La visite effectuée hier dans des champs d’expérimentation a permis de révéler l’intérêt pour les paysans d’adopter de variétés performantes de céréales
Le président du conseil d’administration de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), basée à Nairobi au Kenya, Kofi Annan en visite dans notre pays depuis dimanche, était hier dans des parcelles de démonstration de différentes variétés de céréales sèches (mil, sorgho, maïs), de légumineuses (niébé, arachide). Ces variétés hybrides mises au point par l’Institut d’économie rurale (IER) sont introduites chez des paysans pour leur permettre d’accroître la productivité en milieu réel. Les responsables de l’AGRA étaient en compagnie du ministre de l’Agriculture, Agatam Ag Alhassane. Cette visite de terrain avait pour but de constater l’impact du travail effectué par l’AGRA à travers ses partenaires en terme de recherches, de nouvelles technologies et d’appui éducatif en faveur des petites exploitations agricoles. AGRA finance la recherche agronomique, les sociétés privées de dissémination des semences de céréales hybrides et de légumineuses performantes. Des paysans se sont portés volontaires pour expérimenter les variétés proposées qui sont fournies avec les fiches techniques d’adoption. La visite a été l’occasion de se rendre compte de cette réalité dans des champs à Sanankoroba, Dialakoroba et Marako. Les visiteurs se sont également rendus dans des boutiques d’intrants agricoles à Marako et Yirimadio (Faso Kaba). A Sanankoroba, le paysan Abdoulaye Traoré a accepté volontiers d’expérimenter les variétés hybrides de sorgho, mil, riz, maïs et de niébé amélioré. Il a cultivé un hectare de ces céréales et légumineuses sur ses terres aux abords de la route. Le choix du site d’expérimentation s’explique par le fait que les autres paysans intéressés pourront aisément venir s’informer sur toute la technologie et suivre de près l’évolution végétative des plantes pour les comparer avec les céréales ou légumineuses locales. Abdoulaye Traoré commente positivement l’expérimentation et assure avoir remarqué une nette différence entre les espèces hybrides très productives et les variétés locales. Par exemple, le niébé amélioré baptisé par les paysans « Jigiya », selon le chercheur Mamadou Touré, est une variété très précoce qui arrive à maturité en 55 jours alors que l’espèce locale se récolte au bout de 120 jours. Et mieux, si le "Jigiya" peut donner 1,5 tonne à l’hectare, la variété locale utilisée par les paysans ne donne qu’entre 200 et 300 kilogrammes sur la même superficie. L’autre bénéfice que le paysan peut tirer de la variété de « Jigiya » est que son cycle court permet aux familles de passer facilement les périodes de soudure en leur procurant les protéines nécessaires pour leur alimentation. Le prix du niébé est aussi intéressant sur le marché, car il peut atteindre 500 Fcfa le kilogramme. La variété de riz amélioré baptisée "Dounkafa" est aussi très cotée auprès des paysans. Elle a un rendement de 9 tonnes par hectare face à une variété locale moins productive. Ce riz produit par la recherche agronomique nationale s’adapte à tous les systèmes de culture (irrigué, pluvial, submersion contrôlée et maîtrise totale), selon le chercheur Fousséini Cissé. Un autre chercheur travaillant sur les variétés performantes de maïs, N’Tji Coulibaly, a montré sur les parcelles de démonstration des espèces très productives. Si les variétés améliorées comme "Sotubaka" produisent 5 à 6 tonnes à l’hectare, les variétés hybrides de maïs comme « Sama », « Tièba » ou « Wasolo » donnent entre 8 et 10 tonnes à l’hectare. Selon les informations du chercheur de l’IER, lors de la dernière campagne agricole 2009/2010, notre pays a atteint le cap d’un million de tonnes de maïs grâce essentiellement aux variétés améliorées et hybrides de la recherche agronomique et à la collaboration fructueuse entre l’IER, les paysans semenciers, les services de vulgarisation et les sociétés semencières. Notre pays produisait 50.000 tonnes de maïs en 1980 à titre de comparaison. Les sociétés semencières comme Faso Kaba et Comptoir 2000 se sont investies dans la production à grande échelle de semences de base du maïs hybride. Cette collaboration permet d’assurer aux paysans une disponibilité permanente des semences hybrides. Abdoulaye Diallo est un agriculteur qui a accepté de vulgariser la semence hybride de sorgho qui a un rendement de 3,5 à 4 tonnes à l’hectare contre une tonne pour les variétés locales. Les qualités organoleptiques de ces variétés sont de surcroit très appréciées par les paysans. Kariba Samaké a expérimenté la culture du sorgho hybride avec la technique dite de microdose d’engrais. Cette technique consiste à apporter au pied du plant de sorgho la quantité nécessaire de fertilisants minéraux. La boutique d’intrants agricoles notamment des variétés améliorées et des hybrides vient également en appui aux paysans. Le Projet de renforcement des capacités des distributeurs d’intrants agricoles (CNFA) apporte son appui aux paysans pour les épauler dans l’assimilation des nouvelles technologies. La mission a visité les champs de maïs du président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), Bakary Togola. Kofi Annan s’est dit impressionné par de telles superficies et l’application des technologies. Après les champs de Bakary Togola, la mission s’est rendue dans la boutique d’intrants agricoles « Faso Kaba » à Yirimadio. A la fin de cette première étape de la visite, Kofi Annan s’est dit confiant dans les progrès enregistrés par les paysans pour assurer la sécurité alimentaire du pays. Il a rendu hommage au gouvernement pour les moyens financiers importants déployés pour une meilleure promotion de l’agriculture. L’ancien secrétaire général de l’ONU a assuré que AGRA est disposé à aider les paysans à mécaniser les différentes étapes de l’agriculture (production, transformation et commercialisation). Le ministre de l’Agriculture a lui souligné la politique d’intensification des cultures menée par le gouvernement pour permettre à notre pays d’atteindre l’objectif de 10 millions de tonnes de céréales à l’horizon 2012. A son tour, il a rendu hommage Kofi Annan qui croit en une Afrique qui peut se nourrir.