Cette initiative innovante, durable et bon marché, repose sur une autocritique de la communauté de ses propres pratiques et sur un engagement à construire et utiliser des latrines et dépotoirs
Le footballeur international, notre compatriote Fréderic Oumar Kanouté, en sa qualité d’ambassadeur pour l’assainissement et l’hygiène de l’Unicef, et une délégation du comité national espagnol pour l’Unicef ont effectué une visite de travail dans notre pays du 4 au 8 juin. La visite était destinée à apprécier l’état de mise en œuvre du programme de coopération Mali-Unicef au profit des femmes et des enfants. En marge de cette visite, la délégation s’est rendue lundi dans le village de Sébékoro Gouenzéna à Kolokani pour être témoin de l’engagement des populations dans le cadre du développement de l’approche d’assainissement total piloté par les communautés (ATPC). Elle a aussi participé à la cérémonie de certification du statut FDAL (Fin de la défécation à l’air libre) de Sébékoro Gouenzéna. On dit qu’un village a atteint l’état FDAL, lorsque chaque famille est dotée d’une latrine équipée d’un dispositif qui limite la prolifération des mouches à partir des fosses, a défini le directeur national de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances (Dnacpn). Chaque latrine est équipée d’un dispositif lave-mains (eau-savon, ou eau-cendre). Ces dispositions constituent, selon Felix Dakouo, une avancée significative en termes d’hygiène et de santé publique. Il a rappelé les progrès de notre pays en matière de développement de l’accès à l’hygiène et l’assainissement total piloté par les communautés (ATPC) dont le Mali est devenu le pays phare au sein des pays francophones d’Afrique. L’ATPC est une approche intégrée permettant la réalisation de la FDAL et le maintien de cet état. Il consiste à encourager la communauté à analyser sa propre situation en matière d’assainissement, ses pratiques en matière de défécation et leurs conséquences, suscitant ainsi une action collective visant à atteindre l’état de FDAL, a-t-il expliqué. Les origines de cette approche remontent à l’évaluation d’un programme d’eau et d’assainissement faite au Bangladesh. Ces travaux ont conduit à la mise au point de l’approche ATPC qui permet aux populations locales d’analyser leurs conditions sanitaires et de prendre conscience collectivement du terrible impact de la défécation à l’air libre sur leur santé et sur leur environnement. Notre pays s’est inspiré de cette démarche pour encourager et encadrer les communautés dans la décision d’agir pour éradiquer la défécation à l’air libre. Plusieurs ateliers de formation et de sensibilisation sur l’ATPC ont été initiés à cet effet dans les villages de Kolokani. En plus, plusieurs visites de terrain ont été organisés dans le dessein de faire un état des lieux de la défécation à l’air libre (DAL) et de discuter avec les communautés, afin qu’elles se rendent compte par des méthodes déductives des conséquences de la pratique de la DAL au niveau socio-sanitaire. Pour le suivi de l’engagement pris par les communautés, un comité de suivi a été mis en place dans chaque village concerné par le programme avec pour mission de maintenir le village au statut FEDAL et la poursuite de la sensibilisation. Le chef de village de Sébékoro Gouenzéna a indiqué qu’avant leur adhésion au programme de l’ATPC, la défécation se faisait dans la nature non par pur enthousiasme, mais par manque de latrines et par ignorance. Le programme a permis au village de comprendre que le manque d’assainissement constitue un facteur de risque important pour la santé, a témoigné Bougou Touré. Il a remercié les initiateurs du programme qui a permis de réduire certaines pathologies dont sa localité était victime et qui étaient liées à un manque d’accès aux services d’assainissement de base. Il a aussi demandé aux autorités et aux partenaires la réalisation de forages dans sa localité qui manque cruellement d’eau. Le coordinateur des programmes eau, hygiène et assainissement à l’Unicef-Mali a décrit l’ATPC comme une initiative innovante, durable et bon marché qui permet aux populations d’accéder à des normes d’hygiène adéquate pour le développement des enfants. L’approche est fondée sur une autocritique de la communauté de ses propres pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Celle-ci débouche sur l’abandon collectif de la défécation à l’air libre. Cet engagement des communautés, a expliqué Nicolas Osbert, vise à la fois la construction et l’usage de latrines, l’usage de dépotoirs et l’élimination des eaux usées selon les normes écologiquement acceptables, la protection, la préservation et l’entretien des sources d’eau potable. L’ATPC est une approche d’hygiène révolutionnaire dans la mesure où il met l’accent sur un engagement collectif à mettre fin à la défécation à l’air libre. Il renforce les actions communautaires de changement de comportement et ne repose que sur les ressources communautaires pour assurer la construction de latrines, grâce à l’utilisation d’une main d’œuvre et de matériaux locaux bon marché. Frederic Oumar Kanouté a remercié les villageois pour l’accueil chaleureux qu’ils ont réservé à la délégation. Il a encouragé le village à maintenir cet état d’assainissement qui est, selon lui, la base de la santé. Frederic Oumar Kanouté a assuré le programme de son soutien, sa disponibilité et son accompagnement.