La nouvelle équipe gouvernementale devra s’atteler à l’aboutissement des reformes en cours, à la bonne préparation des élections générales de l’année prochaine, à la maitrise du front social, à la recherche de solutions aux problèmes de l’école, à la promotion de l’emploi des jeunes et à la lutte contre l’insécurité
Après la nomination du nouveau Premier ministre, le 3 avril, et la formation de la nouvelle équipe gouvernementale trois jours plus tard, le chef du gouvernement a reçu hier sa lettre de mission. L’aboutissement des reformes en cours, la bonne préparation des élections générales de l’année prochaine, la maitrise du front social et la recherche de solutions aux problèmes de l’école, l’emploi des jeunes, la lutte contre l’insécurité, sont entre autres missions confiées par le président de la République au Premier ministre et à son gouvernement. La cérémonie de remise des différents « ordres de mission » qui vont déterminer les conduites à suivre par l’équipe dirigée par Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé s’est déroulée juste avant la session ordinaire du Conseil des ministres au palais présidentiel à Koulouba. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, est formel : cette fois-ci, c’est bien une lettre de missions qu’il remet au Premier ministre et à l’équipe gouvernementale. Il est de tradition qu’à chaque nomination d’un nouveau chef de gouvernement, le président de la République remette à ce dernier un bréviaire retraçant son ambition globale pour le développement du pays et fixant les différents axes prioritaires de la mise en œuvre de l’action gouvernementale. En remettant hier la lettre de missions, le chef de l’Etat a renouvelé ses félicitations à Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé et aux ministres pour le choix porté sur eux afin de mener à bien les derniers actes de son mandat.
DISPOSER D’UN PLAN « A » ET D’UN PLAN « B ». Amadou Toumani Touré a d’abord insisté sur le fait qu’au-delà des missions classiques confiées à chaque département ministériel, le Premier ministre et son équipe doivent garder constamment à l’esprit la préparation des élections de 2012. « Depuis 2002, j’ai tenu à remettre aux chefs de gouvernement successifs, soit des feuilles de route ou des lettres de cadrage, selon la situation du moment. Mais cette fois, j’ai tenu à vous adresser, Mme le Premier ministre, une lettre de missions qui prend en compte tous mes engagements pendant les dix ans. Je vous invite à mener à bien les reformes institutionnelles. Ces reformes ont pour but de corriger les insuffisances démontrées par 20 ans de démocratie pluraliste et de renforcer la pratique démocratique dans notre pays », a indiqué Amadou Toumani Touré. Toujours à propos des réformes institutionnelles, le chef de l’Etat a souligné combien de la Conférence nationale de 1991 à aujourd’hui, beaucoup de choses avaient changé dans la pratique. « C’est pour cette raison que j’ai commis un groupe d’experts conduit par Daba Diawara, qui a analysé lucidement et stratégiquement, l’état de la Nation pour produire les principaux avant-projets de textes. Je précise que rien n’a été fait au hasard dans l’exécution de cette étude. Je vous demande donc Mme le Premier ministre, de veiller à l’aboutissement des reformes engagées. Vous devez aussi tout mettre en œuvre pour organiser des élections libres, transparentes et crédibles en 2012. C’est vrai que l’organisation de bonnes élections ne saurait incomber au seul pouvoir exécutif. Cela exige l’accompagnement de toutes les composantes sociales et politiques du pays. Il est difficile de comprendre que l’on dise que la liste électorale sur la base de laquelle, nous organisons des élections depuis 1992, est mauvaise. Pourquoi ce débat se pose-t-il maintenant ? C’est vrai que le RAVEC peut nous donner une opportunité de l’améliorer. Nous devons prendre toutes les mesures idoines pour disposer d’un plan A et d’un plan B », a préconisé le président de la République. Parlant des missions classiques assignées au gouvernement, le chef de l’Etat a donné instruction au Premier ministre de porter une attention soutenue à la disponibilité et à l’accessibilité des produits de première nécessité. « Le suivi des prix est toujours nécessaire concernant les denrées de grande consommation. Car il faut trouver les voies et moyens d’ajuster ces prix au pouvoir d’achat du citoyen moyen. Il faut rappeler que de 2003 à nos jours, de gros efforts ont été faits par l’Etat pour que les tarifs d’eau et d’électricité n’augmentent pas. Cela a provoqué évidemment un manque à gagner considérable pour les finances publiques que nous sommes heureusement toujours arrivés à combler », a fait remarquer le président Touré.
RESPECT DES ENGAGEMENTS PRIS. Relevant qu’au Mali comme dans d’autres pays, à l’approche des élections le front social s’échauffe, le président de la République demandé au chef du gouvernement et aux ministres de faire preuve d’une grande capacité d’écoute, de discernement et surtout de compréhension et d’expertise. « Vous devez maintenir et renforcer le dialogue social, en instaurant une bonne politique de communication. Gardez-vous d’engager l’Etat dans des promesses qu’il ne pourra pas tenir. Usez, avec preuves à l’appui, du langage de la vérité. Il vous faut cependant respecter les engagements pris envers les partenaires sociaux », a insisté Amadou Toumani Touré. Abordant les questions de sécurité, le président de la République a relevé que la nouvelle donne de l’insécurité urbaine nécessite des mesures rigoureuses pour protéger les personnes et leurs biens. « C’est aussi une question de pédagogie. Vous devez faire en sorte que les populations adhèrent pleinement à la lutte contre l’insécurité urbaine. L’Etat a consenti beaucoup d’efforts pour combattre l’insécurité urbaine et interurbaine à travers la construction, la rénovation, la multiplication des commissariats de police, des brigades de gendarmerie et autres postes de sécurité. Ainsi qu’à travers l’équipement et le renforcement des ressources humaines », a précisé le chef de l’Etat. Soulignant le cas spécifique de la partie nord du pays, le président Touré a d’abord déploré la surmédiatisation autour de la situation sécuritaire. Une tendance essentiellement entretenue par les médias occidentaux. « Nulle part au monde, la sécurité n’est garantie à 100%. Dans tous les cas, les forces armées et de sécurité vont prendre toutes les dispositions utiles pour faire face à toutes les menaces qui surgiront dans cette partie du pays. Mais je reste convaincu que le développement doit sous-tendre la lutte contre l’insécurité dans la zone. Et le programme spécial de développement des régions du Nord en est une des réponses », a-t-il indiqué.
DES INIATIVES HARDIES ET AUDACIEUSES. Une autre question au cœur des missions confiées par le chef de l’Etat au nouveau gouvernement est la résolution des problèmes qui se posent à l’école. « L’avenir de nos enfants et de notre pays dépendent fondamentalement du retour de la stabilité et de la quiétude dans nos écoles. On peut comprendre la grève. Mais la grève illimitée ne saurait être la solution appropriée. Mme le Premier ministre, il faut avoir une attention maternelle dans la gestion des problèmes de l’école », a invité le président de la République en annonçant la signature prochaine d’un protocole d’accord d’un montant de près de 25 milliards Fcfa avec la Chine pour financer la construction du campus universitaire de Kabala et des universités de Sikasso et Mopti. De nouvelles facultés, des cantines, laboratoires et centres de langues seront aussi bâtis. Sur la question de l’emploi des jeunes, le chef de l’Etat a convié le gouvernement à entreprendre des initiatives hardies et audacieuses. « Il faut une solution globale et concertée pour résoudre le problème de l’emploi des jeunes. Le projet d’appui aux jeunes entrepreneurs soutenu par les Etats-Unis constitue une initiative originale », s’est réjoui le président Touré. En conclusion, il a conseillé au chef du gouvernement et à son équipe d’accepter les critiques et de faire preuve de capacité de concessions. « Vous devez tirer les meilleurs arguments des contradictions et des critiques. Il reste près de 14 mois avant la fin du mandat. Dans la même fourchette de temps que dura la transition, nous étions parvenus à changer à l’époque, beaucoup de choses », a souligné Amadou Toumani Touré.