Le chef de l’État a cité les trois défis principaux que l’Afrique est appelée à relever durant les cinquante années à venir : ressources humaines compétentes, sécurité alimentaire et sécurité tout court
Les nombreux chefs d’État étrangers qui ont participé au défilé militaire tchadien mardi dernier à l’occasion des festivités du cinquantenaire du pays ont été impressionnés par les nouveaux armements exhibés sur la Place du cinquantenaire où culmine un géant monument de 50 m. Il s’agit entre autres de chars blindés, de véhicules de transport, d’hélicoptères de combat, de chasseurs bombardiers, d’avions de surveillance ou de reconnaissance. Ces armements de pointe font aujourd’hui la fierté de tous les Tchadiens qui ont souffert ces dernières années (et depuis longtemps) des crises, des guerres civiles, des conflits fratricides. En bon soldat, le président Amadou Toumani Touré a apprécié le défilé militaire tchadien. "La fête a été parfaitement belle. On a assisté à un défilé militaire particulièrement puissant, martial, solide. Avec des engins nouveaux et de pointe. J’ai vu un Tchad qui dispose aujourd’hui d’une armée bien équipée et bien organisée", a-t-il commenté. Le chef de l’État estime qu’un État fort doit être bien armé. Tout comme un État neutre doit avoir les moyens (militaires) de défendre sa neutralité. "Je pense que si vous n’avez pas les moyens, ceux qui en ont vont imposer leur manière de voir et de faire. Je pense aussi qu’une armée (forte) n’est plus un luxe pour notre continent, c’est une nécessité impérieuse", a déclaré le chef de l’État avant d’insister sur un constat d’une évidence incontestable : on ne peut pas développer un État fort sans la paix et la sécurité. Le président Touré a aussi admiré l’élan économique du Tchad symbolisé aujourd’hui par la modernisation de la capitale N’Djamena. "Il y a quelques années, je suis venu à la conférence nationale du Tchad, partout dans la ville de N’Djamena, les murs étaient criblés de balles. En revenant une dizaine d’années après, j’ai vu un Tchad qui se lève et qui se construit. Partout on a fait des ponts, des routes, des écoles, des centres de santé. Je pense que le Tchad a une vision, mais aussi les moyens. Je crois que les ressources générées par le pétrole ont donné une impulsion tout à fait souhaitable dans le cadre du développement de ce pays. II ne faut pas également oublier que le Tchad sort de 30 à 40 ans de guerre", a-t-il souligné. Pour les cinquante années à venir, juge le chef de l’État, l’Afrique doit relever trois défis : des ressources humaines compétentes, la sécurité alimentaire et la sécurité tout court. "Pour l’ensemble de nos États, il y a un déficit de ressources humaines. Je pense que pour relever ce défi, il faut beaucoup investir dans l’éducation et dans l’enseignement. Un autre défi à relever est la sécurité alimentaire. Tout développement doit tenir compte aujourd’hui non seulement du boom démographique, mais aussi de la fluctuation des prix des produits alimentaires. Le troisième défi à relever est le défi de la sécurité. Je pense qu’aujourd’hui, nulle part dans le monde, on n’est à l’abri", a-t-il estimé en faisant allusion aux amalgames sur la bande sahélo-saharienne. Le président de la République avait à l’entame de son interview remercié son homologue Idriss Déby Itno et salué la coopération fraternelle et amicale qui existe entre le Mali et le Tchad. A la fin du défilé militaire, Amadou Toumani Touré s’est rapidement entretenu avec Alain Juppé, le ministre français de la défense. Les deux personnalités auraient évoqué l’assassinat des deux ressortissants français au Niger par des présumés terroristes.
Envoyé spécial
M. KEITA