Une délégation régionale a transmis un message du ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales exigeant l’arrêt immédiat de l’expulsion des éleveurs
Le climat est toujours à l’orage entre les populations du Wassoulou et les bergers transhumants. Les habitants de la zone ont entrepris de chasser les bergers qu’ils accusent de détruire la végétation, de castrer les bœufs de race N’Dama, de viol et d’agressions ayant parfois entrainé mort d’hommes. Mais c’est l’assassinat d’un agriculteur, Issa Bagayoko, le 29 décembre dernier à Tabaco qui a été la goutte de trop dans un vase déjà plein à ras bord de contentieux. Cet incident est survenu dans la commune rurale de Gouanan (ex-arrondissement de Yorobougoula) dans le cercle de Yanfolila. Les informations qui circulent dans la zone assurent que Issa Bagayogo avait eu une altercation la veille de sa mort avec des bergers transhumants dans son champ. Ces derniers auraient pris du mil de son grenier pour le donner aux animaux. Le paysan aurait tout naturellement protesté et avec véhémence. Le lendemain des altercations, il a été retrouvé mort poignardé non loin de son champ. Ce crime avait suscité la colère de tout le Wassoulou qui l’avait immédiatement imputé aux pasteurs. Du coup, les agriculteurs ont multiplié les actions de représailles contre les éleveurs transhumants. La montée de la tension dans la zone avait conduit le gouvernement à dépêcher le 1er février dernier, une mission interministérielle de bons offices. La délégation était conduite par le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivité locales, le général Kafougouna Koné, et comprenait ses homologues de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le général Sadio Gassama, et de l’Elevage et de la Pêche, Mme Diallo Madeleine Bâ. Des ressortissants du Wassoulou résidant à Bamako étaient du voyage. La délégation rencontra les chefs de village et leaders traditionnels à Yorobougoula. Au cours de cette rencontre, la population du Wassoulou avait soulevé plusieurs griefs à l’encontre des éleveurs transhumants. Ces accusations allaient de la coupe abusive d’arbres pour nourrir les animaux aux viols et agressions physiques sur des femmes, en passant par la destruction des récoltes, les assassinats et l’empoisonnement des eaux de puits. La délégation ministérielle avait tenté de calmer le jeu en apportant des apaisements aux différentes préoccupations exprimées. En prenant congé, elle pensait avoir fait le plus dur et espérait que la paix régnerait désormais entre agriculteurs et bergers transhumants. C’était sans compter avec les frustrations et la vivacité des rancunes des autochtones qui ont poursuivi les représailles contre les bergers transhumants dont la plupart ont été contraints de quitter le cercle de Yanfolila pour gagner des pays voisins ou les zones de pâturage du cercle de Bougouni. Face à cette situation, une mission régionale conduite par le gouverneur de la Région de Sikasso, Mamadou Issa Tapo, s’est rendue le 23 mars dernier à Yanfolila. La délégation comprenait le procureur de la République du tribunal de première instance de Sikasso, Ibrahim Moussa Konta, et des chefs d’unité de l’armée et des services de sécurité de la région. Elle a eu une réunion avec 180 chefs de village et leaders traditionnels, les maires et les sous-préfets du cercle de Yanfolila. La délégation régionale était chargée de transmettre un message du ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales exigeant l’arrêt immédiat de l’expulsion des éleveurs transhumants du Wassoulou. Ce message officiel constate qu’en dépit des nombreuses missions de médiation, notamment celle du 1er février, les expulsions des transhumants continuent. Le message invite les autorités locales à identifier désormais les auteurs de ces actes qui feront l’objet de poursuites judiciaires. Et toute personne reconnue coupable de ces actes s’expose à des sanctions. Les chefs de village, les chasseurs traditionnels et différentes associations sont invités à arrêter immédiatement les expulsions. Ce message a-t-il été entendu ? Pas si sûr. En effet, au cours des débats avec la délégation régionale qui n’ont duré qu’une trentaine de minutes, les chefs de village et leaders traditionnels présents ont déclaré qu’ils ne pouvaient prendre aucun engagement sur place. Ils ont demandé qu’on leur donne le temps de se concerter avec leurs mandants. Dans tous les cas, ont-ils averti, aucune décision contraire à la position commune qu’aurait arrêtée tout le Wassoulou ne pourra être appliquée dans la gestion de cette affaire. Le député élu à Yanfolila, Souleymane Sidibé, a suggéré la création d’un couloir de transhumance dans le cercle pour mettre fin aux affrontements récurrents entre agriculteurs et éleveurs. L’élu estime que la solution aux différends dans le domaine agro-pastoral passe nécessairement par le traçage d’un couloir de transhumance. Il a fait part de ses inquiétudes pour la gestion du retour des éleveurs partis dans les pays voisins. Car à l’arrivée de la saison des pluies, ceux-ci vont forcément regagner le pays. Comment se déroulera alors la traversée du Wassoulou par les troupeaux, s’est interrogé le député en invitant à réfléchir à la question. Le gouverneur de la Région de Sikasso a invité les chefs de village et les autorités locales à œuvrer sans relâche pour l’apaisement du climat social dans le cercle.