La rencontre de Bamako examine les orientations techniques, économiques, sociales et politiques nécessaires à ce changement de système dans les pays francophones d’Afrique
Le secteur de l’audiovisuel sur le continent en général et dans les pays francophones en particulier, devrait se mettre au tout numérique d’ici 2015. Un changement de système dont l’acte majeur sera le passage des radiodiffusions de l’analogique au numérique dans les cinq ans à venir comme le recommandait la Conférence de l’Union internationale des télécommunications (UIT) dans son traité intitulé "Accord GE06" fixant la disparition pure et simple de la radiodiffusion analogique dans les bandes de fréquences 174-230MHZ et 470-862MHZ. Si en Europe et dans certaines régions d’Afrique, notamment le Maghreb, le basculement a déjà commencé, tel n’est malheureusement pas encore le cas au sud du Sahara où l’on cherche toujours à maîtriser tous les paramètres de ce changement. Comment, quand et avec quels moyens techniques et financiers, les radiodiffusions au sud du Sahara y parviendront-elles ? Voilà quelques unes des questions auxquelles s’attaque le séminaire de formation des directeurs généraux et directeurs techniques des radiodiffusions publiques d’Afrique francophone à travers un thème explicite : "Passage au numérique d’ici 2015 : enjeux stratégiques et techniques". La session est initiée par le Réseau de l’audiovisuel public d’Afrique francophone (RAPAF) et l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) en collaboration avec l’Union internationale des télécommunications (UIT). Cette rencontre régionale s’est ouverte hier au Centre international des conférences de Bamako (CICB) sous la présidence du ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, Mme Diarra Mariam Flantié Diallo. C’était en présence de la représentante de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Mme Ilham Ghazi et de celui de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Emmanuel Adjovi. Plusieurs responsables nationaux étaient également présents parmi lesquels la présidente du conseil d’administration du Comité de régulation des télécommunications (CRT), Mme Diallo M’Boji Sène, le directeur général de l’Office des radiodiffusions télévisions du Mali (ORTM) et président du RAPAF, Sidiki N’Fa Konaté. La rencontre va examiner les orientations techniques, économiques, sociales et politiques nécessaires à ce changement de système de diffusion audiovisuelle dans les pays francophones d’Afrique. Ainsi quatre jours durant, experts et responsables s’emploieront à baliser la voie conduisant avec succès au passage au numérique d’ici 2015. Pour ce faire, la rencontre de Bamako fera la restitution de la feuille de route fixant les lignes directrices élaborées par le groupe d’experts de l’UIT. Les débats porteront essentiellement sur les enjeux techniques de la migration, l’appropriation des outils logiciels et la mise à jour des plans de couverture numérique. Les phases et problèmes de basculement, la mise en place des équipements de codage, de multiplexage et de remultiplexage sont autant de questions qui meubleront des débats très techniques. Le message du secrétaire général de l’UIT, notre compatriote Hamadoun Touré, livré par Mme Ilham Ghazi, souligne l’intérêt que revêt le passage au numérique pour les radiodiffusions télévisions d’Afrique francophone. Le passage de la radiodiffusion analogique au numérique constitue l’unes des initiatives régionales les plus importantes dans le secteur. Le message souligne également la pertinence et l’opportunité de cette rencontre qui devra servir de tremplin pour les différents responsables des structures audiovisuelles au sud du Sahara.
UNE MUTATION SOCIOCULTURELLE. Pour le président du RAPAF, la fin de l’analogique ne s’apparente nullement à une mort certaine des radios et télévisions. Celles-ci ont encore de beaux jours devant elles, mais certainement avec de nouvelles fonctions, de nouvelles configurations et surtout de nouveaux formats, a analysé Sidiki N’Fa Konaté. Cette révolution, de son point de vue, n’est pas que technique. Elle est aussi et surtout une mutation socioculturelle. "C’est l’avènement de la société du savoir, génératrice d’une culture du savoir et qui doit être portée à la connaissance du public, de tous les publics africains en cette année de célébration du cinquantenaire. Voilà l’un des objectifs visés par le RAPAF", a expliqué Sidiki N’Fa Konaté. Ce séminaire permettra, selon lui, de sortir des cénacles d’initiés au profit de l’information du grand public. Mme Diarra Mariam Flantié Diallo, le ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, a confirmé l’importance d’une rencontre qui constitue, pour elle, une opportunité de renforcer les connaissances techniques des directeurs et responsables techniques des radios et télévisions d’Afrique francophone. Les radios et télédiffuseurs doivent actualiser leurs connaissances, se former et se remettre constamment en cause, afin de contribuer positivement au progrès mondial en informant les autres composantes de la société, a estimé le ministre. Mme Diarra Mariam Flantié Diallo a rappelé les efforts consentis par le président Amadou Toumani Touré par l’octroi de près de 4,5 milliards Fcfa destinés à acquérir des cars de production et de reportage, radio et télévision et des stations terriennes en bande C et KU. Parallèlement, un autre projet d’environ 15 milliards Fcfa est engagé pour l’extension de la réception de la télévision à 40 localités sur 3 ans, a également noté le ministre de la Communication et des Nouvelles technologies en assurant que tout ce matériel est configuré en fonction du passage au tout numérique d’ici 2015.