Les violences survenues au nord continuent de faire les vagues dans la ville garnison.
jeudi 2 février 2012, par Lassine Diarra - Article lu 979 fois
Après la marche des femmes des militaires (l’Essor d’hier), des jeunes de Kati se sont tristement signalés hier. Munis de bâtons et de cailloux et de projectiles divers, des dizaines de jeunes qui ont pris soin de faire sortir les élèves des écoles, ont paralysé toute la journée la circulation à Kati et entre la ville et Bamako. L’ampleur de l’événement et la hargne des manifestants ont surpris plus d’un motocycliste et autres usagers qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Dans leur furie, les bandes ont pris pour cible des panneaux publicitaires et des domiciles et entreprises privés, notamment une pharmacie et une clinique mises à sac. Ils ont brûlé des pneus sur le bitume et barré les routes. Après avoir mis la ville sens dessus dessous, les manifestants ont tenté de renouveler la marche de la veille. Les éléments de la gendarmerie postés à la sortie de la ville n’ont pu les arrêter. Les forces de l’ordre ont préféré battre en retraite pour éviter le pire, nous confiera un élément de la gendarmerie. La marche, sans leader avéré, s’essoufflera sous l’effet de la chaleur et de la fatigue et s’arrêtera en chemin. Néanmoins longtemps dans l’après-midi, la circulation automobile vers Bamako restera très perturbée.
A Ménaka abandonné de l’armée, les bandits auraient repris les lieux. Mais, si l’armée, bien préparée, y retourne ce matin, elle ne retrouvera sûrement aucun ‘’rebelle’’ sur place. C’est à ce niveau que l’armée avec ATT ou un autre est impuissante. Par contre, c’est véritablement envoyer à l’abattoir un effectif infime d’une quarantaine de militaires mal armés dans un champ désertique infesté de dealers/pirates/maîtres chanteurs qui s’amusent à se coller des titres de rebelles, d’indépendantistes et même de religieux ! Devant une telle carence de l’Etat, les populations auront tendance malheureusement à constituer de plus en plus des groupes d’autodéfense avec des risques quasi inévitables d’amalgame. Adieu Développement. Par contre, en fonction des effectifs et des moyens disponibles, l’armée peut et doit envoyer des troupes importantes bien armées dans les zones sensibles (un effectif important qui peut résister à toutes les charges avec BRDM, hélicoptères…) A condition que les généraux au ventre bedonnant ne s’amusent à détourner les fonds de guerre pour se taper Villas, Voitures, Vins et Venus.
Pourquoi je ne vois pas d’informations sur les évènements d’aujourd’hui à Bamako ? Est-ce que l’Essor ne les considère pas comme assez importants ?
Les rebelles/bandits armés ne représentent même pas 1/1000 000 de la population du Nord Mali. La très large majorité des tamasheqs ne sont pas avec eux. Les arabes, les sonrays, les peulhs et toutes les autres ethnies du Nord ne sont avec eux. Au contraire, sur tous les plans, ces communautés sont les premières victimes de l’insécurité (abus de toutes sortes, manque de ressources touristiques, etc.)
Au fond, ces soi-disant rebelles, ne veulent guère d’indépendance. Ils savent mieux que tout le monde que le Nord actuel ne peut même pas payer ses enseignants. Peut-être le jour où les exploitations pétrolières et d’uranium commenceront… En fait, ils tiennent à ce que l’Etat malien continue à s’occuper au Nord, des investissements, de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de l’emploi,… et qu’ils aient toute latitude de s’occuper de leurs affaires de drogues, d’armes, de pirateries. Et ce problème ne date pas d’hier. Dans l’antiquité, ils (c’est toujours une très petite minorité) étaient esclavagistes. Le phénomène est cyclique au Nord Mali. De tout temps, à chaque fois que l’Etat central faiblit, les abus reprennent. Il fut des moments, ponctuels dans l’histoire de Tombouctou, où un touareg armé de sa lance rentrait chez toi, se faisait nourrir et violait ta femme allègrement. Cela s’arrêtait seulement quand une organisation efficace se mettait en place.
En fait, le seul moment où il y eut une vraie rébellion au Nord Mali, c’était dans les années 90. Des aventuriers, venus de la Lybie probablement, ont dit que le Nord était abandonné. En fait, c’était tout le Mali de Balla qui était abandonné. Ce langage basé sur une réalité cruelle nous a tous séduit en son temps. Des sonrays, des arabes et même des bambaras sont entrés dans la rébellion qui, pour avoir un poste, qui pour entrer à la douane, etc. Devant l’échec de l’Etat, il y eut les accords de Tamarasset qui démilitarisa le Nord au profit de ces bandits. Beaucoup de maliens ont compris que l’Etat actuel vous rétribue, croit qu’il vous fait taire, en vous donnant de l’argent. Les bandits armés, des politiciens, des syndicalistes, même des sociétaires de la société civile usent de cette corde. Malheureusement, cette solution qui n’en est pas une, ne peut satisfaire que quelques individus qui d’ailleurs, après avoir consommé leur pécule, reviennent à la charge. Il faut admettre aussi, que ces soins palliatifs, symptomatiques, ciblés, coûtent moins cher que le traitement de fond qui coûte très cher. Quelle est alors la solution durable ?
Traiter : Remilitariser le Nord bien sûr, avec des hélicoptères puissamment armés pour poursuivre rapidement les assaillants, des BRDM,… bien que les ressources limitées du pays auraient pu être plus intelligemment investies dans le développement. L’idéal serait une action coordonnée, instantanée de nettoyage des 5 pays (Mali, Mauritanie, Algérie, Niger et Burkina) avec l’appui aussi du Maroc, de la Lybie…Car, quand un Etat les poursuit, ils se réfugient immédiatement dans le pays voisin en supposant qu’il y a une frontière dans ce désert immense.
Prévenir : Investir dans le développement en général. Les infrastructures routières, scolaires, sanitaires, l’emploi surtout en évitant les erreurs d’antan. Il s’agit de mettre en place au niveau national, et plus spécifiquement au Nord, une vraie politique d’emploi qui coûte forcement cher (occuper les jeunes pour ne pas être tentés par l’aventure). Pas du saupoudrage (des projets individuels de 300 000 à 1 000 000 FCFA), pas du sensationnel des chiffres avec des emplois créés en nombre, mais de vrais soutiens à l’initiative privée avec des projets viables, très bien étudiés, je répète forcement coûteux. Où trouver tout cet argent. On ne peut être qu’évasif avec un pays cité parmi les plus pauvres du monde (les impôts, les ressources minières, les partenaires financiers, voire des choix discutables tels qu’investir moins dans l’école et la santé pour cibler beaucoup plus l’emploi dans l’agriculture, l’élevage, etc.)
Traiter et prévenir : Soutenir une police, une gendarmerie solide au Nord. Les militaires sont efficaces dans une guerre conventionnelle face à des hommes armés, en tenue, visibles, d’une nationalité connue. Ils sont très peu efficaces devant des gens apparemment non armés, invisibles, mobiles dans un désert immense, enturbannés comme n’importe quel nomade paisible qui ne cherche qu’à voir son troupeau se multiplier. Comme en milieu sédentaire, c’est la police qui va collaborer avec la population pour dénicher, trouver les preuves contre des bandits ordinaires en réalité (attention à la délation contre des innocents, à ne pas mettre en place un Etat policier au Nord). Et malgré cette solution de fonds, il y aura toujours, je répète toujours, un banditisme résiduel au Nord, comme à Bamako, comme à New York, où on vole aussi des véhicules. Comme dans la Région de Kayes où des jeunes, souvent nantis, vont chercher encore plus d’argent à l’étranger. Parce que la vente de cocaïne, de cigarettes ou d’armes vous fait gagner rapidement des sommes phénoménales.



