mardi 27 juin 2017

28è sommet de l’Union Africaine : dossiers volumineux sur la table

Réunis à Addis Abeba depuis ce matin pour le grand rendez-vous annuel de l’organisation panafricaine, les dirigeants africains devront notamment élire un nouveau président de la Commission, examiner les dossiers du financement, de la réadmission du Maroc et du retrait collectif de la CPI

Les dirigeants africains sont réunis dans la capitale éthiopienne où s’ouvre ce matin le 28è sommet de l’Union africaine. Le Premier ministre Modibo Keita qui est arrivé vendredi après-midi, représente le président de la République Ibrahim Boubacar Keita. Addis Abeba vit depuis quelques jours déjà au rythme du ballet des cortèges officiels roulant à vive allure, sirènes hurlantes. Les embouteillages monstres ne semblent pas indisposés les Ethiopiens, habitués à recevoir, au moins une fois par an, l’Afrique toute entière.
Dans l’immense cour de l’Union africaine, trône majestueusement la coupole géante de verre et de marbre qui abrite les bureaux de la Commission et les multiples salles de conférences dont l’une porte le nom de l’ancien président malien Alpha Oumar Konaré, le maître d’œuvre de cet imposant siège quand il présidait aux destinées de la Commission.
En attendant l’ouverture de la grand’messe aujourd’hui, les dirigeants africains se sont réunis samedi pour insuffler un second souffle au MAEP (voir article ci-dessus)  et dimanche pour examiner au cours d’une séance appelée « Retraite » le document élaboré sous la houlette du président rwandais, Paul Kagamé, sur la réforme de l’Union africaine.
Ce document donne des pistes pour trouver des solutions au problème du financement de l’Union africaine. Parmi les mesures préconisées par l’équipe d’experts conduite par l’ancien président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, il y a l’instauration d’une taxe de 0,2% sur toutes les importations éligibles en Afrique. Toujours dans le domaine économique, la commission a produit un rapport sur l’instauration d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEC) qui mettra en place un mécanisme pour éliminer les barrières non commerciales en Afrique.
Hier matin, les chefs d’Etat et de gouvernement ont eu un petit déjeuner de travail avec le tout nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutierres. La presse a été tenue à l’écart de cet événement duquel rien n’a filtré.
La cérémonie d’ouverture solennelle de ce matin sera sans doute l’occasion pour la présidente sortante de la Commission, Dlamini Zuma, de faire ses adieux à la grande famille de l’UA. Ce sera aussi l’occasion pour le président tchadien Idriss Deby, de rappeler les grands principes fondateurs de la grande organisation africaine et de souligner son bilan avant de passer le relais. Qui pour succéder à Déby et Dlamini Zuma à la tête de l’UA ? Si pour la succession du président Deby, il semble que le chef de l’Etat guinéen Alpha Condé tienne la corde, cinq candidats sont en lice pour remplacer la Sud-Africaine. Le Sénégalais Abdoulaye Bathily, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, la Kenyane Amina Mohamed, l’Equato-guinéen Agapito Mba Mokuy, la Botswanaise Pelonomi Venson Moitoi, sont en campagne dans les coulisses pour prendre la tête de la Commission de l’UA.
En plus de l’élection de nouveaux dirigeants de l’organisation panafricaine, ce sommet a d’autres enjeux non moins importants. Les couloirs du siège de l’UA seront beaucoup animés par la bataille feutrée entre l’Algérie et le Maroc autour du dossier de réadmission du royaume chérifien. L’énorme pomme de discorde entre Alger et Rabat porte sur la question du Sahara occidental, territoire sur lequel le Maroc revendique sa souveraineté et dont l’Algérie soutient l’autodétermination, comme de nombreux pays africains, au nom du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La gestion de ce dossier a d’ailleurs occasionné le départ du Maroc de l’OUA (ancienne appellation de l’UA) en 1984. Le royaume chérifien refusait de siéger au côté des représentants de la République arabe saharaouie démocratique au sein de l’organisation continentale.
La question de la réadmission du Maroc risque de faire débat. Aussi, le dossier du retrait collectif des Etats africains de la Cour pénale internationale (CPI) ne fait pas l’unanimité. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération confie qu’il existe plusieurs avis sur la question. Les pays ayant adhéré à la CPI individuellement, un retrait collectif semble poser problème. Même si parmi les dirigeants africains, beaucoup partagent l’avis que cette juridiction internationale s’intéresse un peu plus à l’Afrique qu’aux autres parties du monde où des crimes abominables sont commis et dont les auteurs ne sont pas inquiétés.
Au cours des travaux de cette session, les chefs d’Etat et de gouvernement examineront aussi le rapport du Conseil paix et sécurité (CPS) de l’UA sur la situation en Afrique de juin à décembre 2016. Ce rapport couvre toutes les situations de crises et conflits sur le continent : Burundi, Burkina Faso, Gambie, Guinée Bissau, Libye, Mali, République démocratique du Congo (RDC), Soudan, Soudan du Sud, Somalie, Ethiopie-Erythrée, Sahara Occidental, République Centrafricaine, le terrorisme et l’intégrisme violent.
En ce qui concerne notre pays, le rapport évoque l’évolution intervenue au cours de ces derniers mois et des actions entreprises par l’UA, à travers le CPS et la MISAHEL et d’autres initiatives régionales dans le Sahel (G5 Sahel et Processus de Nouakchott) en particulier depuis le Sommet de Kigali de juillet 2016.
Il met également l’accent sur le processus de paix en cours et l’état de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation , issu du processus d’Alger.
B. T.

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