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PostHeaderIcon Djicoroni Para : LES ERRANTS DU MARCHE

À force de tourner en rond, les marchands déguerpis sont revenus au point de départ en attendant une solution acceptable et durable

Djicoroni Para : LES ERRANTS DU MARCHE

Notre capitale se modernise à un rythme soutenu. Un peu partout, de nouveaux logements et immeubles de grand standing poussent comme par enchantement. Le nouvel échangeur multiple dont les travaux ont été lancés en avril dernier par le président de la République, est un des grands chantiers qui feront de Bamako une ville moderne. L’ouvrage décongestionnera la circulation, améliorera la mobilité des usagers et embellira cette partie de la capitale. Très attendu par les Bamakois, il comportera deux autoroutes. L’une sera reliée à la RN5 sur une distance de près de 4 km et l’autre à l’avenue N’Kwamé N’Krumah sur un peu plus d’un kilomètre. Le projet prend aussi en compte la construction d’un dalot double sur la RN5, et de deux passerelles. L’une enjambera l’avenue de l’OUA, l’autre le boulevard de la CEDEAO. L’avenue N’Kwamé Nkrumah sera éclairée sur plus d’un kilomètre. Il en sera de même du tronçon de 4 km reliant le marigot de Woyowayankô au monument de la Paix. L’entreprise chinoise, en charge de l’exécution du chantier, met les bouchées doubles afin que tout soit fin prêt dans les délais. Le marché de Djicoroni Para situé au bord de la RN5 en Commune IV sera affecté par les travaux de l’autoroute. Une bonne partie du marché a été rasée et ses occupants déguerpis dans une atmosphère très tendue. Mécontents de leur situation, ils exigent d’être recasés. Ont-ils été avertis à l’avance ? Non, répondent sèchement certains marchands rencontrés sur place. « Cela fait au moins quatre ans que j’occupe la même place. Lorsque les travaux de l’autoroute ont commencé, des rumeurs persistantes de déguerpissement circulaient dans le marché. Pour en avoir le cœur net, nous avons saisi le président du comité de gestion du marché, Gagny Diabira, pour savoir où nous serons réinstallés le cas échéant. Il avait promis de prendre attache avec les autorités communales compétentes pour s’assurer des mesures adéquates à prendre. Mais rien n’en a été, assure une source qui a requis l’anonymat. Le marchand de céréales, Mamadou Coulibaly, impute principalement la situation qui prévaut actuellement dans le marché de Djicoroni Para à une mésentente et au manque de communication entre les occupants et les responsables du marché. « Lorsque les travaux de construction ont commencé, ce sont les ouvriers du chantier qui ont prié les marchands de quitter les lieux. Les responsables de la mairie, quant à eux, ont brillé par leur absence », explique-t-il. Sous la pression, la mairie va réinstaller les vendeurs déguerpis dans un premier temps à Mariambougou, un quartier de Djikoroni. Les habitants n’ont pas vu d’un bon oeil ce transfert. Ils estimaient à tort ou à raison que leurs rues se transformaient en marché. Contraints de partir, les déguerpis ont été provisoirement réinstallés à Djènèkabougou puis sur un terrain inoccupé à l’ACI 2000 avant d’en être délogés. En désespoir de cause, les marchands sont revenus s’entasser les uns sur les autres dans l’ancien marché d’où ils avaient été renvoyés. La guerre aux places est alors devenue le quotidien des marchands désemparés. Une vendeuse de condiments qui ne pouvait plus supporter les disputes quotidiennes a préféré s’installer devant sa porte pour vendre ses produits. "Je me sens maintenant soulagée, car j’arrive à écouler mes produits devant la porte de ma maison", dit-elle. Le premier responsable du comité de gestion du marché est actuellement dépassé par la situation. Il tente tout de même de rassurer les déguerpis. "Nous sommes en pourparlers actuellement avec les autorités municipales pour que les vendeurs concernés puissent s’installer provisoirement sur une place que nous avons repérée derrière l’IMACY à Ouolofobougou. Nous attendons l’aval des autorités pour installer les marchands", annonce-t-il. Le maire du centre d’État civil de Djicoroni Para, Moussa Bagayogo, ne décolère pas contre les marchands. Tout en reconnaissant la délicatesse de la situation du marché de Djicoroni Para il rappelle que les commerçants ont été déguerpis pour une cause d’utilité publique. L’officier d’état civil estime qu’il n’est pas trop tard pour trouver une solution. « Nous sommes toujours en concertation avec les responsables du marché. Nous sommes en train de travailler pour recaser les déguerpis dans un endroit sûr », assure-t-il La solution à la situation des déguerpis du marché de Djicoroni Para pourrait venir de la Cellule d’appui à l’aménagement et à la gestion des marchés (CAAGM), une structure rattachée au ministère de l’Industrie, des Investissements et du Commerce. « La cellule a pour mission d’apporter aux marchés un appui technique par des conseils. La situation du marché de Djicoroni Para n’est pas encore parvenue à notre niveau, mais nous avons décidé de nous impliquer afin que ceux qui ont été déplacés puissent être installés quelque part. Pour cela, nous avons prévu une séance de travail avec la mairie de Djicoroni Para et les responsables du comité de gestion du marché. Si les commerçants sont prêts à mettre la main à la poche, la Cellule fera ce que qu’il faut pour aménager un marché", promet Adama Guindo, le directeur de la cellule. Cette proposition pourrait constituer une solution à long terme, mais l’urgence est d’installer quelque part les marchands qui ont un besoin vital d’exercer leurs activités.