Les deux sociétés ont mission de développer le secteur eau, via un service de qualité au profit du plus grand nombre d’habitants de la capitale
L’eau, c’est la vie, dit-on. Il apparait donc tout à fait normal que l’accès à l’eau potable des populations figure en bonne place dans les priorités des pouvoirs publics. Notamment à Bamako où la population augmente à une vitesse vertigineuse. Un accent particulier a donc été mis sur la promotion du secteur à travers différentes initiatives. Il en est ainsi de l’adoption de mesures d’urgence comme la réhabilitation de la station de pompage de Djicoroni Para par l’insertion de lamelles et la construction de nouveaux filtres qui ont permis d’augmenter sa capacité de production de 90.000 à 130.000 m3 par jour. Cependant ces avancées n’ont pu combler tous les déficits. La demande toujours pressante a conduit les autorités à passer à la vitesse supérieure. Un plan triennal 2005-2008 a été élaboré dans ce sens. Des mesures d’urgence ont été mises en œuvre en 2007 avec un financement de la coopération néerlandaise pour un coût total de 3,9 milliards Fcfa. Ce programme d’urgence a porté sur la construction de 4 nouveaux filtres à la station de traitement de Djicoroni Para pour une production additionnelle de 4000 m3/jour, l’équipement et le raccordement au réseau de 5 forages de la zone aéroportuaire d’une production additionnelle de 36.000 m3, l’amélioration de l’efficience du réseau par la réhabilitation de canalisations vétustes et enfin les mesures d’économie d’eau par la pose de stabilisateur de pression. Pour consolider ces acquis, un second plan triennal 2008-2010 a été élaboré avec la construction, sur budget national, de deux batteries de stations compactes de potabilisation de 300 m3/h chacune à Magnambougou et Baco Djicoroni. Un an plus tard, ces deux stations ont fait l’objet d’extension pour un coût de 12 milliards Fcfa portant ainsi leur capacité cumulée à 36.000 m3. A ces différents projets s’ajoutent ceux relatifs à la construction de nouvelles stations compactes. Celle de Missabougou (12.000 m3/j) est financée sur un prêt de l’Agence française de développement (AFD) et celle de Kalabancoro (18.500 m3/j) bénéficie d’un prêt de la Banque islamique de développement (BID). Malgré d’indéniables progrès, le secteur évoluait toujours dans une impasse institutionnelle due à son association avec le secteur « électricité ». Pour corriger cette lourdeur, l’Etat a engagé une réforme institutionnelle. Cette procédure administrative a conduit en 2009 à la séparation des secteurs eau et électricité, mettant fin au monopole de la société Énergie du Mali (EDM-SA) qui, jusqu’ici avait la charge des deux secteurs. C’est à la suite de cette séparation que le gouvernement, par les ordonnances N°10-039/P-RM et 10-040/P-RM du 5 août 2010, a décidé la création de la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (Somapep) et de la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep). Pour comprendre cette nouvelle réforme, le président directeur général de la Somapep, Adama Tiémoko Diarra nous renvoie en 2000 lorsque l’État malien et son partenaire stratégique d’alors n’ont pu s’entendre sur la gestion de l’eau. Au départ de celui-ci, l’État malien et IPS sont restés actionnaires pour une phase transitoire qui devait déboucher sur une réforme institutionnelle. C’est en 2006 que la réforme est entrée dans sa phase de mise en œuvre avec la tenue d’un premier atelier durant lequel le principe de la séparation des secteurs eau et électricité a été consacré dans l’objectif d’avoir une visibilité dans la gestion des deux secteurs et de les développer, précise-t-il. La nouvelle réforme institutionnelle est la suite logique d’une étude du cabinet Deloit, un cabinet français, dont les résultats ont porté sur la nécessité de créer deux sociétés. Les deux nouvelles entités ont désormais la charge de la gestion du patrimoine et de l’exploitation de l’eau potable dans la ville de Bamako, périmètre concédé, tandis que EDM-SA continuera à gérer le patrimoine et l’exploitation de l’électricité et de l’eau dans le reste du territoire national. L’objectif de cette réforme est de contribuer à l’amélioration de la desserte de l’eau potable au profit du plus grand nombre de Bamakois, notait le ministre de l’Énergie et de l’Eau, Mamadou Diarra, lors de la Table ronde avec les bailleurs de fonds pour la réalisation du projet de Kabala.
CONTRAT D’AFFERMAGE. Qu’en est-il de la fonctionnalité de ces deux sociétés qui, ont tenu récemment la première session de leur conseil d’administration, avant de présenter au grand public leur logo ? Selon le président directeur général de la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep), Boubacar Kane, la réforme est venue confirmer cette vision qui a toujours sous-tendu les actions de EDM-SA. "En fait nous sommes EDM-Eau. Avant cette création, on existait de fait à travers tout ce qui est exploitation, production, distribution et entretien des installations et ouvrages de l’eau potable. Ces charges étaient, jadis, assurées par la Direction centrale de l’eau. Donc, on peut dire que la Somagep est née sur les cendres de cette structure", explique Boubacar Kane. Avec le greffage de nouvelles responsabilités telles que l’informatique, les finances, la comptabilité, les approvisionnements, la Somagep deviendra une entreprise complète dirigée par Boubacar Kane, jadis directeur central, l’équivalent de directeur technique de l’eau. La Somagep dispose d’un personnel de 267 agents, dont 234 de l’ancienne direction centrale de l’eau. Par, ailleurs, la Somagep reste étroitement liée à EDM-SA. Certaines prérogatives sont encore dévolues à EDM, notamment la commercialisation. Cela dit, EDM-SA remplit cette fonction et verse les ressources au compte de la Somagep. Boubacar Kane considère cette approche de collaboration comme une forme de sous-traitance due au manque de moyens techniques nécessaires et de personnel conséquent. "Il existe toujours un cordon ombilical entre nous et EDM-SA. Nous sommes dans une phase transitoire. Durant cette période, nous sommes liées à EDM par un contrat de prestation de services. C’est pourquoi, certaines prérogatives sont encore assurées par EDM avant que les deux sociétés n’atteignent leur vitesse de croisière", clarifie-t-il. Par ailleurs, Adama Tiémoko Diarra, le directeur de la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (Somapep) ne tarit pas d’éloges sur la collaboration des deux sociétés. "Elles seront intimement liées par un contrat d’affermage, assorti d’un contrat de performance. Dans ce contrat, les obligations des parties seront définies. Les biens de l’État mis à la disposition de la Somapep seront exploités par la Somagep. Cette dernière doit faire en sorte qu’il y ait davantage d’infrastructures, tandis que la Somagep est tenue d’assurer l’amélioration des services eau au profit des usagers urbains", note-t-il. La Somapep a pour mission de favoriser les investissements. Les bailleurs de fonds ont voulu cette clarification de rôles comme garantie à la mobilisation des ressources, confirme de son côté, Boubacar Kane. Pour lui, cette réforme conduira à une véritable promotion du secteur. Même avis du côté de Adama Tiémoko Diarra qui souligne que l’une des retombées de cette réforme institutionnelles est l’initiative du projet de Kabala qui fait partie intégrante de la création de deux sociétés. "Il y aura non seulement du répondant pour la Somagep, mais aussi des canalisations qui viendront consolider le patrimoine de l’eau, c’est-à-dire l’ensemble des actifs, des biens - tous les tuyaux, châteaux d’eau, stations de pompage, bâtiments d’exploitation, les biens fonciers - et autres biens comme le matériel roulant", énumère-t-il. La Somapep et la Somagep visent un même et unique objectif : développer le secteur, via un service de qualité de l’eau potable. Les deux responsables promettent de relever le défi. Pourvu qu’ils obtiennent les moyens nécessaires, tant matériels qu’humains. D’ici là, les deux sociétés se fixent comme objectif, à court terme, l’élaboration d’un schéma directeur.