La méthode introduite en 2007 dans la région de Tombouctou avec un seul volontaire, a convaincu en trois saisons 300 adhérents
La deuxième édition du Congrès sur le riz en Afrique (Africa Rice) se poursuit à l’hôtel Laico Amitié. La rencontre regroupe des sommités de la recherche rizicole, venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Des chercheurs de renommée internationale se sont ainsi donnés rendez-vous à Bamako pour exposer, échanger et s’informer de l’avancée de la recherche agronomique sur le riz dans le monde. Les travaux sont consacrés aux exposés de thèmes comme "Investir dans le secteur rizicole en Afrique : Opportunités et défis", "Diversité et amélioration génétique du riz", « Intensification écologique et diversification des systèmes à base de riz », "Développement des chaînes de valeurs compétitives pour le riz". Le thème sur la "diversité et amélioration génétique sur le riz" a fait le point sur « les progrès de la recherche sur la génomique fonctionnelle du riz en Chine », développés par le chercheur chinois Qifa Zhang. La Chine a pris une bonne longueur d’avance sur les autres pays, souligne le directeur scientifique de l’Institut d’économie rurale (IER), le Dr Bourama Dembélé. Mme Erika Styger, consultante et coordinatrice technique en service à l’ONG Africare, a détaillé le thème relatif au Système de riziculture intensif (SRI) dans la région de Tombouctou. Cette technique a été réalisée en collaboration avec les services techniques agricoles de la région. Le choix de Tombouctou s’explique par le fait que cette partie du pays est la deuxième grande région qui compte le plus de superficies irriguées après les zones de l’Office du Niger. Mme Erika Styger a rappelé que la méthode avait été introduite en 2007 dans la région avec un seul paysan volontaire pour l’expérimenter. Depuis, ce sont des centaines de paysans rizicoles qui ont adhéré. Et plus de 150 producteurs se sont inscrits dans les régions de Gao, Mopti, Ségou et Sikasso. L’exposé de Mme Erika Styger établit que le SRI est une méthode destinée à augmenter la productivité de la culture du riz irrigué en changeant la gestion des plants, du sol, de l’eau et des nutriments tout en réduisant les intrants externes. Elle est basée sur des principes comme le repiquage d’un seul plant par poquet, le repiquage des plants au stade de deux feuilles (âgés de 8-12 jours), un écartement de 25 cm ou plus entre les plants, la plantation en ligne, l’application minimale de l’eau pendant la période de croissance végétative en maintenant le sol humide, mais bien drainé et aéré, le sarclage qui se pratique 4 fois tous les 7 à 10 jours à l’aide d’une sarcleuse mécanique simple et, le plus important des principes : l’application de la fumure organique (fumier, compost ou paillis) qui permet de réduire ou d’exclure l’utilisation des engrais chimiques. Durant l’expérimentation, le rendement moyen des parcelles SRI en paddy a atteint 9,1 tonnes par hectare. Le plus faible rendement à l’hectare s’est élevé à 5,4 tonnes et le pic a été de 12,4 tonnes. Les coûts pour produire un kilo de paddy sont de 76 Fcfa et 77 Fcfa respectivement pour les parcelles témoins et celles de pratique paysanne, contre 52 Fcfa pour les parcelles SRI. Ces dernières ont nécessité seulement six kilos de semences par hectare contre 40 à 60 kg pour les parcelles témoin et pratique paysanne, soit une réduction de 85 à 90%. Grâce à la fumure organique, les applications d’engrais chimique ont été réduites de 30%. La méthode pose cependant une contrainte majeure relevée par des participants, notamment par une paysanne venue de Tombouctou pour témoigner : elle nécessite beaucoup de main d’œuvre pour le repiquage. Trois ans d’expérimentation ont cependant montré que la méthode possède de loin plus d’avantages que d’inconvénients et soulève un intérêt légitime chez les paysans. Les demandes affluent de la région de Tombouctou, où les pratiquants sont passés d’un seul paysan la première année à 60 lors de la deuxième campagne pour atteindre maintenant 300 adhérents. D’autres paysans des régions de Gao, Mopti, Ségou et Sikasso s’intéressent au SRI, assure Mme Erika Styger. La rencontre de Bamako qui prend fin cet après-midi attendait initialement 300 participants, mais elle en a enregistré plus de 450 composés de la crème de chercheurs mondiaux dans le domaine rizicole comme par exemple l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI) basé aux Philippines, transformateurs, producteurs, organisations professionnelles paysannes, services techniques de développement et centres de recherche agronomique, a indiqué le directeur scientifique de l’IER, le Dr Bourama Dembélé. Cela dénote, souligne le directeur scientifique, l’intérêt que portent à la rencontre de Bamako, des scientifiques qui n’ont pas hésité à payer, comme d’autres, leur participation soit 400 dollars (180.000 Fcfa) par personne. La rencontre de Bamako s’impose donc comme un événement scientifique majeur dans le domaine de la recherche rizicole. Elle a permis à nos chercheurs de se frotter à leurs homologues d’autres pays dans des discussions scientifiques de très haute facture.