Ils sont agréables à boire et à voir, ils rapportent beaucoup d’argent à leurs vendeurs. Sont-ils, pour autant, bons pour la santé du consommateur ?
Le marché des boissons gazeuses, jus de fruit, sodas et autres boissons en poudre connaît un essor incontestable avec une multitude de marques et d’intervenants parfois difficilement identifiables. Ces breuvages en bouteilles, en canettes ou en cartons investissent les rayons des supermarchés, les réfrigérateurs des boutiques, mêmes les vélos des vendeurs ambulants. Chaque jour ou presque, les Maliens découvrent une nouvelle marque de breuvage dont les mérites sont vantés à grand renfort de publicité à la radio, à la télévision ou dans les journaux. La progression s’amplifie en cette de veille de Ramadan et le marché des boissons explose littéralement. Les vendeurs ambulants arpentent les rues et ruelles de la ville, font du porte-à-porte ou s’invitent dans les bureaux de l’administration pour écouler leurs produits. Ils proposent une gamme variée de produits qui vont du jus de fruits, aux boissons gazeuses, fruitées ou aromatisées, et autres limonades, sirops et eaux énergétiques. Les consommateurs n’ont que l’embarras du choix, même si tout ce qui est proposé sur les étals des commerces n’est pas forcément propre à la consommation.
GRANDE PAGAILLE. Le commerce des boissons est aujourd’hui un créneau porteur. Et les chiffres sont édifiants. En 2006, les différents intervenants ont importé 18.748.891 kg de boissons et produits dérivés pour une valeur de plus de 17 milliards de Fcfa. L’année suivante le tonnage a grimpé à 21 millions de kg pour une valeur de 22 milliards de Fcfa. En 2008, notre pays a fait venir plus de 25 millions de kg de boisson et produits dérivés. Coût : 30 milliards de Fcfa. Pas mal. Et pourtant, ces chiffres sont loin de refléter la réalité du marché. Car, une quantité équivalant au tiers de ce tonnage est introduite clandestinement par voie routière et déversée sur le marché sans aucun contrôle phytosanitaire. Ainsi, selon certaines sources, notre marché absorberait annuellement 5 millions d’hectolitres de boissons. Ces produits proviennent du monde entier : Espagne, Danemark, Portugal, Emirats arabes unis, Egypte, Maroc, Tunisie, Algérie et Amérique latine. Cette grande soif a persuadé beaucoup de jeunes à s’intéresser à ce secteur. C’est le cas de Bakissima Doucouré, un jeune importateur de jus de fruit. Il s’approvisionne dans les pays maghrébins. Le secteur de la boisson est un secteur porteur mais très mal organisé, juge-t-il. « Moi, par exemple, j’importe des jus de fruit de très grande qualité principalement d’Algérie et du Maroc. D’autres importateurs préfèrent l’Espagne. Mais de façon générale, ce sont des boissons qui sont consommées localement. Avant toute commande, je m’assure de l’authenticité des certificats de mise en consommation du pays d’origine du produit", explique notre interlocuteur. Bakissima Doucouré explique le boom dans le secteur, par divers facteurs. "Notre pays a enregistré ces derniers temps la création d’un nombre important de supermarchés et de boutiques modernes. Donc, un marché potentiel pour les importateurs de boissons. Ainsi, nos produits sont facilement écoulés par le biais de ces supermarchés", assure-t-il en ajoutant que la veille de Ramadan constitue une bonne saison pour les importateurs. La progression du chiffre d’affaires de l’activité s’expliquerait également par le fait que les importateurs bénéficient de plus de facilités pour avoir leur propre label. Il suffit de nouer contact avec une société de production de boisson en Europe ou au Maghreb pour se faire livrer le produit.
L’INFORMEL RAYONNE AUSSI. À côté du secteur structuré très dynamique, l’informel a su se faire une place au soleil comme en témoignent les milliers de bouteilles de boisson qui se vendent à la criée dans les gares routières. Cette partie du marché est principalement ravitaillée par des femmes qui importent des boissons conditionnées dans des bouteilles d’un litre et demi, du Sénégal, de Mauritanie et d’Algérie via les régions du Nord. Mme Djénéba Cissé est l’une d’entre elles. Elle se ravitaille à Dakar et à Nouakchott. Là-bas, les bouteilles d’un litre et demi coûtent entre 300 et 400 Fcfa. Ici, le produit rapporte 600 Fcfa au détail. Outre les jus de fruits, Mme Djénéba Cissé fait venir des sirops, des nectars concentrés, des boissons gazeuses non alcoolisées en canettes. Cet essor ne peut cependant occulter la grosse pagaille qui prévaut dans la filière, reconnaissent nos interlocuteurs. En effet, un grand nombre d’importateurs parfois "illégaux" interviennent sans aucun respect pour les normes d’hygiène et de sécurité, donc sans aucun égard pour la santé du consommateur. C’est dans les jus de fruit que le désordre est le plus perceptible. L’absence d’une segmentation franche entre les produits sur le marché ouvre, en effet, la porte à tous les types de dérives. Pire, le produit, une fois importée ne subit aucune analyse phytosanitaire. Le directeur général de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA), Youssouf Konaté, confirme que les boissons importées ne subissent pas d’examen particulier avant leur mise sur le marché. En effet, ces boissons sont estampillées de la certification ISO avant leur exportation vers notre pays. À notre niveau, nous commanditons des analyses, seulement si le produit pose un quelconque problème de santé, précise-t-il. Consciente des possibilités de fraude et de mauvaise qualité, l’ANSSA s’emploie à établir une liste de commerçants possédant un certificat de mise en vente pour pouvoir, le cas échéant, réagir dans la bonne direction. Pourra-t-elle, à elle seule, assainir un marché « open » où est prompt à se lancer le premier venu ? Non, bien sûr. Il est donc urgent que le législateur mette son grain de sel dans un marché qui certains jours ressemble à un laboratoire où sont testées toutes sortes de breuvages sur les cobayes que nous sommes.
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LA POTION MAGIQUE
Dans un marché en pleine ébullition, les boissons énergisantes sont arrivées en force comme des potions magiques. Et les jeunes en consomment sans retenue. De plus en plus, toutes les catégories d’âge ne jurent plus que par ces boissons sans alcool jugées tonifiantes. Elles encombrent les rayons des supermarchés avec leurs couleurs vives et leurs noms évocateurs. Aromatisés à de multiples parfums captivants, ils stimuleraient en cas de coup de pompe ou de petits bobos. Ils sont loués pour être la solution idéale au quotidien. Pourtant, ces petites canettes magiques ne sont pas données. Il faut débourser en moyenne entre 900 et 1 100 Fcfa pour pouvoir en déguster quelques gorgées. À Jolie Market de Kalabancoura, tout peut manquer sauf ces boissons. "Chez nous, la boisson énergisante est le produit le plus vendu. Par jour, je peux en vendre plus de 100 cannettes à raison de 1000 Fcfa l’unité. Je ne sais pas ce que ces boissons énergétiques contiennent, elles donnent vraiment de l’énergie », témoigne le propriétaire des lieux. La plupart de ces boissons viennent de Corée, de Singapour, d’Autriche, du Danemark et se distinguent par leur composition et leur apport calorifique. Selon le Dr. Mamadou Traoré l’abus de ces boissons peut entraîner des troubles rénaux. "Les reins sont les organes en charge de l’élimination des éléments dont l’organisme n’a pas besoin. Le surplus en acide aminé, calcium ou vitamine les fatigue. En outre, certains éléments comme la caféine en surdosage provoquent une insomnie et même des tachycardies.