Le béton et le bitume poussent plus vite que les arbres dans la capitale et alentours
A force de déboiser, la ville de Bamako ne manquera-t-elle pas d’oxygène un jour ? La question peut être posée dans un contexte où le climat change et avec lui tout l’environnement. Dans un passé pas encore lointain, notre capitale était une ville verdoyante. Elle l’est encore mais son couvert végétal a perdu de sa luxuriance. Nombre de grands caïlcédrats hérités de la colonisation ont été coupés pour des besoins d’aménagement urbain (au square Lumumba par exemple) ou terrassés par les vents violents des hivernages. Le nouveau quartier des affaires de l’ACI 2000, par exemple, a été bâti sur une aire dont une partie très boisée jouxtait l’ancienne zone aéroportuaire de la capitale. Des arbres géants occupaient toute la façade nord de cet aéroport et, s’alignaient le long de la route qui mène à Lafiabougou, actuelle avenue Cheick Zayed. Un peu plus loin, adossée au quartier de Lafiabougou, une ferme expérimentale développait une foule de variétés d’arbres fruitiers. Ce tapis vert contribuait à maintenir l’équilibre d’un écosystème aujourd’hui en péril. Les arbres ont, en effet, été abattus. À leur emplacement ont poussé, serrés les uns contre les autres, des immeubles et des autoroutes. Béton et bitume dégagent beaucoup de chaleur sous l’action conjuguée du reflet du soleil et des gaz d’échappement des autos. Le constat est identique dans la zone de Sotuba. Légèrement marécageuse, celle-ci était occupée par les fermes d’expérimentation de la recherche agronomique. Les installations abritaient de grands caïlcédrats et diverses espèces végétales sauvages. Vergers et jardins maraîchers parsemaient l’endroit. De grandes superficies étaient conservées à l’état semi sauvage préservant les abris de plusieurs petites espèces d’animaux sauvages, de reptiles et d’oiseaux. Ce vaste domaine participait vigoureusement à « l’oxygénation » de la ville de Bamako et de ses environnants. Aujourd’hui, l’urbanisation a dévoré la plaine, l’a découpée en parcelles et y a érigé villas particulières, bureaux et commerces. Même les forêts classées de Koulouba, de Tienfala, celles de la Faya et du Mandé qui entourent la capitale d’un écrin protecteur, ne sont plus ce qu’elles étaient. Hormis Koulouba protégé par sa proximité avec les centres de pouvoir et de répression, les autres forêts sont hachées menu pour produire bois de chauffe, charbon, cultures. Mais rien ne sert de pleurer sur l’avancée inexorable des villes car l’urbanisation ne signifie pas forcément désertification. Un aménagement urbain bien pensé prévoira des « poumons » pour la cité, préservera des espaces verts, commandera des plantations d’arbres d’essences étudiées. C’est là où le bât blesse à Bamako. Les arbres coupés sont trop peu souvent remplacés et les nouveaux lotissements ne sont pas systématiquement boisés. À l’ACI 2000, par exemple, une bande verte est prévue pour relier la route de Djikoroni-Para à l’ancienne piste aérienne ou l’Avenue du Mali. Exception faite de quelques caïlcédrats, pins ou eucalyptus plantés par les paysagistes, l’hôtel Nord Sud et la Banque malienne de solidarité, la bande reste largement vierge. A la mairie du District, le directeur de la Cellule technique d’appuis aux communes (CTAC), Oumar Konaté, souligne l’ampleur d’un problème qui dépasse les compétences de la mairie. Celle-ci intervient cependant dans l’aménagement de certains sites réservés aux espaces verts. Le conseil du District a ainsi approuvé une série de projets d’aménagement de jardins au niveau des échangeurs qui jalonnent l’avenue de l’OUA, la route de l’aéroport et le flanc de la colline de Badalabougou. Ces jardins publics, aménagés sous forme de promenade, sont destinés à changer le visage de la capitale, pour le rendre plus coquet et plus attrayant avant le démarrage des festivités du cinquantenaire. Déjà, les maquettes de tous ces projets sont disponibles à la CTAC. Les autorités municipales bamakoises ambitionnent aussi de réhabiliter les jardins dégradés de la capitale. Louable intention, mais la mairie manque de ressources pour payer les factures de l’eau destinée à l’arrosage des parterres. Ces impayés ont déjà contraint la société Energie du Mali à couper le robinet de plusieurs jardins, notamment au "Rail Da" et en face de l’ex-ENA, etc. La mairie du District envisage aujourd’hui, d’effectuer des forages dans certains jardins. Coût estimatif de l’opération : 200 millions de Fcfa. Pour donner un ordre de grandeur afin de juger de l’ampleur de la dépense, on peut noter que l’ensemble du budget d’assainissement de la mairie tient dans une modique enveloppe de 200 millions de Fcfa destinée à l’entretien et aux investissements. En fait, pour la mobilisation des ressources nécessaires à l’aménagement et l’entretien des espaces verts et à l’assainissement de la ville, la mairie compte sur des subventions gouvernementales, comme c’est le cas ailleurs. Mais l’argent n’est pas tout. Oumar Konaté a ainsi déploré la multiplicité et le manque de synergie entre les différents intervenants dans le domaine de l’aménagement et de l’entretien des ouvrages collectifs, comme les routes, les caniveaux, etc. Il a également insisté sur la nécessaire refonte des textes, régissant le District. Les décisions du maire du District, constate-t-il, se heurtent souvent au refus des maires des différentes communes de la capitale.