Au moment où une foule compte cherchait à faire la peau du frère Monékata survivant, un haut gradé de la gendarmerie se démenait pour le soustraire des mailles de la justice
Dans notre parution d’hier, nous parlions de l’arrestation des frères Mounékata dans la journée du 6 au 7 janvier. La neutralisation des deux voyous, il faut le rappeler, ne s’est pas déroulée sans heurt Les gendarmes, soucieux de la légalité de la procédure d’interpellation en douceur, avaient été confrontés à une population déchaînée qui tenait à se rendre justice en lynchant à mort les criminels frères Mounékata. Lundi encore la population est sortie massivement pour assiéger la brigade territoriale de Kalabancoro. Elle réclamait de lui remettre le garde radié Bakary, petit frère du commando parachutiste Aboubacar Mounékata. Ce dernier a été victime de la vindicte populaire et a succombé à ses blessures pendant qu’il était évacué sur l’hôpital Gabriel Touré. L’invasion de la gendarmerie par une foule compacte de badauds, de femmes, d’enfants et de jeunes dans l’après midi de lundi a suscité notre curiosité. Nous avons voulu en savoir davantage sur les raisons de cette colère fulgurante des habitants du quartier. Rappelons les circonstances de l’arrestation et de la mort de Kaba, le para commando radié. Tout est parti, écrivions-nous hier, du braquage du jeune Daouda Sissoko dit Polo dans la nuit du 28 au 29 décembre. Le bonhomme circulait la nuit sur sa moto dans le quartier quand deux individus en tenue correcte, agitant une torche électrique allumée, lui ont fait signe de s’arrêter. Le jeune homme était en alerte. Il savait que le secteur était propice aux mauvaises rencontres. Au lieu de freiner le motocycliste mit les gaz et tenta de se sauver. Mais c’était sans compter sur la détermination des supposés éléments en patrouille dans une zone peu éclairée. L’un des hommes en tenue ouvrit le feu sur lui et le fit tomber. Le fugitif fut gravement atteint au bras droit. Conduit à l’hôpital, les praticiens n’ont rien pu faire que de l’amputer de ce membre. Après l’opération, le blessé a été conduit à la gendarmerie pour être entendu sur les circonstances de son agression. Daouda Sissoko donna des détails sur les deux hommes en tenue militaire équipés d’une torche qui étaient en faction sur son chemin. Cet indice a suffi aux gendarmes. Ils ont multiplié les sorties et intensifié les investigations. Au cours de ces recherches, les enquêteurs reçurent une information qui a été capitale dans la suite de leur enquête. Leur informateur anonyme était prêt à donner des détails. Mais, il exigea des agents de ne pas citer son nom ni dans les PV d’audition encore moins de le dévoiler au public. Le bon citoyen craignait que sa dénonciation n’attirât des menaces de mort sur sa tête. Les gendarmes le rassurèrent. L’homme indiqua aux enquêteurs que deux hommes, un commando parachutiste et un garde, tous deux radiés des effectifs seraient les auteurs de l’agression du jeune Daouda Sissoko dit Kaba. Il donna même les noms.
AMAS DE CENDRE ET DE CHARBBON. Les deux sinistres personnages s’appelaient Aboubacar Mounékata dit Kaba et Bakary Mounékata dit Bakaridian. Les gendarmes décidèrent de rendre visite à ces deux suspects dans la nuit du 6 au 7 janvier. Cette descente tourna en une véritable bataille rangée. Le militaire bien formé s’opposa farouchement à son interpellation. Même avec l’appui de la population qui en avait assez de subir les méfaits des deux bandits, les agents ne parvinrent pas à venir aisément au bout de la résistance de l’ex-soldat. Finalement, la foule et les gendarmes eurent le dessus sur les deux hommes. Au cours de la bataille, Kaba a été sérieusement battu par la population qui ne voulait plus l’accepter dans le quartier. Longtemps après le transfert des deux hommes à la gendarmerie, la colère des uns et des autres n’avait pas baissé d’un cran. Au contraire, la grogne populaire enflait. Tous ceux qui avaient participé à la neutralisation des deux hommes s’étaient rués vers la maison que les forbans occupaient, la mirent à sac avant d’y lancer des torches enflammées. Le bâtiment fut transformé en un amas de cendre et de charbon. Ce rappel étant fait. Nous livrons les résultats des investigations qui nous ont permis de comprendre la raison de la sortie massive de la population qui cherche à se venger. Avant-hier, pendant que nous étions à la recherche de l’information dans la matinée, nous avons rencontré un officier supérieur de la gendarmerie. Ce colonel qui occupe présentement une fonction de grande responsabilité au niveau de son corps s’était rendu à la brigade territoriale pour intervenir en faveur du criminel encore en vie. Il a passé toute la journée dans la cour de la BT au grand dam des gendarmes et des espions de la population. Les guetteurs délégués par les habitants veillent discrètement sur l’affaire comme sur du lait sur le feu. Ayant été victimes à plusieurs reprises des agressions des macabres frères Mounekata, les citoyens de Kalanbancoro ne tiennent pas à ce que cette affaire soit étouffée, comme beaucoup d’autres dont la suite n’a jamais été connue. Des agents proches du dossier nous ont confié que Bakary Mounékata aurait avoué sa participation à plus d’une vingtaine de meurtres, d’assassinats, de vols avec effraction, de braquages et divers délits. La population ne pouvait pas comprendre l’intervention de cet officier supérieur. Au lieu d’encourager ses subalternes ou de les féliciter, il veut au contraire les empêcher de faire leur boulot. Le haut gradé tente de bloquer une procédure déjà entamée et dont le procureur de la république près le tribunal de première instance de Kati est déjà saisi. Les populations de la zone avides de justice sont déterminées à ne pas assister indifférentes à une sorte d’interférence intempestive dans le cours d’une enquête de gendarmerie. Avant-hier entre 17 et 18 heures, les gens du quartier sont sortis en masse pour assiéger la brigade, armés de gourdins, de cailloux. La foule réclamait l’ex-garde pour « le refroidir » comme le criaient certains. La poignée de gendarmes en service dans cette unité ont eu tout le mal du monde pour contenir une foule en furie qui scandait qu’elle n’en voulait pas aux agents. Elle cherchait plutôt à tout prix à faire la peau au prévenu Bakary Mounékata. Une femme un gourdin en main fulminait en ces termes : « nous comprenons bien le lieutenant (le commandant, ndlr). Mais qu’il sache que ce dossier ne sera pas instruit comme d’autres qui ont été bloqués avant d’être jugés. Nous avons assisté à un ballet de grosses cylindrées au niveau de notre BT. Nous savons que les deux bandits sont couverts par des officiers comme (…). Qu’ils sachent que toutes les victimes vont se porter partie civile dans cette affaire ». Puis elle ajouta « ce sont les interventions à tous les niveaux, les libertés provisoires acquises sous pression qui ont tué la justice dans ce pays. Nous en avons marre. Il faut que la dérive prenne fin. » Hier matin un important cordon de sécurité entourait la cour de la gendarmerie. Les manifestants du lundi avaient promis de revenir pour barrer la route « à ces officiers indignes de leur rang dans notre pays qui entravent les actions de la justice », vociférait un homme qui faisait visiblement le guet devant une boutique non loin de la BT. L’affaire est très sérieuse pour être prise à la légère. Personne ne sait où elle peut aboutir. Nous donnons un conseil aux intervenants pour la cause des frères Mounékata. Il vaut mieux pour eux de s’abstenir de tout trafic d’influence s’ils tiennent à leur honneur. Surtout que les langues se délient rapidement maintenant.