. Cette année, l’événement ne pouvait donc mieux tomber. Il intervient à un moment où le bilan de la campagne agricole est marqué par une pluviométrie très mal repartie et capricieuse. Dans certains États membres, elle a provoqué des inondations, occasionnant de nombreuses pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. Les dérèglements climatiques ont provoqué dans la plupart de nos pays, un déficit céréalier important. Cette situation rappelle la vulnérabilité de l’agriculture africaine, qui reste tributaire des aléas climatiques. Mais, la forte démographie des neuf États sahéliens et l’augmentation du niveau de vie des populations ne laisse d’autre choix aux dirigeants que d’adopter une politique de gestion rationnelle de l’eau. "Nous devons maîtriser l’eau pour approvisionner nos villes et nos campagnes. Il n’est secret pour personne que l’eau, en tant que ressource vitale, est devenue un enjeu géopolitique. Je dirai même que c’est l’un des grands défis du XXIè siècle" a expliqué Idriss Déby Itno. Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdoul Aziz, a abondé dans le même sens en rappelant que le CILSS, est né, il y a près de quatre décennies à la suite des sécheresses désastreuses et récurrentes des années 60 et 70. Des événements, qui ont très sérieusement affectées les États de la sous-région. Ces catastrophes ont été engendrées par le dérèglement du climat à l’échelle mondiale.
L’INDISPENSABLE SOLIDARITE : Mohamed Ould Abdel Aziz en a appelé à la solidarité entre nos différents États et l’aide des partenaires au développement. Celles-ci devraient permettre à nos pays de réaliser d’importants acquis dans la perspective d’un développement durable de la sous-région. Il s’agit aussi de la prévention et de la gestion de la crise alimentaire, d’une meilleure gestion des ressources naturelles et du renforcement de capacité des États membres dans la formation des cadres sahéliens de haut niveau dans des domaines de l’agrométérologie, de l’hydrologie, de la protection des végétaux et de la maintenance des instruments métrologique classique. Peu de temps avant l’ouverture du sommet, le Premier ministre de la Transition au Niger avait été reçu en audience par le chef de l’État Amadou Toumani Touré en sa résidence à "la Villa des hôtes", au centre de N’Djamena. Mahamadou Danda était venu prendre conseil auprès de son aîné et frère Amadou Toumani Touré. Le président Touré a prodigué des conseils à son cadet en faisant référence à son expérience personnelle dans la gestion d’une transition démocratique et de crise alimentaire. Mahamadou Danda à sa sortie d’audience, s’est dit très honoré d’être reçu par le président Touré. « Je suis ravi d’avoir reçu des indications, des conseils pour gérer correctement la crise alimentaire. Il nous a surtout a assuré de sa disponibilité et du soutien du Mali pour tout ce qui concerne la bonne conduite de la transition. Il nous aussi a donné des conseils sur la façon dont nous devons gérer tout le reste du processus de la restauration de la démocratie », a notamment déclaré Mahamadou Danda qui a reconnu que son pays engagé dans une transition démocratique est menacé de famine. Mais Mahamadou Danda s’est fait l’écho d’une évolution positive de la situation de son pays dans ces deux domaines. "La préoccupation actuelle est d’aller vers l’installation du Conseil consultatif, prévue pour la première quinzaine du mois d’avril. Cet organe intègre tous les Nigériens. Il aura la tâche de définir l’agenda de la transition et de déterminer sa durée. Après l’installation du Conseil, il reviendra au Nigérien de décider du reste du processus" a-t-il déclaré.