Des patrouilles renforcées, des postes créés, des unités méharistes installées
Après la série d’inaugurations d’infrastructures de sécurité à Mopti, Gossi et Gao, le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le général Sadio Gassama était dimanche à Ansongo pour discuter de paix avec les habitants des localités du Gourma et du Haoussa. La délégation ministérielle comprenait le contrôleur général de police Yahaya Sangaré, conseiller technique chargé des infrastructures au ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le colonel Tiefing Konaté, directeur général de la gendarmerie, le colonel Mamadou Traoré, directeur général de la protection civile, le chef d’état major de la garde nationale, le colonel Broulaye Koné et le gouverneur de Gao, le colonel Kalifa Keita. La rencontre s’est déroulée dans la salle de conférence du conseil de cercle d’Ansongo. Elle a regroupé autorités locales, chefs de fraction et de villages et de nombreux acteurs intervenant dans le domaine de la paix. De par sa situation géographique, la commune d’Ansongo constitue un carrefour entre le Haoussa et le Gourma. Elle fait aussi frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Son activité économique est essentiellement agro-pastorale. Les sédentaires songhaïs et peuhls restés de gros agriculteurs vivent en symbiose avec les nomades touaregs, bellahs, et peuhls qui se déplacent de pâturage en pâturage au gré des saisons. Cette cohabitation séculaire est aujourd’hui mise à rude épreuve par une insécurité qui se manifeste par des braquages sur les axes routiers, des attaques à main armée suivies d’enlèvements de bétail et de biens et des morts d’hommes dans le pire des cas. Indélimane, Tessit, Ouatagouna, Hourala sont les localité où les populations ont payé un lourd tribut à ces agressions. La violence a atteint un tel niveau que Sadio Gassama a jugé indispensable de venir rencontrer certaines victimes de ces exactions et discuter avec les populations, les élus et l’administration. Il a ainsi rencontré quelques sous-préfets des zones concernées. Le sous-préfet de Tessit, Dienfa Diarra s’est dit préoccupé par la présence dans sa localité de pasteurs du Niger et d’habitants de Ouatagouna qui ont fui les représailles. Ce surpeuplement est, de son point de vue, l’une des principales causes de l’insécurité à Tessit. Son homologue d’Intillit, Mahamane Alassane, souligne les retombées positives sur la sécurité de l’implantation d’un poste de gendarmerie voilà six mois dans sa commune située à 120 km de Gao. L’insécurité qui prévaut dans cette zone est, constate-t-il, d’ordre alimentaire. A Talataye, commune située à 180 km d’Ansongo, la principale préoccupation du sous-préfet Amadou Ibrahim, est la mauvaise pluviométrie qui fait des ravages dans le cheptel. A Ouatagouna, l’angoisse est totale, juge le sous-préfet Paul Marie Sidibé qui compare sa commune à une poudrière. L’Etat, préconise-t-il, doit donner ordre aux forces de sécurité d’agir contre des bandits qui, de son point de vue, sont bien connus et dont les bases sont identifiées. Plutôt que de bases organisées, tempère le lieutenant colonel Mamadou Mariko dit Laurent commandant le 13è Régiment de Gao, il s’agit de caches d’armes. Paul Marie Sidibé assure que la criminalité a atteint son paroxysme dans sa commune. Il y a deux semaines, à Goundel, village distant de 23 km de Ouatagagouna un homme a ainsi été sauvagement massacré par des bandits à coups de pilon, indique le sous-préfet pour appuyer sa thèse.
23 PERSONNES TUEES. Tour à tour les orateurs, principalement des élus communaux, chefs de fraction et chefs de village se sont succédé pour établir leur aveu d’impuissance : « monsieur le ministre, le politique a échoué nous demandons à l’Etat de prendre ses responsabilités pour rétablir la paix ». Sadio Gassama, au fait de l’insécurité qui prévaut dans la zone, a égrené les chiffres en sa possession : en un an, ont été enregistrés 62 cas d’attaque, 23 personnes tuées dans les violences et 998 têtes de bétail volées. A cette liste s’ajoutent 26 blessés graves, 18 légers, 2 personnes enlevées et 5.523.000 Fcfa dérobés. Le maire de Gao, Sadou Harouna Diallo, a été mandaté par les autorités pour organiser à Ansongo où Fafa le 2 août prochain la flamme de la paix. A ce titre, l’édile, natif d’Ansongo, invite ses « frères » à déposer les armes au plus tard le 30 juillet. Il faudra pour cela que la spirale de violence soit stoppée. Une des causes de cette violence a été situé par des intervenants par la « prééminence » prise par les Touaregs sur les Sonraïs après la rébellion. D’où des frustrations occasionnées par l’impunité et une « justice mal rendue » qui ont débouché sur les conflits intercommunautaires qui mettent aujourd’hui en danger le développement du Gourma et du Haoussa. Des « frustrations » qui auraient aussi donné naissance au mouvement « Ganda-Izo » (qui signifie les autochtones en sonrhaï), implanté à Fafa sur l’île de Sorori. Seydou Amadou Cissé, conseiller communal à Ansongo, un des responsables de l’aile politique de ce mouvement, assure que depuis l’année dernière « Ganda Izo » s’est inscrit dans une logique de paix. A la date de la rencontre, dit-il, son mouvement a récupéré 2 armes de guerre qui seront solennellement remises aux autorités. D’ici la date butoir de la fin juillet, « Ganda Izo » sera définitivement désarmé, sinon, promet-il, la liste des réfractaires sera remise à l’armée afin qu’ils soient traqués. L’Agence de développement du nord ayant financé 18 jeunes à hauteur de 39 millions de Fcfa, « nous ne voyons plus la nécessité de prendre les armes », a-t-il conclu. Le commandant de l’opération « Djiguitougou », le colonel Moussa Diawara qui a mission de démanteler toutes les bases ou caches d’armes, estime que le principal blocage à la résolution du phénomène d’insécurité à Ansongo réside dans le manque de collaboration des populations avec les forces de sécurité. L’implication des élus de la localité dans la pacification n’est pas visible, a-t-il déploré. Suite aux instructions du ministre de mettre les bandits hors d’état de nuire, des mesures ont été immédiatement prises par le colonel Diawara qui a renforcé les deux patrouilles déployées sur les deux rives du fleuve Niger. Moussa Diawara suggère une coopération entre le Mali, le Burkina-Faso et le Niger dans le cadre des échanges directs de renseignements et l’organisation de patrouilles de grande envergure sur les lignes frontalières. Il propose aussi le remplacement systématique des hommes en uniforme qui ont séjourné assez longtemps à Ansongo. A côté de ces doléances qui feront l’objet d’étude, le ministre Gassama a annoncé la réouverture des postes de garde de Dakit, de Boulkessi et la création d’un poste dans la zone de Mondoro. Ces postes seront pourvus d’une unité méhariste, a-t-il précisé. Un poste de gendarmerie sera aussi créé à Diora dans la commune d’Ouinerden dans le cercle de Rharous et un peloton méhariste installé à Inadiatafane.
Envoyé spécial S. KONATE