Plus 43 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées par les violences à travers le monde. Au Mali, environ 15 000 réfugiés sont recensés
Le 20 juin est consacré Journée mondiale du réfugié. L’événement a été marqué hier dans notre pays par une manifestation organisée par l’antenne malienne du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) en collaboration avec la Commission nationale chargée des réfugiés (CNCR) et l’Association des anciens volontaires des Nations unies (AAVNU). La manifestation qui s’est déroulée dans la salle des spectacles du complexe Babemba de Bamako a réuni plusieurs personnalités dont le président de la CNCR, Amadou Billy Sissoko, représentant le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Chaque année, la communauté internationale célèbre le 20 juin pour marquer la solidarité avec le réfugié obligé de quitter de son pays ou sa communauté d’origine, à cause des comportements néfastes de certains de ses compatriotes. Actuellement, notre pays offre l’hospitalité à 15 261 réfugiés dont 1483 Mauritaniens. La ville de Bamako abrite à elle seule, 4729 réfugiés dont une grande majorité de ressortissants ivoiriens. C’est une bonne partie de cette population de réfugiés qui avait massivement investi l’espace du complexe Babemba. La cérémonie a débuté par l’observation d’une minute de silence à la mémoire d’un ancien collaborateur du HCR décédé et de tous les réfugiés disparus au cours de cette année. Elle s’est enchainée avec une prestation artistique d’un groupe de musique traditionnelle yoruba dénommé « J-EDEN », composé uniquement de réfugiés. Un réfugié ivoirien, Seydou Koné alias « Doussé », devenu styliste, a exposé son talent de couturier à travers un défilé de mode. Une belle manière de rendre hommage au courage et à la volonté de réussite des réfugiés et de démontrer aux autres que l’espoir est permis. Un autre réfugié, surnommé « Jazz premier », qui évolue dans la musique, a présenté une chanson de son nouvel album, intitulée « Il est temps ». Dans cette chanson, il invite à la solidarité de tous pour sortir les réfugiés de leur situation de précarité et œuvrer en vue de mettre fin aux conflits qui sont la source du mal. Dans son intervention qui a suivi cette prestation musicale, la présidente de l’Association des réfugiés au Mali, Mme N’Koulou, a magnifié la légendaire hospitalité malienne, le « Jatigiya ». « De 1989, lors de la crise sénégalo-mauritanienne à la dernière crise politique en Côte d’Ivoire, en passant par le premier épisode de cette crise en septembre 2002, le Mali fait toujours montre de son hospitalité et de sa disponibilité à l’endroit des personnes déplacées », a relevé la présidente de l’Association des réfugiés. Elle a remercié tous les partenaires du HCR pour leur assistance aux réfugiés. Mme N’Koulou a insisté sur le rôle d’assistance de l’AAVNU qui doit être soutenu par tous. Et a demandé par ailleurs le renforcement de certaines mesures telles la facilitation de l’obtention des titres de voyage, la formation professionnelle et le renforcement du micro-crédit pour l’intégration socio-économique des réfugiés. Pour mettre en exergue les difficultés financières actuelles du HCR, un groupe de réfugiés a présenté une pièce de théâtre. En effet, le manque de moyens financiers entrave notablement les activités du HCR. Un facteur confirmé par Alpha Diop, le président de l’AAVNU. Cette association est le partenaire opérationnel du HCR, en charge de la question des réfugiés au Mali depuis 1995. Elle les assiste sur les plans social, médical, éducationnel et dans le domaine des activités génératrices de revenus. Mais aujourd’hui, elle du mal à assister les étudiants au niveau de l’enseignement supérieur du fait de l’insuffisance des moyens financiers du HCR. Alpha Diop a salué au passage, le soutien d’Ong comme Agro Action mondiale, Islamic Relief et Vision. Un soutien qui a permis la réalisation d’équipements dans les camps de réfugiés de Zégoua dans la Région de Sikasso et de Faragouana, une localité située à 150 km de Bamako. Le chef du bureau du HCR au Mali, Guy Noel Ouamba, a jugé que les conflits chroniques à travers le monde doivent constituer une préoccupation mondiale. De nouvelles situations de guerre naissent chaque jour alors que les anciens foyers ne sont pas éteints. Ainsi, 43 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées par les violences à travers le monde. 45% d’entre eux sont dans les pays en développement. La journée de cette année intervient dans le contexte du 60è anniversaire de la convention relative aux réfugiés adoptée en 1951. Toujours selon Guy Noel Ouamba, moins de 200 000 réfugiés sont retournés chez eux en 2011. C’est le taux le plus bas depuis 20 ans. Malgré ces points d’ombre, l’espoir est permis, estime-t-il. HCR. L’espoir d’une vie décente dans les pays d’accueil, d’une éducation supérieure, d’une intégration sociale et économique et enfin, l’espoir d’un retour dans le pays d’origine. Guy Noel Ouamba a remercié les autorités maliennes pour avoir accueilli à bras ouverts les frères et sœurs de la Côte d’Ivoire lors de la dernière crise politique qui a secoué ce pays et qui a jeté des hommes, des femmes et des enfants sur le chemin de l’exil. « Vous êtes chez vous », a lancé Amadou Billy Sissoko avant de souligner la qualité des rapports de travail entre la Commission nationale chargée des réfugiés et le HCR. Précisons que le thème de la Journée de cette année est : « un seul réfugié privé d’espoir, c’est déjà trop ».