Les problèmes environnementaux de la capitale se multiplient, au rythme de l’élargissement engendré par le poids démographique découlant de la migration
Ces dernières années Bamako à l’instar des villes du Mali a connu une urbanisation galopante. La ville se heurte à une invasion massive et étouffante des déchets plastiques et diverses ordures. Le déversement des eaux usées dans les rues et l’insuffisance de la canalisation des eaux pluviales souillent gravement le milieu de vie des citadins. Ces problèmes environnementaux ont atteint leur paroxysme. Les solutions exigent une décision politique soutenue, un engagement collectif et l’application des mesures réglementaires en vigueur. La capitale éradiquera alors les incalculables menaces qui pèsent sur la santé publique des Bamakois . L’avènement de la démocratie couronnée par la décentralisation a été vivement salué comme une politique alternative susceptible de donner une réponse au phénomène de la pollution urbaine débridée. La compétence conférée aux collectivités décentralisées du District est un atout majeur. Malheureusement, les actions menées jusqu’ici ne sont pas à la hauteur des attentes. Les problèmes environnementaux croissent à l’exponentielle au vu et au su de tous. Les défis sont nombreux et des interrogations fusent sur l’existence d’une politique cohérente et soutenue de gestion de l’environnement à Bamako. Existe-t-il à présent une politique d’assainissement de la ville de Bamako ? Quels sont les services chargés de la mise en œuvre de cette politique ? Quelles sont les difficultés liées à l’assainissement de la ville de Bamako ? Que faut-il pour faire de Bamako une ville coquette ? De l’indépendance à nos jours, les pouvoirs politiques, qui se sont succédés dans le temps et dans l’espace, ont tous adopté une stratégie de gestion des déchets solides, liquides et des eaux pluviales de Bamako. Selon des témoins, les autorités de la première république ont su gérer les déchets ménagers par un système des cuves tractées. De même, les autorités de la deuxième République ont joué leur partition pour trouver une réponse définitive. A partir des années 1991, la ville a enregistré le maximum de migrants. Ces vagues venues d’horizons divers, combinées à l’accroissement démographique ont exercé une pression énorme sur les espaces périphériques de la ville, les ravins des cours d’eaux. Ces débordements ont engendré la création des quartiers spontanés appelés bidonvilles. Ils sont en déphasage avec les normes internationales d’urbanisation. Face à cette situation anarchique créée au forceps par la pression humaine, les nouvelles autorités administratives de la ville des « trois caïmans » devaient trouver une réponse satisfaisante à l’insalubrité galopante. Il devenait urgent de trouver des alternatives d’adaptation à la nouvelle donne du climat. Malheureusement les Bamakois sont obligés de s’adapter à cette situation d’insalubrité qui n’évolue guère. Les résidents payent un lourd tribut au plan moral, physique et économique. Personne ne souhaite cohabiter au quotidien avec des insectes nuisibles, des odeurs nauséabondes, des nuées de poussières. Quel calvaire que de vivre dans une capitale parsemée de zones submergées par la fumée âcre qui se dégage des ordures et des déchets plastiques brûlés. Les inondations perlées en saison des pluies causent chaque année des dégâts matériels immenses. Comme on le voit les obstacles à l’assainissement urbain de la capitale malienne sont multiples et variés. Ils vont de l’étendue de la ville estimée à plus de 25 milles hectares, au manque d’éducation environnementale de la majorité des résidents. D’où la nécessité d’un budget conséquent et d’une décision politique ferme et soutenue pour faire de Bamako une ville coquette et moderne. De ce fait, la décentralisation a offert à la ville des opportunités énormes pour réussir ce pari. Il s’agit des structures de gestions et des services de contrôle et des ONG et une société civile plus ou moins organisée. Selon Drissa Traoré, chef de division, étude, planification et statistique à la Direction nationale de l’Environnement et de la Pollution des nuisances (DNACPN) Bamako n’a pas une politique d’assainissement spécifique. La stratégie actuelle de gestion des déchets solides et liquides est inclue dans la politique nationale d’assainissement. Cette stratégie a été définie par une étude élaborée en 2001 et adoptée par le conseil des ministres du 25 juin 2003. Elle a été élaborée pour un coût de 300 millions Fcfa avec l’appui de la Banque mondiale. La stratégie avait dégagé un schéma d’assainissement et de gestion des déchets solides. A cet effet, les travaux d’assainissements sont pilotés par trois catégories de services. Il s’agit des services de l’Etat : la directions régionale de l’Environnement avec des antennes dans toutes les communes, la direction nationale de l’Environnement et de la Pollution des nuisances. Au niveau communal se trouve la mairie du District à travers la cellule technique d’appui aux collectivités ; les mairies des communes. A la base de la pyramide se situent les groupements d’intérêts économiques (GIE) et les associations de la société civile.
150 DEPOTS DE TRANSFERT. La stratégie de gestion des déchets solides ou des eaux usées, explique Drissa Traoré, s’effectue dans une chaîne de trois phases. La pré collecte, la collecte et le dépôt final. La stratégie avait prévu, dans sa mise en œuvre, l’installation d’un système de poubelles normalisées devant tous les ménages. Les GIE devaient faire le tour des quartiers en les vidant de leur contenu pour les déposer au niveau des dépôts de transit. A cet effet la mairie du District à travers la direction des services d’assainissement de la voirie devait prendre le relais, à partir des dépôts de transits et les évacuer en dehors de la ville au dépôt final. Actuellement la collecte se fait au niveau des dépôts de transit et à la décharge finale par les bennes de la voirie municipale. Ainsi, le schéma avait prévu la création de 120 dépôts de transit, soit vingt par commune. Il était prévu la création et l’aménagement de quatre sites de décharges finales autour de Bamako. Les communes I et II devaient transporter les ordures à Noumoubougou. La commune III et IV à Samako posture. La commune V à Ngouana et la commune VI à Dilakorobougou. Malheureusement c’est le seul site de Noumoubougou qui est en cours d’aménagement. Par ailleurs une équipe d’enquête de la DNACPN a, en 2003, recensé dans les six communes, seulement 28 dépôts de transit. Ce chiffre est insuffisant pour couvrir les besoins de la ville. Il avait été décidé que les ordures ne devaient restées plus de quarante huit heures dans les dépôts sans être évacuées. Malheureusement la quantité d’ordures produite à Bamako dépassent les capacités d’évacuation de la voirie, faute de moyens d’action adéquate, a déploré Seydou Traoré. L’augmentation de la population de la capitale a eu pour conséquence de changer brusquement la vocation des sites désignés. A cet effet, Drissa Traoré estime que pour réussir cette mission de gestion des ordures il faut au minimum 150 dépôts de transfert ou de transit. Chaque quartier doit avoir, au minimum, un dépôt.
FAUTE D’ENTRETIEN. La stratégie de gestion en vigueur des déchets liquides, selon le responsable de la DNACPN repose sur le système des égouts domestiques. Au cours de la période coloniale existait un réseau appelé le réseau classique C. Il collectait les eaux usées de la ville. Ce réseau partait du Lycée des jeunes filles (aujourd’hui lycée Bâ Aminata Diallo) en passant par le ministère de l’Equipement et des Transports, l’immeuble Sahel vert. Il aboutissait à un système de traitement. Les eaux de ruissellement étaient traitées avant d’être déversées dans le fleuve. Ce système a été renforcé par l’installation des tuyaux PVC dans les quartiers. La première expérience a été testée à Banconi Flabougou en commune I, où 12 kilomètres avaient été réalisés. Puis arrivera le tour de Baco Djicoroni en commune V avec la réalisation de 25 km de réseau de drainage des eaux de ménage. Cependant, aux dires des experts, le réseau ne fonctionne plus normalement de nos jours, faute d’entretien . Il existe trois types de déchets liquides : les domestiques, les déchets industrielles et les déchets artisanaux issus de la teinturerie. L’évacuation de chaque type de déchets a besoin d’un type d’ouvrage spécifique. De fait, les eaux usées industrielles sont traitées par une station d’épuration en zone industrielle. La gestion des eaux usées des ménages est axée sur le système des égouts. Les réflexions sont en cours pour créer des ouvrages adéquats et organiser les teinturières. Les eaux pluviales sont drainées par les caniveaux. Elles se déversent dans les collecteurs qui relient les quartiers aux marigots et jusqu’au fleuve. Ce réseau est composé de caniveaux secondaires et tertiaires suivant leurs dimensions. La stratégie avait prévu leur aménagement à l’exemple du collecteur de Diafarana Ko en commune III. L’entretien de ce réseau de drainage des eaux pluviales relève de la mairie du District. Les difficultés de gestion des eaux pluviales de la ville de Bamako sont imputables à la création des quartiers spontanés. Ils ont surgi en violation des normes dictées par le schéma directeur d’aménagement d’urbanisme. Certes la ville se situe dans une zone à relief accidenté, cependant, il convient de noter que les mesures dictées dans le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme ne sont pas respectées. Les caniveaux créés dans les quartiers ont presque changé de vocation, les citoyens y déversent les eaux de ménage et des ordures solides. Cet acte incivique des citadins demeure la trame du problème insoluble de gestion des eaux pluviales. Quant au brûlage des ordures, la loi 01020/PRM du 30 mai 2001 relative aux pollutions et des nuisances détermine les catégories de déchets et dicte les conditions de brûlage. Le décret n°0387/PRM de 2001 régie des polluants de l’atmosphère. De ce fait le brûlage des ordures et des actes susceptibles de polluer l’atmosphère est prohibé. La pléthore des décideurs st un handicap sérieux pour la gestion correcte des ordures urbaines et de l’environnement à Bamako. La mairie du District, les maires sont tous autonomes. Le spécialiste Drissa Traoré a estimé que la stratégie actuelle mérite d’être revue en vue de répondre aux attentes de la population. L’évaluation devrait permettre de situer les forces, les faiblesses et cerner les défis. Le schéma de mise en œuvre effective s’est buté à un manque de ressources financières. Le responsable de la DNACPN a mis l’accent sur l’application des lois en vigueur. Aussi, mise-t-il sur une large sensibilisation et une participation effective de la population pour venir à bout de ce goulot d’étranglement qui gangrène la capitale. Le directeur général de la Cellule technique d’appui aux collectivités (CTAC), Oumar Konaté, a soutenu que dans la logique de la mise en œuvre du schéma, des sites avaient été identifiés et immatriculés. Mais la mairie du district n’a pas pu se procurer les titres fonciers. Il a indiqué que ces sites seront utilisés à d’autres fins par les collectivités du District. Oumar Konaté estime qu’il faut environ trois milliards de CFA, pour réussir la mission d’assainissement de la ville de Bamako. Le budget actuel est d’environ deux milliards CFA. Les techniciens fondent beaucoup d’espoir sur le dépôt de Baco Djicoroni. Il contribuera à apporter une réponse satisfaisante à la gestion des ordures solides à Bamako.
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Lutte contre les pesticides obsolètes : LEs bons résultats de pan-Mali
Le réseau PAN-Mali (Pesticide action network Mali) à initié jeudi au centre Aoua Keïta une journée d’échange à l’intention de ses ONG membres et de la presse. L’organisation de cette journée s’inscrit dans le cadre du code de conduite que s’est assigné le réseau pour rendre compte à ses membres. La rencontre a fait le bilan des activités réalisées en 2011. Les travaux étaient présidés par le coordinateur de PAN-Mali, Yakouba Diarra. Les représentants des ONG membres dudit réseau ont participé aux travaux. Les participants ont passé en revue les préoccupations de leur réseau. Ils ont dégagé de nouvelles stratégies pour permettre au réseau d’atteindre ces objectifs. Ils concernent l’échange d’informations sur la situation en matière de pesticides dans notre pays. Une place de choix est également donnée aux séances de sensibilisation sur les dangers liés aux stocks de pesticides obsolètes. Le réseau doit surtout sensibiliser et informer sur la problématique de la gestion des stocks de pesticides obsolètes (inventaire, collecte, transport, élimination). En parlant des activités effectuées cette année, le coordinateur du PAN-Mali, Yacouba Diarra, dira que cette année a été riche en évènements pour le réseau. Plusieurs sessions de formation ont été organisées à l’intention de ses membres. Les producteurs de l’ensemble du pays ont appris la gestion rationnelle des pesticides et le monitoring communautaire de l’impact des pesticides sur la santé et l’environnement (MCIP). L’année 2011 a vu le projet DFID qui s’est achevé en fin 2011. Il a contribué à l’amélioration de la santé et du cadre de vie des populations de Diakorola-Diaka, Kaboïl, Coulibalibougou, à travers le MCIP. Le programme de la journée comprenait la formation de sept relais et deux ONG membres de PAN-MALI sur le monitoring. Le projet a renforcé les capacités de 60 producteurs sur les outils de monitoring. Pendant neuf mois des informations ont été collectées sur l’impact des pesticides sur la santé et l’environnement, à travers l’administration de 1440 guides d’entretien. Pour l’atteinte des objectifs une campagne de sensibilisation sur les effets des pesticides a été initiée.L’exercice qui vient de s’écouler a été couronné par la signature de protocole entre le PASP-MALI et PAN-Mali. Le document précise les conditions de réalisation et de financement des activités de PAN-Mali inscrites dans le PETF 2011 du PASP-Mali. Il définit les relations entre la CC-PASP-Mali et la Coordination de PAN-Mali. Le projet SAICM a renforcé les capacités de 30 producteurs et facilitateurs sur les outils de MCIP. Les participants ont amélioré leurs connaissances sur la gestion des pesticides. Dans la quête de trouver une solution durable à la problématique des pesticides au Mali, le réseau a participé à plusieurs rencontres sous-régionales. PAN-Mali a participé à l’élaboration de la stratégie de gestion communautaire des emballages vides de pesticides à Kita et Koutiala. Une enquête a été menée dans la 3è région dans le cadre du monitoring communautaire. Le programme d’appui agro-écologique, a doté trois groupements de femmes de Kénédougou en matériels de compostage. Ces paysannes ont été formées aux techniques de compostage. Les formations pratiques en GIPD sur le terrain sont considérées comme une activité phare cette année. Les ONG membre du réseau ont été formés pour suivre en toute indépendance les opérations d’élimination des stocks de pesticides obsolètes et de déchets apparentés. L’élaboration de deux guides sur la gestion des pesticides au Mali va accroître les performances enregistrées sur le terrain. D’usage facile, les deux guides contribuent à l’amélioration de la gestion des pesticides et à la réduction des risques y afférents. Ces documents sont des outils de formation, de sensibilisation des utilisateurs et des vendeurs. Ils acquièrent des bonnes pratiques à adopter et évitent les mauvaises. Yacouba Diarra s’est réjoui des résultats que notre pays a enregistrés dans sa croisade contre les pesticides. Cependant, la quantité totale de stocks de pesticides obsolètes et déchets apparentés reste toujours préoccupante dans notre pays. Elle est évaluée à près de 1100 tonnes réparties sur plus de 230 sites à travers le pays. Il est urgent, selon le coordinateur de PAN-Mali d’accentuer les actions de communication tout azimut, d’information, de sensibilisation et même de suivi. PAN-Mali va renforcer ses activités de sensibilisation, d’information, de formation et de plaidoyer en 2012. La gestion des pesticides obsolètes sera bientôt une réalité dans notre pays.
M. A. Traoré