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PostHeaderIcon Agrégation : PALES COPIES ?

Les agrégés du CAMES voient en l’agrégation par la voie nationale un diplôme au rabais. Le camp « adverse » leur reproche leur mandarinat

Agrégation : PALES COPIES ?

Ce n’est pas encore un conflit ouvert, mais cela pourrait le devenir. La nomination des enseignants au grade de professeur agrégé sur des dossiers présentés à la Commission nationale d’établissement des listes d’aptitudes (CNELA) au niveau national est à l’origine d’un malaise installé à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odonto stomatologie (FMPOS). Les professeurs agrégés admis au grade par voie de concours au niveau du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) émettent de sérieuses réserves sur la compétence des agrégés de la "filière domestique". Tous les deux ans le CAMES organise un concours d’agrégation en santé humaine, pharmacie et odonto stomatologie, en médecine vétérinaire et productions animales. Le candidat au précieux sésame doit justifier de 25 publications scientifiques dans des revues spécialisées. Son dossier est ensuite soumis au CAMES. Il est par la suite évalué dans trois épreuves. Le candidat prépare une leçon pendant cinq heures sur une maladie tirée au sort. Une fois cet obstacle franchi, il est soumis à l’épreuve finale dite épreuve "maladie". Dans ce cas, il est envoyé dans un hôpital où le dossier d’un malade lui est confié. Il doit examiner ce patient et poser le diagnostic en quelques minutes. Le jury tient compte de la richesse scientifique et de l’éloquence avant de proclamer les résultats définitifs par ordre de mérite. Mais dans la nomination sur titre, le candidat ne se présente pas physiquement devant un jury. Il envoie à la CNELA les dossiers qui sont étudiés par des comités spécialisés. La commission nationale statue pour octroyer le grade de maître de conférence agrégé. Lequel sera confirmé par un arrêté du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Les puristes dénoncent cette démarche qui souffre, de leur point de vue, de nombreuses lacunes et complaisances. Pour un professeur, les enseignants maliens doivent accepter de se mesurer à leurs confrères d’ailleurs à travers le concours du CAMES. Cela est d’autant plus important que le professorat local n’est pas reconnu par le conseil. Le Pr Mamadou Koumaré, un enseignant à la FMPOS qui a fait valoir ses droits à la retraite, fustige aussi les grades acquis hors CAMES. Pour lui toute démarche autre que celle qui est prescrite par cette institution cultiverait la médiocrité. Notre interlocuteur souligne au passage la nécessité pour notre pays d’opter pour des dispositions et normes à caractère sous-régional comme celles qui sont prônées par le CAMES. Il estime pour sa part que le différend actuel aurait pu être aplani dans le dialogue. Pour cet autre agrégé du CAMES du centre hospitalier universitaire du Point G qui a requis l’anonymat, l’agrégation en médecine requiert, en plus du cursus universitaire, de la rigueur scientifique mais aussi un savoir-faire, c’est-à-dire une pédagogie d’enseignement. Ces atouts sont indispensables pour passer professeur agrégé dans n’importe quelle discipline médicale. Les défenseurs de la promotion par la voie nationale, eux, dénoncent le mandarinat qui entoure l’agrégation du CAMES. Ils accusent les professeurs titulaires d’être des obstacles à leurs candidatures voire à leur admission au concours d’agrégation. Un professeur, enseignant à la Faculté de médecine et promu par la voie nationale, explique ainsi que le candidat du CAMES doit faire la cour aux professeurs de la sous-région pour bénéficier de leur protection et de leur bénédiction pour réussir son examen. Un autre de ses collègues abonde dans le même sens tout fustigeant l’égoïsme des agrégés du CAMES. Le Pr Anatole Tounkara, doyen de la FMPOS, juge le différend inopportun dès lors que lui-même est un produit des deux systèmes. Il a été admis au concours du CAMES avant de l’être sur titre par la CNELA. Mais ce statut ne lui donne pas plus de privilège que les admis par voie de concours ou sur titre. La promotion par la voie nationale est, juge-t-il, une question de souveraineté. C’est l’État qui a décidé de donner le grade d’agrégé à certaines compétences. Cela ne devrait pas donner lieu à un conflit entre enseignants. Cette situation conflictuelle nuit à la bonne marche de l’enseignement à la Faculté. Le Pr Flabou Bougoudogo, enseignant à la Faculté de médecine et directeur général de l’Institut national de recherche en santé publique (INRSP), est du même avis. Il faut selon lui dépasser les mesquineries et tout ce qui peut diviser les enseignants de la Faculté. Selon lui aller à l’écoute des aînés de la sous-région ne saurait être assimilé à un quelconque mandarinat. La motivation première est la recherche de conseils auprès de ces professeurs émérites. Sans condamner ouvertement la procédure de nomination par la voie nationale, le Pr Flabou Bougoudogo pense qu’il faut concilier les positions. Il y a la voie nationale matérialisée par des textes et la voie du CAMES : les deux ne sont pas incompatibles. En outre, les agrégés du CAMES et les promus sur titre ont les mêmes avantages. Le CAMES ne reconnaît cependant pas les agrégés sur titre. Ils ne peuvent donc pas enseigner dans les pays membres du conseil. Mais toute règle a son exception. L’enseignement ne saurait se soustraire de cette vérité. Un émérite professeur du DER de santé publique dont les travaux scientifiques sont reconnus un peu partout en Angleterre et aux États-Unis et dans d’autres pays africains est, peut-être, cette exception. Ce brillant scientifique a été promu par une filière domestique.