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PostHeaderIcon Mouvement syndical d’hier à aujourd’hui : AU CŒUR DES LUTTES SOCIALES

Unis ou concurrents, les syndicats ont toujours participé aux grands changements dans notre pays, de la lutte pour l’indépendance à nos jours

Mouvement syndical d’hier à aujourd’hui : AU CŒUR DES LUTTES SOCIALES

L’histoire, dit-on, ne doit pas être conçue comme une simple narration des choses du passé, des événements d’une époque dans leur ordre chronologique. Elle doit, en même temps, donner une explication des causes. L’histoire du mouvement syndical malien ne saurait se soustraire de cette maxime. En effet, l’Union nationale des travailleurs du Mali est l’héritière de cette longue saga faite de combats, de sacrifices individuels et collectifs et souvent de douloureuses déchirures. Son histoire se confond avec celle de la lutte de notre peuple pour sa liberté et son épanouissement. Selon des archives de la centrale syndicale, l’origine des luttes syndicales dans notre pays remonte à la fin de la conquête coloniale de l’ex-Soudan français. À l’époque la France a activement aidé à l’implantation des premières compagnies et entreprises commerciales devant permettre une exploitation rationnelle du pays conquis, afin de soutenir l’économie en pleine expansion de la métropole. Le système colonial aura été aussi un système d’oppression et de dévalorisation des peuples conquis. Des villages d’esclaves affranchis ont été créés et implantés le long des routes et des pistes de communication afin d’en assurer l’entretien. Le travail forcé fut instauré. Le barrage de Sansanding sur le Niger, l’aménagement de la plaine rizicole de Baguinéda, la sisaleraie de Samé, la pose des rails, la construction des routes empierrées et damées à la main seront les œuvres des forçats.

PREMIERES REVOLTES. Les premières révoltes enregistrées sur ces différents chantiers seront plutôt individuelles que des actions organisées. À partir de 1919, des actions importantes de protestation vont inaugurer concrètement l’ère de la lutte ouvrière contre les conditions de travail, les bas salaires et les exactions des employeurs. Ainsi le dépôt central de Kayes-Niger à Toukoto sera bloqué pendant 24 heures par une révolte des ouvriers et mécaniciens contre le comportement de leurs chefs européens. Les meneurs seront arrêtés et condamnés à trois mois d’emprisonnement puis licenciés. Quelques mois plus tard toujours en 1919, les cheminots de Kayes refusèrent de travailler pour protester contre le retard dans le paiement de leur salaire. Le travail reprit lorsque les grévistes eurent satisfaction. En 1921 à Kayes sous la direction Tiémoko Garan Kouyaté, les fonctionnaires, les employés de commerce et les cheminots déclenchèrent une action commune pour protester contre les brimades de l’administration et des patrons. La répression de la police fut brutale. Les meneurs ont été éparpillés aux quatre coins des colonies. Certains se retrouvèrent en Haute-Volta. Tiémoko Garan Kouyaté et l’ouvrier Faganda Keita s’exilèrent en France. À la fin de la Seconde guerre mondiale, les idées de démocratie et de justice aidant, les travailleurs africains des colonies vont recevoir une puissante aide de la classe ouvrière française organisée au sein de la Confédération générale des travailleurs (CGT), et dont les militants fonctionnaires aideront à organiser le mouvement syndical. Il faudra atteindre 1947 pour la constitution de l’Union régionale des syndicats du Soudan, affiliée à la CGT qui deviendra plus tard l’Union territoriale des travailleurs du Soudan. C’est aussi à cette époque que naîtra un puissant syndicat paysan pour défendre les intérêt de la branche. La même année éclatait une des grèves les plus emblématiques du mouvement syndical africain. La Fédération des cheminots d’Afrique occidentale française décrète une grève de 72 heures pour appuyer son cahier de revendication portant sur la création d’un cadre unique, l’intégration des agents auxiliaires dans le cadre, l’uniformisation des indemnités. Le mouvement durera cinq mois et dix jours. Il sera suivi d’autres grèves non moins significatives notamment en 1949 par les travailleurs de l’hôtel Majestic de Bamako et en 1953 pour l’instauration de la semaine de quarante heures et du code de travail d’Outre-mer qui devait abolir le travail obligatoire. Des dirigeants syndicaux comme Abdoulaye Diallo, Lamine Sow, Lazare Coulibaly vont jouer un rôle déterminant dans ces différentes batailles tout comme le journal « Barakela » sous la direction de Abdoulaye Diallo. Ce qui vaudra, à ce journal et à son directeur de publication Diallo, d’être assignés en justice par le Gouverneur colonial Mouragues et la Chambre de commerce pour avoir écrit que le premier était à la solde du second et que les deux s’entendaient pour exploiter les paysans. Par ailleurs, l’Inter syndical de femmes travailleuses créé en juillet 1957 contribuera à faire connaître et défendre les problèmes de ce segment de la société. Parmi les animatrices de son bureau figuraient des figures emblématiques comme Awa Kéita, Mme Sow Assitan Coulibaly, Mme Diop Sira Sissoko et Mme Sow Rokiatou Sow.

L’UNICITÉ SYNDICALE. Après l’accession de notre pays à l’indépendance en 1960, l’UTTS tiendra son dernier congrès en 1963. C’est aussi en cette occasion que l’Union nationale des travailleurs du Mali verra le jour. Ainsi 12 syndicats nationaux qui représentent les différentes branches professionnelles se substitueront aux 32 syndicats existants. Le coup d’état militaire de 1968 dissout le bureau exécutif de l’Untm et emprisonne les responsables syndicaux. Il se traduira par un ralentissement du mouvement syndical. La conciliation entre le pouvoir et les partenaires sociaux n’interviendra qu’en juillet 1971. L’Untm va alors jouer un grand rôle dans le retour à une vie constitutionnelle en 1974 et la reprise des activités politiques quatre ans plus tard. Il interviendra de façon décisive dans le règlement du conflit qui opposera le mouvement estudiantin et le pouvoir en 1980. L’élaboration des statuts de la coopération nationale, celle des textes relatifs à l’institution de l’autogestion au niveau des unités de production sont l’œuvre de la centrale syndicale. Tout comme la révision du statut général des fonctionnaires, instituée par l’ordonnance N°77-71-CMLN du 26/12/77, la suppression de la limite d’âge dans les concours professionnels ainsi que les différentes intégrations dans les différents corps de l’Administration. À cela s’ajoutent les divers avantages accordés aux travailleurs, l’institution de la journée continue. La centrale syndicale a aussi initié le principe de « la participation responsable » qui va donner plus de responsabilité dans le processus de développement économique. Au détriment, il est vrai, des revendications matérielles. L’Untm participe ainsi à la commission spéciale désignée par le congrès extraordinaire de mars 1987 de l’Union démocratique du peuple malien (le parti unique d’alors) pour mettre en place toutes les instances du parti et engager la moralisation de la vie publique avant un congrès ordinaire. Mais bientôt, la scène politique nationale est en pleine mutation. Diverses associations nouvellement créées et appuyées par le mouvement estudiantin, réclament l’instauration du multipartisme. Ainsi lors de son 27è Congrès ordinaire en mars 1989, l’Untm adresse un appel au gouvernement pour la déconstitutionnalisation du parti unique et l’ouverture démocratique. Le régime fait fi de cette injonction alors que la contestation populaire monte en puissance. L’Untm tirant les leçons de l’intransigeance du pouvoir, convoque un conseil central extraordinaire à la Bourse du travail les 28 et 29 mai 1990. La centrale va prendre sous la direction de son secrétaire général Bakary Karambé la direction de l’Etat major insurrectionnel. Celui-ci était composé du Comité national d’initiative démocratique (CNID), de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), de la Jeunesse libre et démocratique (JLD), de l’Association des demandeurs et initiateurs d’emploi (ADIDE), de l’Association malienne des droit de l’homme (AMDH), du Barreau, de l’Association des jeunes pour le développement et le progrès (AJDP).

LE TEMPS DU PLURALISME SYNDICAL. L’action conjuguée de l’AEEM et de ces différents acteurs contribuera à renverser le régime de Moussa Traoré avec la participation d’officiers et soldats conduits alors par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré. L’Untm fut nommée vice-président du Comité de transition pour le salut du peuple, (CTSP) mis en place après le renversement de Moussa Traoré le 26 mars 1991. Le CTSP instaure le multipartisme intégral et jette les bases institutionnelles d’un Etat de droit. Au bout de quatorze mois de transition les premières élections libres et démocratiques consacrent la victoire d’Alpha Oumar Konaré et le début de la IIIe République. L’Untm va, dans ce contexte nouveau, devoir face à l’émergence d’un multipartisme syndical. Face à cette situation, elle convoque un congrès extraordinaire pour mettre l’accent sur la nécessité de l’unité syndicale dans un univers de plus en plus compétitif. Après son 8è congrès tenu en décembre 1992, une grave crise de leadership traverse la centrale syndicale entraînant la suspension du secrétaire général Issa Issé Doucouré et de son adjoint Hamadoun Amion Guindo. Le congrès n’a pu résoudre le conflit. Celui-ci s’est même aggravé avec la naissance de deux bureaux exécutifs parallèles. La médiation de l’AMDH conduira à la convocation d’un congrès (21 au 24 août 1997) qui mettra en place un bureau exécutif avec Siaka Diakité comme secrétaire général. Cette fois la cassure est consommée. Des syndicats nationaux abandonnent le navire UNTM pour créer la Confédération des syndicats des travailleurs du Mali (CSTM) avec à sa tête Hamadoun Amion Guindo. La contagion gagne les syndicats nationaux affiliés à l’UNTM. La Fédération nationale de l’éducation (FEN) se détache ainsi du SNEC. D’autres initiatives du même genre suivront dans les différents ordres d’enseignement, dans le secteur de la Magistrature, de la Santé, etc. Les velléités de scission gagnent même les comités syndicaux d’entreprise ou de corps de métier. Mais cette extraordinaire mutation, n’empêche pas les syndicats de demeurer au cœur des luttes sociales et de défendre les intérêts des travailleurs.