La localité compte 65 centres d’alphabétisation qui ont permis à 1256 adultes d’acquérir des compétences de vie et de savoir lire, écrire et calculer en Soninké, Fulfuldé et Bamanan
La communauté internationale célèbre aujourd’hui, 8 septembre, la Journée internationale de l’alphabétisation. Dans notre pays l’événement sera marqué par de nombreuses activités. C’est Yélimané dans la région de Kayes qui a abrité, samedi, le lancement des activités commémoratives de la journée. Le thème retenu cette année par notre pays est : "50 ans d’alphabétisation au Mali : bilan et perspectives". L’événement a regroupé autour du ministre de l’Éducation, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Salikou Sanogo, le directeur de cabinet du gouverneur de la région de Kayes, Kama Kané, le directeur du Centre national des ressources pour l’éducation non formelle, Nouhoum Diakité. Les responsables administratifs, communaux et scolaires de Kayes et Yélimané, nombre de cadres du département de l’éducation et des responsables des syndicats de l’enseignement étaient également présents. Le choix de Yélimané pour abriter cet événement relève de la volonté du département de l’Education de décentraliser la commémoration de la journée de l’alphabétisation, mais surtout de donner plus de visibilité aux efforts menés dans le cercle de Yélimané et dans la région de Kayes en terme de valorisation de la scolarisation des adultes. Depuis, les premières années de l’indépendance, la région de Kayes a intégré la mise en oeuvre des programmes nationaux et sectoriels d’alphabétisation. Ces programmes ont été marqués notamment par les slogans "apprendre à lire et à écrire" pendant les années 60-70, puis "apprendre pour mieux produire" et à partir des années 90, "apprendre pour mieux s’organiser" Cependant, malgré les résultats satisfaisants obtenus, les centres d’alphabétisation fonctionnelle (CAF) ont connu un essor en dents de scie. Ainsi en 1979, considérée comme année phare dans la promotion de l’alphabétisation dans la région, la région de Kayes comptait 775 centres d’alphabétisation fonctionnelle pour 23 250 auditeurs encadrés par 1 550 animateurs. Ces chiffres ont malheureusement reculé suite à l’arrêt des activités d’alphabétisation de structures impliquées comme l’Opération arachide et cultures vivrières (OACV). A partir de 1983, l’alphabétisation a refait surface et le nombre des centres d’alphabétisation a considérablement augmenté grâce à l’apport des opérations de développement rural notamment l’Office de développement intégré pour la production arachidière et céréalière (ODIPAC) et l’Opération de développement intégré du Kaarta (ODIK), a expliqué le directeur de cabinet Kama Kané. De 1990 à nos jours, la région se trouve dans une nouvelle dynamique d’alphabétisation qui prend en compte l’éducation des enfants non scolarisés et déscolarisés précoces. Ces enfants sont reçus dans les centres d’éducation pour le développement (CED) fonctionnels dans les communes. La région de Kayes compte aujourd’hui 305 centres d’alphabétisation fonctionnelle pour 305 animateurs dont 48 femmes. Ces centres encadrent 9 926 auditeurs dont 4 479 femmes. Les néo-alphabètes sont au nombre de 3 127 dont 1 410 femmes. Les 151 centres d’éducation pour le développement repartis dans la région sont animés par 151 éducateurs dont 18 femmes pour 3 097 apprenants dont 1 219 filles. Ces centres comptent 1 403 finalistes dont 617 filles. Aussi, les thèmes de post-alphabétisation destinés aux écrivains villageois sur les domaines comme la gestion, l’hygiène du milieu ont contribué à l’émergence d’un environnement lettré dans beaucoup de villages, s’est félicité Kama Kané. Sa région, notera-t-il, fonde espoir sur l’avenir de l’alphabétisation conformément aux recommandations de la Conférence régionale africaine sur l’alphabétisation tenue à Bamako en septembre 2007. Un programme vigoureux d’alphabétisation et de promotion des langues nationales a permis l’alphabétisation de plusieurs députés et élus locaux et leur sensibilisation à la promotion de l’éducation non formelle. Le cercle de Yélimané s’inscrit dans cette dynamique d’alphabétisation. La localité compte 65 centres d’alphabétisation qui ont permis à 1256 adultes d’acquérir des compétences de vie et de savoir lire, écrire et calculer dans les trois langues que sont le Soninké, le Fulfuldé et le Bamanan. Parmi les projets qui ont contribué à valoriser l’alphabétisation dans la localité figurent le projet Alpha Fandeema/Unicef, le projet Croix rouge/Fandeema, le programme Paddy, le projet alphabétisation (FAD IV) et le programme vigoureux d’alphabétisation de l’Ong ADR qui intervient dans 10 villages et qui va bientôt s’étendre à 50 villages. Cependant, le curriculum de l’enseignement fondamental qui s’inscrit dans la valorisation de nos langues nationales ne couvre seulement que 13 écoles en raison du manque d’enseignants locuteurs soninké, a expliqué le maire de Yélimané, Kandé Doucouré.
******* UN BILAN POSITIF MAIS AUSSI DES DÉFIS
Le lancement des activités commémoratives de la Journée internationale de l’alphabétisation à Yélimané a été l’occasion pour le ministre de l’Éducation, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Salikou Sanogo, de tracer le chemin parcouru ainsi que les défis futurs pour notre pays en matière d’alphabétisation. Le Mali fait partie des pays retenus en 1965 par le Programme expérimental mondial d’alphabétisation (PEMA) initié par l’Unesco. Prévu pour 4 ans, ce programme a concerné environ 23 000 personnes. A ces résultats encourageants se sont greffés plusieurs projets et programmes qui ont pris en compte le facteur de l’alphabétisation comme moyen de formation. C’est le cas de l’ODIPAC, l’OACV, l’ODIK, la CMDT, l’OHVN où les formations ont permis d’inculquer les connaissances instrumentales de base en lecture, écriture et calcul aux producteurs néo-alphabètes et d’assurer le transfert de compétences et de responsabilités. L’alphabétisation est ainsi liée aux activités des apprenants d’où son caractère fonctionnel. Des projets d’alphabétisation fonctionnelle "Apprendre pour produire" de l’Unesco au Projet ACDI "Apprendre pour mieux gérer", à l’insertion des volets d’alphabétisation au sein des opérations de développement rural (ODR), en passant par les actions d’alphabétisation des ONG, les intervenants ont été nombreux et les moyens investis très conséquents pour aider notre pays dans la lutte contre l’ignorance, a expliqué le ministre Salikou Sanogo. Le bilan de l’alphabétisation est aujourd’hui riche sur le double plan quantitatif et qualitatif. Son champ couvre de plus en plus les publics cibles des villes et des campagnes pour répondre à la demande croissante de qualification des ressources humaines pour les besoins de développement, a indiqué le ministre. En 50 ans notre pays a nourri et continue de nourrir beaucoup d’ambition et d’espoir pour faire face aux défis de la lutte contre le fléau de l’analphabétisme. La décentralisation nécessite de développer la formation et l’insertion socioprofessionnelle des néo-alphabètes. De même, la politique nationale de l’éducation non formelle encourage l’ouverture d’une filière de formation des cadres supérieurs de l’alphabétisation à l’Université pour mieux répondre à la demande de formation. La valorisation de la fonction d’alphabétiseur, à travers un plan de carrière des formateurs éducateurs, des animateurs, et la promotion des langues nationales sont aussi un axe majeur de cette politique. Dans le cadre de la rénovation et du développement du matériel didactique, les livrets et les guides d’alphabétisation ont été revus dans 11 langues nationales pour prendre en compte la dimension de la vie courante. Le renforcement des capacités et le transfert de compétences et de responsabilités sont également pris en compte, a assuré le ministre Sanogo qui a promis que notre pays veillera à consolider et accroitre ces acquis. B.C.