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A certains carrefours, les feux font partie du problème, pas de la solution

Feux tricolores : VERT D’ANGOISSE

La circulation à Bamako n’est pas chose facile, le respect des règles élémentaires du trafic étant le devoir le moins compris des usagers de la route. Ces règles deviennent carrément sibyllines lorsque le mauvais réglage des feux tricolores s’en mêle. Le trafic, au niveau des feux, peut ainsi devenir un casse-tête surtout aux heures de pointe. Illustrations de ce paradoxe au carrefour de Badalabougou près du Palais de la culture, à celui de Daoudabougou devant l’ambassade d’Algérie, à Magnambougou. En ces endroits, lorsque le feu passe au vert les motos et les véhicules démarrent tous ensemble. Peu importe que certains aillent à gauche d’autre à droite ou droit devant eux. Cette situation est essentiellement imputable au manque de signalisation adéquate. Les trajectoires se croisent donc donnant l’avantage aux motocyclistes qui ne cèdent jamais (ou presque) le passage. Les véhicules sont donc obligés de stopper jusqu’au passage de la dernière moto. Entre-temps, le feu est évidemment revenu au rouge. Piaffant d’impatience, Sotrama et taxis forcent alors le passage, provoquant parfois des accidents. Kassim Sissoko a ainsi été renversé par un minibus. Il pensait être dans son bon droit au moment où il se lançait pour traverser la route. Au même moment le feu vert autorisait aussi la Sotrama à circuler. Salif Coulibaly, un chauffeur de taxi, estime que s’il faut attendre que tous les motocyclistes passent, les automobilistes ne s’en sortiront jamais. Bourema Sissoko, un conducteur de camion benne, juge que la circulation tient aussi du bon sens. La preuve, personne ne veut avoir affaire à un mastodonte comme le sien. "Notre avantage est que tout le monde a peur des camions, donc on a peu de problème avec les feux. C’est vrai la conception de nos infrastructures n’est pas exempte de reproches. Mais à cela il faut ajouter l’incivisme de nombreux usagers de la route », analyse-t-il. Les problèmes de la circulation à Bamako, soulignent les experts, se sont accrus avec la multiplication par 10 voire plus du nombre d’engin à deux roues. Comme souligné, les feux en certains endroits ne règlent pas correctement le trafic. Ailleurs l’orange clignote en permanence. Le feu tricolore du commissariat de police du 3è arrondissement a été endommagé, voilà plus d’un mois à la suite d’un accident de la circulation et jusqu’à présent il n’a pas été réparé, témoigne un motocycliste. Le commandant de la Compagnie de circulation routière, le commissaire principal Cheiknè Magassouba, reconnaît le mauvais réglage d’un certain nombre de feux tricolores, notamment sur l’avenue de l’OUA. Des instructions ont été données aux agents en service sur ces voies pour qu’ils suppléent les feux le cas échéant, indique-t-il en soulignant l’incivisme de certains négociants du Grand Marché qui accrochent leurs marchandises aux feux. Que pense de la situation la mairie du District qui a en charge ces feux tricolores ? Nous ne saurions vous le dire pour avoir été éconduits lorsque nous avons voulu nous en informer. Une attitude qui reflète un refus de voir le problème ? Il faut espérer que non car la police, elle, y est quotidiennement confrontée. Le feu, rappelle le commandant Magassouba, est fait pour décongestionner et permettre de circuler plus facilement. Elémentaire ? Certainement pas pour les automobilistes piégés par la vitesse des feux avant d’avoir pu sortir d’un rond-point. Pour dissoudre les bouchons qui se forment inévitablement, il faut alors au moins quatre policiers pour régler correctement la circulation à ces carrefours. Le patron de la Routière n’a évidemment pas assez de personnel pour gérer ces goulots. Dans ce genre de dossier chacun voyant midi à sa porte, de nombreux motocyclistes suggèrent d’installer des feux spécifiques pour eux. Pourquoi pas dans un contexte de pistes cyclables généralisées ? Ceci pour ouvrir la boîte à idées sans oublier qu’aucune solution ne sera opérante sans la volonté des autorités de faire face aux problèmes et sans la nécessité pour les usagers d’abandonner les incivilités. On n’est donc pas encore sorti de l’auberge bamakoise.