Cette ambition nécessite une bonne gestion des ressources naturelles, des financements publics conséquents et un capital humain performant
La 10è édition du Forum de Bamako s’est achevée samedi à l’hôtel Salam sous la direction du Premier ministre Modibo Sidibé, qui préside la Fondation Forum de Bamako, maître d’œuvre de cet important événement scientifique annuel. Le thème débattu cette année, "l’Afrique 50 ans après : le défi alimentaire, la faim sur le continent", a été choisi pour amener les Africains à s’interroger sur ce qu’ils ont fait d’eux-mêmes durant ce demi-siècle d’indépendance quand on sait que la grande majorité des habitants du continent souffre de la faim malgré l’existence de fortes potentialités agricoles. Cette faim, a commenté le vice-président du Forum de Bamako Abdoullah Coulibaly, "insulte parce qu’elle ronge, consume et tue tout ce qu’il y a d’humain dans l’homme : le corps et son charme, l’âme et sa beauté, le cœur et sa dignité, la foi et sa grandeur, la raison et ses raisons". Le forum a attribué les causes de la faim à deux grands groupes de phénomènes. Le premier englobe les phénomènes naturels dévastateurs, généralement soudains, imprévisibles et de grande envergure qui détruisent les cultures et anéantissent le cheptel. Ce sont les inondations, les tremblements de terre, les invasions de criquets, etc. Le second implique directement des comportements humains. Il s’agit des conflits armés, de la mauvaise gouvernance, etc. Le continent africain découpée en 53 pays, abrite une population estimée à un milliard de personnes en 2010. Son économie est dominée par l’agriculture qui mobilise 60 % des actifs mais ne contribue que pour 17 % au PIB. Aussi cette agriculture ne représente que 20% des exportations. L’analyse de la situation de 1960 à nos jours montre une récurrence de la faim et de la pauvreté avec des indicateurs préoccupants. Le forum a aussi établi que les gouvernements africains ont de réels problèmes d’efficacité dans l’exécution des politiques publiques qui se traduisent par une faible intensification de l’agriculture (faible utilisation des intrants, faible niveau d’équipements agricoles, insuffisance des aménagements et infrastructures, faible accès aux marchés) et, par conséquent, une faible productivité. Il faut savoir à ce propos, que seulement 4 % des terres sont irriguées en Afrique contre 20 en Asie. Le niveau de financement de l’agriculture reste encore faible en Afrique. La plupart des pays africains n’investissent pas 10 % du Budget d’Etat dans l’agriculture comme l’avait recommandé en 2003 la Conférence des chefs d’Etat de l’Union africaine à Maputo au Mozambique. Le forum de Bamako a mis en relief l’urgence pour les pays africains d’assurer la sécurité alimentaire d’une population en forte croissance, en améliorant le revenu de la population notamment en milieu rural. Il a aussi attiré l’attention des décideurs politique sur la nécessité d’assurer une bonne gouvernance des Etats, une gestion durable des ressources naturelles, un financement pérenne de l’agriculture, l’intégration politique et économique tout en développant un capital humain performant. À cet effet, la 10è édition du Forum a recommandé que soit assignée à l’agriculture africaine une mission de service public propre à prétendre à une dotation budgétaire conséquente. Elle a insisté sur un financement de l’agriculture reposant principalement sur des ressources financières internes aux fins de garantir sa durabilité. Le Forum a invité les Etats Africains à élaborer et à mettre en œuvre une loi foncière sécurisante pour la production agricole afin d’amener les Africains à investir dans le secteur agricole. Il s’est appesanti sur le développement des stratégies d’adaptation des producteurs aux changements climatiques surtout dans les zones vulnérables ainsi que sur la promotion de la bonne gouvernance par l’application et le suivi des politiques agricoles mises en œuvre. Ces recommandations ont été remises au président de la république au cours d’un cocktail qu’Amadou Toumani Touré a offert aux participants du Forum dans les jardins du palais de Koulouba, samedi en début de soirée. Au cours cette réception, le chef de l’État s’est félicité de la pertinence du thème de la rencontre qui résonne comme un appel à la mobilisation des Africains au moment où ceux-ci amorcent le tout premier virage vers le centenaire de leurs indépendances. Amadou Toumani Touré a profité de l’occasion pour exposer à ses hôtes les initiatives entreprises dans notre pays pour faire de l’agriculture un levier essentiel du développement. Il a notamment expliqué la Loi d’orientation agricole, l’allocation de près de 15 % du PIB à l’agriculture ainsi que les nombreux aménagements entrepris ces dernières années dans notre pays dans le secteur agricole. Le président Touré a jugé opportune la présence de ces éminentes personnalités d’horizons divers pour expliquer les choix stratégiques du Mali dans la gestion des cas d’enlèvement d’étrangers dans la bande sahélo-saharienne avant de renouveler son appel à l’organisation d’une conférence internationale sur la sécurité et le développement dans cette vaste bande désertique de plus de quatre millions de kilomètres carrés.