Des pluies diluviennes ont causé la perte de la totalité de la production dans la commune urbaine de Sikasso et les communes rurales de Zangaradougou et Sokourani Missirikoro
Les producteurs de pomme de terre de Sikasso sont dans la plus grande désolation. Et pour cause : des pluies diluviennes tombées le 13 février ont causé d’énormes dégâts estimés à des centaines de millions de Fcfa. La catastrophe concerne 23 villages de la commune urbaine de Sikasso et des communes rurales de Zangaradougou et de Sokourani Missirikoro. L’information a été donnée la semaine dernière aux cadres de la Région de Sikasso au cours de la traditionnelle rencontre trimestrielle initiée par le gouverneur Mamadou Issa Tapo. Ce rendez-vous trimestriel est destiné à mettre tous les responsables régionaux au même niveau d’information et à débattre des préoccupations du moment. Le 13 février donc, des pluies d’une rare abondance avaient arrosé la ville de Sikasso et ses environs pendant près de 4 heures. Une situation similaire s’était déjà produite en 2004 à la même période de l’année, rappellent des responsables de la direction régionale de l’Agriculture. Les eaux de pluie ont envahi les champs de pomme de terre. Nombre de producteurs et des membres de leurs familles se sont précipités nuitamment dans leurs champs transformés en mares, pour piocher les tubercules du fond de l’eau. Erreur fatale. En effet au contact de l’air, la pomme de terre mouillée se décompose car elle n’est pas arrivée à terme. Avec cette récolte anticipée, toute la production a été perdue. Rien n’a véritablement pu être sauvé. L’alerte sur les dégâts a été donnée à la direction régionale de l’Agriculture par une vingtaine d’organisations paysannes. Mais il n’y a pas que la production qui soit perdue. Une grande quantité de semences a été inondée. Une mission conjointe de la DRA, de la Chambre régionale de l’agriculture (CRA), du PCDA (Projet compétitivité et diversification agricole) a visité plusieurs champs sinistrés. Le compte rendu du directeur régional de l’Agriculture de Sikasso, Seydou Keita, a relevé des dégâts à deux niveaux. Il y a d’un côté les intrants perdus dans l’inondation des plaines, dont la valeur est estimée à 250 millions de Fcfa. Ce qui coupe le sommeil aux paysans qui les avaient acquis à crédit. Le second niveau des dégâts est la perte de la production évaluée à 543 millions de Fcfa. Dans les champs visités, les techniciens ont constaté la pourriture des tubercules et le flétrissement des plants. La catastrophe a touché une filière devenue ces dernières la première culture de rente, devant même le coton dans plusieurs zones maraîchères autour de Sikasso. Avec ce coup dur, les revenus des paysans vont sensiblement baisser. Selon un rapport établi par le directeur régional de l’Agriculture de Sikasso, Seydou Kéita, l’incidence des dégâts sur la filière pomme de terre sera perceptible à plusieurs niveaux. Ainsi, les producteurs et leurs organisations professionnelles seront dans l’incapacité d’assurer le service de la dette. Le remboursement du crédit lié aux intrants ne peut plus se faire à partir de la commercialisation de la pomme de terre. Les paysans redoutent de ne pas obtenir de crédit à cause des impayés élevés et estiment que la situation nécessite des négociations auprès des banques et une intervention de l’Etat ou des partenaires. Quant aux institutions financières, le niveau important des impayés les amènera à coup sûr, à réaménager les échéanciers des débiteurs si l’Etat n’intervient pas, souligne Kéita. Pour l’économie locale, voire nationale, le coup dur se traduira par une diminution de l’offre de pomme de terre sur le marché. Il faut donc certainement s’attendre à une augmentation des prix dans les semaines à venir. D’autre part, l’on s’attend à des difficultés pour la réalisation de certaines activités et investissements programmés dans le Kénédougou à cause de la diminution des revenus tirés de la pomme de terre. Bref, tout le monde ressentira les effets, souligne le rapport de la DRA : les ménages, les commerçants et l’Etat. Les recommandations de la rencontre entre les acteurs de la filière pomme de terre, les services techniques, les fournisseurs d’intrants, les commerçants de pomme de terre et les institutions de financement préconisent, entre autres, la mise en place d’un fonds de garantie pour la filière pomme de terre, l’organisation d’une assurance agricole des producteurs contre les calamités naturelles et les risques agricoles divers. Il est souhaité que les producteurs restent éligibles au crédit. Le directeur régional de l’Agriculture de Sikasso propose d’installer un mécanisme d’épuration des crédits par l’Etat et les partenaires financiers de la filière pomme de terre en attendant la création d’un fonds de garantie.